Lecture / Ecriture
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Combat de l’amour et de la faim de Stéphanie Hochet

Stéphanie Hochet
  Combat de l’amour et de la faim
  Sang d'encre
  Un roman anglais
  L'Animal et son biographe

Stéphanie Hochet est une écrivaine française née à Paris en 1975.

Combat de l’amour et de la faim - Stéphanie Hochet

Autant en emporte...
Note :

   Parution janvier 2009
   
   Drôle de roman que ce "Combat de l’amour et de la faim" dont le titre un peu abstrait n’aurait pas attiré mon attention sans les recommandations et l’enthousiasme débordant d'autres lecteurs.
   
   Raconté à la première personne, ce récit s’attache au parcours de Marie, héros dont on ne sait rien si ce n’est que sa tête est mise à prix. Vol? Meurtre? Viol? Certes non, mais son crime n’est pas moins répréhensible en ce début de XXe siècle aux Etats-Unis, dans un Vieux Sud pour le moins traditionaliste. Recherché pour avoir souillé l’honneur d’une femme, Marie s’interroge. D’April, de May ou de June, qui a choisi de le dénoncer?
   
   Difficile de résumer ce livre aux thématiques variées. Ce qui m’a frappée d’emblée, c’est la remarquable maîtrise dans la construction du récit. Des nombreuses péripéties ressort un texte dépouillé, sobre qui, à défaut d’être tout à fait linéaire, va droit au but. Et que dire de ces protagonistes variés qui marquent à la lecture, charismatiques malgré une intervention en général assez courte au sein du roman?
   
   On ne peut que constater la formidable noirceur de ces personnages, dont on ne s’aperçoit peut-être pas immédiatement tant la poésie des premières scènes détourne l’attention. Enfant, frère et sœur, mère, amant ou maîtresse, employeur, comparse du moment: la trahison est omniprésente, sans doute guidée par un formidable instinct de survie, égoïsme imprévisible qui rattrape fatalement chacun au cours de cette histoire. Marie a d’ailleurs perdu ses illusions depuis longtemps; abandonné par une mère trop heureuse de s’être mariée pour contrarier son pasteur d’époux, le narrateur a été chassé de leur nouvelle maison pour avoir violé sa demi-sœur. En réalité abusée par son propre frère, cette alliée des débuts s’est aussi détournée de lui.
   
   Outre l’aspect psychologique très bien développé et la narration qui ne s’essouffle pas un instant, le cadre est particulièrement soigné. Dans ce monde dur, impitoyable, il est sans doute plus facile de comprendre les motivations du héros et de son entourage mais plus encore, l’environnement ajoute à l’histoire personnelle une dimension historique et socio-culturelle passionnante. Soyons clairs: le sujet principal de ce roman n’est pas le Vieux Sud. Pourtant, quelques années après la Sécession, cet endroit reste fascinant et, sans alourdir le récit, Stéphanie Hochet a su y glisser d’habiles allusions au contexte dans lequel Marie évolue. On retrouve une région splendide, sauvage mais dure, peu transformée par la Guerre de Sécession, fondamentalement raciste, sexiste, noyée sous les dogmes religieux et des codes moraux souvent discutables.
   
   Un livre subtil, amis lecteurs, à ne certainement pas bouder!
   
   "Le quartier de La Nouvelle-Orléans où j’ai grandi avec ma mère est le sanctuaire de mes plus belles années. C’était il y a longtemps, mais, si je ferme les yeux, les détails de notre existence m’apparaissent avec netteté. Les rais de lumière prennent la forme de gigantesques élytres, apparitions phosphènes, souvenirs des insectes partageant les lieux avec nous." (p15)

critique par Lou




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