Lecture / Ecriture
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Crise d’asthme de Etgar Keret

Etgar Keret
  Crise d’asthme
  Pipelines
  Sept années de bonheur

Ecrivain, auteur de bandes dessinées et réalisateur, Etgar Keret, né à Tel-Aviv en 1967, est en Israël l'un des auteurs les plus populaires de sa génération.
(source: éditeur)

Crise d’asthme - Etgar Keret

"Il a vu manque d’amour, manque d’argent"
Note :

   Au long des quarante-huit très brèves nouvelles réunies ici, Etgar Keret a convoqué toute une galerie de personnages vaguement paumés, vaguement fauchés, anti-héros en mal d’amour et dont la situation, par quelque amère ironie du sort ne fait qu’empirer - à un point improbable, et tout en flirtant par moment avec le fantastique – dans l’espace des quatre ou cinq pages (parfois moins) qui leur sont dévolues.
   
   Il y a quelques semaines, j’avais été intriguée – et touchée aussi – par l’univers singulier du film "Les méduses" qu’Etgar Keret avait réalisé avec son épouse, Shira Geffen. Les textes de "Crise d’asthme" m’ont permis de me replonger dans le même monde, un peu décalé pour ne pas dire très à l’ouest. Mais malheureusement, je n’ai pas du tout retrouvé la même magie. Au fil des quarante-huit nouvelles qui constituent ce recueil, les répétitions et les tics d’écriture se sont imposés de plus en plus nettement à mon attention. Le ton - neutralité distante assaisonnée d’une pointe d’ironie acerbe, à moins qu’elle ne soit désespérée – s’est fait monocorde. Et les jolies trouvailles des débuts ont cessé d’en être, suscitant finalement un sentiment de lassitude, et cela malgré les quelques pauses que je m’étais ménagée dans ma lecture. Sans doute – et je le crois très volontiers - certains de ces récits peuvent-ils séduire s’ils sont dégustés isolément, dans le cadre d’un journal ou d’une revue. Mais force m’est de constater qu’ils passent assez mal le cap d’une publication groupée en un volume. Dommage!
   
   
   Extrait: "Mon frère est déprimé"
   
   "Ce n’est pas comme quelqu’un qui vous raconte dans la rue qu’il est déprimé. Il s’agit de mon frère, il veut se suicider. Et c’est à moi qu’il a décidé de le dire. Parce que je suis celui qu’il préfère, moi aussi je le préfère, mais tu vois le cadeau. Je te dis pas.
   
   Mon petit frère et moi, on est dans le jardin de Shenkin, et mon chien, Hendricks, tire de toutes ses forces sur sa laisse et essaie de mordre au visage un petit garçon en salopette. Moi, d’une main je me bats avec Hendricks, et de l’autre je cherche un briquet dans ma poche. Je dis à mon frère: "Fais pas ça." Le briquet n’est dans aucune des poches. "Pourquoi pas ? demande mon frère. Ma copine s’est barrée avec un pompier. J’en ai plein le dos de l’université. Tiens, voilà du feu. Et mes parents sont trop médiocres." Il me lance son Cricket. Je l’attrape. Hendricks s’enfuit. Il se jette sur le gamin à la salopette, le renverse sur l’herbe et referme sur son visage ses effrayantes mâchoires rottweilériennes. Mon frère et moi nous essayons de séparer Hendricks de l’enfant. Mais il s’acharne. La mère de la salopette hurle. L’enfant est étrangement silencieux. Je donne un grand coup de pied à Hendricks, mais il ne bronche pas. Mon frère trouve une barre de fer sur l’herbe et lui donne un coup sur la tête. Il y a un affreux bruit d’explosion, Hendricks s’affaisse. La mère hurle. Hendricks a complètement fait disparaître le nez du fils. Le chien meurt. C’est mon frère qui l’a tué. En plus, il veut se suicider parce que sa copine le trompe avec un pompier et que c’est la chose la plus humiliante au monde. Moi, sauver la vie des gens, je trouve ça plutôt honorable. Maintenant, c’est la mère de l’enfant qui se jette sur moi. Elle essaie de m’arracher les yeux avec ses ongles longs recouverts d’un vernis blancs dégoûtant. Mon frère prend la barre de fer et l’abat sur sa tête aussi. C’est son droit, il est déprimé." (pp. 58-59)

   
   * "Il a vu manque d’amour, manque d’argent
   Comme la vie c’est détergeant
   Et comme ça nettoie les gens…"
   
   Alain Souchon, "La vie ne vaut rien"

critique par Fée Carabine




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