Lecture / Ecriture
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L'importance d'être constant de Oscar Wilde

Oscar Wilde
  Le portrait de Dorian Gray
  The portrait of Mr. W.H. (Le portrait de M. W.H.)
  Le crime de Lord Arthur Savile
  L'importance d'être constant
  Teleny

Oscar Wilde est le nom de plume d'Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde,écrivain irlandais, né à Dublin en 1854 et mort à Paris en 1900.

L'importance d'être constant - Oscar Wilde

Soyez Constant()s!
Note :

    Autant vous prévenir: j'entre dans une phase mystique où toute opposition à mon amour naissant pour Wilde (je dis bien toute rébellion, et même le moindre doigt timidement levé) se verra châtiée immédiatement à coup de projections d'Encyclopédie Universalis (et croyez-moi, une fois les multiples tomes réunis l'opération s'avère douloureuse).
   
   Wilde est un génie.
   
   Maintenant que j'ai dit ça je peux aller me recoucher.
   Et puis non ce serait trop bête. Voilà dix raisons d'aimer à la folie Wilde et sa pièce "The Importance of being earnest", dans laquelle il est question d'être constant mais pas seulement.
   
   1- Parce que l'écriture de Wilde (à consommer de préférence en anglais) est un art en soi, parce qu'on savoure chaque tournure, chaque phrase en succombant tout autant à la musique des mots qu'à la philosophie particulière des personnages.
   
   2- Parce que les déclarations les plus absurdes sont faites selon une logique irréprochable qui titille l'esprit du lecteur, qui est perdu entre sourire moqueur et volonté de suivre les raisonnements les plus incroyables avec une attention religieuse.
   
   3- Parce que les personnages sont exquis, à commencer par les rôles moins importants. Une petite mention spéciale pour Cecily, à l'apogée du charme avec son esprit vif et ses remarques cultes. Mais la concurrence est rude!
   
   4- Parce cette pièce est terriblement drôle et irrésistiblement inconvenante, et les répliques d'une efficacité surréaliste.
   
   5- Qui devrait être numéro 1. Parce que Wilde était victorien.
   
   6- Qui devrait être numéro 2. Parce que nul ne saurait être plus irrévérencieux que lui et que sa critique de la société victorienne est faite sur un ton si léger (voire badin) que les plus concernés l'ont eux-mêmes largement acclamé.
   
   7- Parce que cette pièce nous fait baver d'envie avec ses cucumber sandwiches, son bread and butter et ses muffins (et je n'éprouve pas souvent une envie irrésistible de partager le repas de mes héros victoriens).
   
   8- Parce que Ernest (Constant) et Algernon sont les héros les plus creux qui soient mais nous sont malgré tout profondément sympathiques.
   
   9- Parce que cette pièce paraît légère tout en puisant sa source dans de nombreuses influences. Wilde est érudit, sa pièce géniale s'inspire savamment de grands classiques tout en étant divertissante et surtout, originale et véritablement moderne.
   
   10- Parce qu'au final, tout tourne autour du langage, que Wilde maîtrise remarquablement. Parce qu'il joue avec les mots et les phrases, que c'est au final l'essence-même de la pièce mais qu'on l'oublie paradoxalement, car Wilde sait comme nul autre multiplier les (fausses) pistes pour nous égarer. Pour notre plus grand bonheur.
   
   Et vous qui passez rapidement par ici, sans doute par hasard, vous avez peu de temps pour lire tout mon baratin et d'autres soucis en tête qu'Oscar Wilde. Pour vous je ferai court, clair et net : "The Importance of being earnest" est un chef-d'oeuvre unique en son genre, à découvrir impérativement. C'est mordant, intelligent, déconcertant et, cerise sur le gâteau, tout simplement brillant.
   
   Et pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, j'ajouterai juste qu'il est question de mariages contrariés pour des raisons de fortune ou de rang, mais que les rebondissements sont nombreux et que mieux vaut avoir la surprise de la découverte (d'autant plus que la pièce est très bien construite).
   
   
   « ALGERNON - (...) The doctors found out that Bunbury could not live, that is what I mean – so Bunbury died.
   LADY BRACKNELL : He seems to have had great confidence in the opinion of his physicians. I am glad, however, that he made up his mind at last to some definite course of action, and acted under proper medical advice. »

   
   
   PS: Editions GF Flammarion, à recommander pour l'excellent dossier et la version bilingue
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critique par Lou




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La version 1895 de nos sitcom
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   « Dernière pièce d'Oscar Wilde, "L'Importance d'être constant" brille des feux d'un langage habité par la grâce: s'y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l'auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d'élégance et de drôlerie. »

   
   
   
   Commentaire

   
   Quel pur moment de délectation que la lecture de cette pièce (parce que c'est du théâtre. Je le précise au cas où!)!! Décidément, j'adore les bons mots de Wilde et cette farce en est remplie!
   
   "L'importance d'être constant", c'est la version 1895 de nos sitcom. C'est court, c'est rempli de "one liners" et surtout, surtout, tout plein de tromperies et le lecteur voit venir de loin (parce que bon, il en sait beaucoup plus que les personnages à certains moments) les imbroglios à venir et regarde en riant les personnages se mettre dans le pétrin avec leurs mensonges et leurs idées folles! J'adore!
   
   Jack est donc un jeune homme ayant une pupille, miss Cecily. Comme il prend son rôle au sérieux, il veut que celle-ci l'admire pour son bon exemple et ses qualités. Mais bon, pas question de cesser les voyages à Londres et les frasques, hein! Que faire? S'inventer un frère, Ernest (Constant en français), et lui mettre sur le dos tout ce qui est un peu moins glorieux! Aussi simple que ça! Sauf que Jack a un ami, encore plus dandy que lui, nommé Algernon, adepte du grand n'importe quoi et du Bunburyism (pour savoir ce que c'est faut lire la pièce!). Et Algernon (Algy pour les intimes) a trouvé un étui à cigarette "pour Uncle Jack, de la petite Cecily". Sauf que pour lui, son ami s'appelle Ernest (ou Constant... jeu de mot sur Earnest et Constant). Et il veut se fiancer avec Gwendolen!
   
   Nous voilà partis pour une aventure sans queue ni tête où Wilde écorche la bonne société mais aussi un peu le clergé et l'éducation à grands coups de caricatures et de dialogues incisifs et pleins de double-sens et de seconds degrés. Ce sont des batailles d'esprit constantes où les personnages débitent les choses les plus ridicules sur tous les sujets, sérieux ou non, avec le même ton et le même sens de l'auto-importance. Wilde frôle parfois l'absurde sans jamais s'y embourber, même si les conversations sont parfois un peu surréalistes!
   
   La terrible Lady Bracknell, gardienne des conventions et aristocrate, change d'idée toutes les deux minutes et accorde de l'importance aux choses les plus triviales, ce que semblent trouver très logique les autres personnages, qui vivent tous dans ce milieu assez aisé où l'apparence est loi. Quant à la confrontation entre Cecily et Gwendolen, avec leurs retournements de sentiments et leurs quiproquos, c'est tout simplement délicieux... un accéléré de plusieurs relations! Le tout sans compter le retournement final, aussi peu crédible qu'approprié et qui fait tout le charme de la pièce!
   
   Il paraît que plusieurs ont reproché à Wilde que tous ses personnages parlaient... comme Wilde! Il faut dire qu'avant d'être célèbre pour ses écrits, il paraît qu'il a été célèbre... pour son extravagance et sa célébrité, justement. Et comme nous le savons, ça s'est finalement retourné contre lui, cette pièce ayant été présentée pour la première fois quelques mois avant son emprisonnement pour sodomie. Bref, plus je découvre Wilde, plus j'ai une furieuse envie de lire une biographie. Quelqu'un en connaît une bien??
   
   
   Titre original: The importance of being earnest
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critique par Karine




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Tout le talent d'Oscar
Note :

   A la fin du XIXe siècle, deux amis, tous deux gentlemen, Algernon Moncrieff et Jack Worthing, découvrent par hasard qu'ils emploient régulièrement, pour fuir leurs obligations sociales, familiales ou professionnelles, un stratagème identique: Jack, qui habite à la campagne, s'est inventé un frère débauché prénommé Constant et vivant à Londres, frère qui lui donne l'occasion d'échapper pour un temps aux pesantes responsabilités que lui confère l'éducation de sa jeune pupille, Cecily.
   A l'inverse, son ami Algernon, qui réside à Londres, a imaginé un ami invalide nommé Bunbury, dont la santé fragile constitue un excellent prétexte pour échapper aux corvées mondaines de la capitale. A Londres, Jack, sous l'identité de Constant, projette d'épouser la ravissante Gwendolen, qui est aussi la cousine d'Algernon (vous suivez toujours?). Or, ce dernier, de son côté, se rend dans la demeure rurale de Jack en se faisant passer pour Constant Worthing, le frère dépravé de Londres. Il y fait la connaissance de la charmante Cecily, qui s'éprend aussitôt de lui, si bien que les deux tourtereaux envisagent de se fiancer séance tenante. Mais Jack rentre de Londres plus tôt que prévu, en habit de deuil, pour annoncer la mort subite de son frère Constant, tandis que les deux jeunes filles, Cecily et Gwendolen, qui viennent de se rencontrer et se sont juré une amitié éternelle, découvrent qu'elles ont toutes deux reçu, à quelques heures d'intervalle, une promesse de mariage d'un certain Constant Worthing...
   
   Maître incontesté de l'ironie, de l'aphorisme et du double langage, Wilde signe avec cette dernière pièce une œuvre remarquable, imprégnée de l'influence du théâtre classique (Marivaux en tête) comme du théâtre de boulevard (on pense parfois à du Feydeau, en moins bourgeois et moins trivial). Chaque réplique est un enchantement, où les jeux de langage abondent, accompagnés de maximes délicieuses ("Le premier devoir, dans la vie, c'est la santé", "Perdre son père ou sa mère, cela peut passer pour un coup de malchance; les perdre tous les deux, cela ressemble à de la négligence"...). Les personnages sont à la hauteur des meilleures comédies de Shakespeare (notamment ceux de l'excellent "Beaucoup de bruit pour rien"), qu'il s'agisse des deux gentlemen à l'humour so british, des deux jeunes filles, incarnations parfaitse de l'oie blanche de prime abord, et finalement pas si naïves que cela, ou encore de Lady Bracknell, tante d'Algernon et mère de Gwendolen, à qui l'on doit d'ailleurs les répliques les plus savoureuses de la pièce, et qui représente à merveille la noblesse aristocratique de l'époque enfermée dans ses préjugés de caste et matérialiste à l'excès (ce qui n'est pas sans rappeler, cette fois, certaines pages de Jane Austen). Construite sur des rebondissements prévisibles et une scène de reconnaissance finale parfaitement convenue depuis des siècles, la pièce de Wilde semble n'avoir pas prétention à faire preuve d'une grande originalité: tout y est en effet léger, de l'intrigue au ton, et plus les ficelles sont grosses, plus le public (et le lecteur!) s'amuse. Et puis, il faut reconnaître que Wilde a le don d'embrouiller les situations les plus simples, avec ce satané prénom de Constant (Ernest/earnest en version originale), si bien que l'on se perd un peu dans le dédale des noms, ce qui rend la pièce encore plus amusante, somme toute.
   
   Une très bonne pièce de théâtre, à l'humour mordant et caustique, où l'ironie et l'antiphrase pointent sous chaque réplique en apparence anodine, à découvrir également au cinéma, grâce à la fidèle (et fort plaisante) adaptation sortie en 2003, avec Colin Firth, Rupert Everett et Reese Witherspoon dans les rôles principaux.
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critique par Elizabeth Bennet




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«Faire du mensonge une œuvre d’art.» (Gide, Journal, 1er Octobre 1927)
Note :

   John Worthing et Algernon Moncrieff, deux distingués gentlemen, s’inventent respectivement un frère (Ernest) et un ami malade pour justifier leurs allées et venues de la ville à la campagne et vice-versa. Pour John il s’agit de se donner un alibi devant sa pupille Cecily, pour rencontrer Gwendolen, sa fiancée à Londres, et poser sa demande devant la redoutable Lady Bracknell, la mère de celle-ci et la tante d’Algernon.
   
   De son côté Algernon va profiter du mensonge de son ami pour se faire passer pour ce frère inventé bien que Ernest soit le nom que John porte à la ville et que Gwendolen adore, Algernon va l’utiliser pour approcher la belle Cecily gouvernée par Miss Prism et le Révérend Chasuble.
   
   Tout se complique avec l’aveu que John Worthing a été «trouvé» dans un sac à la gare de Victoria, que Cecily aussi apprécie ce nom d’Ernest galvaudé par Algernon, que Lady Bracknell s’en mêle au manoir de John mais se calme dès qu’elle apprend que Cecily est une riche héritière.
   
   Les dialogues foisonnent, les répliques fusent, amusent ; les valeurs s’inversent, le sérieux et le grave deviennent légers, une broutille semble un évènement d’une rare importance. On brocarde les conservateurs anglais pour leur peur du socialisme, leurs attachement aux apparences et à la lignée, l’église anglicane, qui, rien que par le nom de son représentant lui-même montre son attachement à un habit qui ne fait pas le moine.
   
   Quiproquos amoureux, «réalité» inventée devenant «vraie» pour les personnages, style et répliques au cordeau, culture du «nonsense» anglais prégnante, Wilde passe son époque et ses faux-semblants à la moulinette, avec ce détachement apparemment léger qui le caractérise, il donne une profonde réflexion sur la fiction et la création de personnages (puisqu’eux-mêmes se créent des doubles comme un effet de miroir.)

critique par Mouton Noir




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