Lecture / Ecriture
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L'Hiver indien de Frédéric Roux

Frédéric Roux
  L'Hiver indien

Frédéric Roux est un écrivain français né en 1947.

L'Hiver indien - Frédéric Roux

Le dernier chant des Makahs
Note :

   Quand Stud Gorch sort de prison après avoir écopé d'une peine de six ans pour agression, le moins que l'on puisse dire c'est que son séjour derrière les barreaux l'a changé. À force de séances de musculation, il a largement dépassé le quintal et son corps est recouvert de tatouages. Lorsque son jeune frère Percy le découvrira un matin affalé sur le lit, il lui faudra quelques instants avant de réaliser que cette chose colossale et peinte de la tête aux pieds est bien son frère.
   Mais Stud n'a pas subi qu'une métamorphose physique, l'ennui pendant ces longues années passées au pénitencier l'a poussé à réfléchir sur le sens de sa vie. Aussi a-t-il décidé de ne plus toucher à un verre d'alcool, mais mieux encore, de retrouver et de faire revivre les rites ancestraux de son peuple.
   Car Stud et son frère Percy sont des indiens Makahs, une tribu apparentée aux Kwakiutls et dont le territoire se trouve au nord de l'État de Washington. Les Makahs étaient réputés pour être d'adroits pêcheurs de saumons mais aussi de grands chasseurs de phoques et de baleines. Mais en 1855, ils durent céder leur territoire aux États-Unis qui en contrepartie leur offrirent généreusement la jouissance d'une petite réserve à Neah Bay.
   
   C'est ici, à Neah Bay que vivent encore de nos jours les indiens Makahs. C'est ici que Stud Gorch revient, dans ce lieu où lui et son frère ont toujours vécu, dans cette réserve qui, à l'instar de tant d'autres réserves indiennes en Amérique du nord, n'est qu'un ramassis de vieilles baraques croulantes et de caravanes défoncées, cernées de carcasses de voiture rouillées entre lesquelles déambulent des chiens pouilleux et des indiens pris de boisson. Le destin des Makahs n'est en effet guère enviable: repoussés sur un bout de terre au bord du Pacifique, leur existence, pour la plupart, se partage entre chômage, alcoolisme et petite délinquance. Les frères Gorch sont de ceux-là: sans emploi et sans revenus, ils vivent de menus larcins et de trafics en tous genres afin d'assurer leur approvisionnement en alcool et en nourriture. Aussi, quand Stud décide d'en finir avec cette existence et expose son projet à son petit frère, celui-ci n'en croit pas ses oreilles. Il s'agit de renouer avec une tradition ancestrale qui a fait le fierté des Makahs: la chasse à la baleine.
   Bien que réticent au départ, Percy – qui est plus habitué à chasser les femmes que les baleines – va se laisser entraîner dans cette aventure. Mais pour chasser une baleine au harpon sur une barque, il ne suffit pas d'être deux, il faut des rameurs. Les deux frères vont donc faire appel à leurs connaissances...
   
   Le moins que l'on puisse dire, c'est que le projet de Stud Gorch va déchaîner les passions dans et autour de la réserve de Neah Bay. Et nos hardis chasseurs de baleines, alternant séances de purification et beuveries homériques, sont loin de se douter jusqu'où va les entraîner cette aventure.
   On pourrait croire, à première vue, que «L'hiver indien» est un roman américain, écrit par un auteur que l'on pourrait situer entre Russell Banks et Tristan Egolf. Ce roman a pourtant été écrit par un français, Frédéric Roux, qui nous livre ici un ouvrage remarquable à tous points de vue. On retrouve en effet dans ce roman la dimension épique propre aux grands romans d'outre-Atlantique, peuplés de personnages dont l'extravagance et la singularité s'accordent avec la démesure du paysage. Extravagants, atypiques pour nos mentalités d'européens, ces personnages n'en sont pas moins des héros ordinaires, comme ces indiens Makahs, piégés entre deux cultures: la leur, qu'ils ne connaissent plus et qu'ils tentent maladroitement de reconstituer, et celle des autres, des blancs, à laquelle ils n'appartiendront jamais.
   
   Superbe parabole sur la liberté mais aussi sur l'acculturation et la déculturation des peuples soumis à la loi des vainqueurs, «L'hiver indien» , roman flamboyant et déjanté, est de ces ouvrages qui ne se laissent pas facilement oublier tant la force du propos, la présence des personnages et la qualité du récit y sont superbement maîtrisés. Un très grand et très beau roman.
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critique par Le Bibliomane




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Les survivants de la Côte Pacifique
Note :

    Ce gros bouquin se lit très bien. On imagine l'auteur très attiré par Missoula, Jim Harrison et des gars de cet acabit. Alors voilà. Les Indiens Makahs vivent au nord des Etats-Unis près de la frontière canadienne. Obèses, alcoolos, plus ou moins camés, braconniers, voire obsédés sexuels, mais marrants, enfin certains. Une poignée de ces irréductibles décide de reprendre la chasse à la baleine, abandonnée depuis des lustres. Ceci ne va pas être simple car par exemple ils ne savent même plus nager.
   
   Frédéric Roux signe un livre fort plaisant sans nous asséner véritablement le couplet sur le droit de la nation indienne à vivre selon sa culture. Ils en sont d'ailleurs bien incapables, ravalés au mieux au statut d'assistés, insérés surtout au bar ou en taule, plus analphabètes que méchants. Enfin pas tous.
   
    Sur fond de musique rock et de bière nos branquignols se préparent donc à affronter Moby Dick. Entraînement minable dans la forêt, tronçonneuses massacrant l'environnement en découpant des Elvis Presley sur les arbres, vols de pacotille. Et surtout désaccord parfait entre les vieux du conseil tribal et la relève, particulièrement abrutie. Greffez là dessus des écologistes obtus, au bandana hypermédiatique, une vague historiette d'amour entre une blanche et un indien, une mère hippie encore toute enwoodstockée. Vous obtiendrez ce que je considère comme une farce truculente avec à la rigueur, si vous cherchez bien, un peu de réflexion sur la déculturation et sur le vieil adage "Un peuple qui ne s'adapte pas est un peuple condamné, un peuple qui s'adapte est aussi un peuple condamné. " Profond comme la Côte Pacifique, non?
   
    Les dialogues souvent rudes sont drôles et la peinture de ces ultimes rejetons de la grande nation nous fait bien rire et c'est je crois la qualité première de cette chasse à la baleine qui tient plus du grand barnum télévisuel que du mythe melvillien.

critique par Eeguab




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