Lecture / Ecriture
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Harraga de Boualem Sansal

Boualem Sansal
  Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller
  Harraga
  Rue Darwin
  Le serment des barbares
  2084 - La fin du monde

Boualem Sansal est un écrivain algérien né en 1949.
Après une formation d'ingénieur et un doctorat d'économie, il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de positions critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l'arabisation de l'enseignement.
Il vit toujours en Algérie.

Le grand prix de la francophonie lui a été attribué par l'Académie Française.

Harraga - Boualem Sansal

Difficile lecture
Note :

   Lamia, trente-cinq ans, médecin, vit seule à Alger de nos jours. Une petite vie bien réglée, rien qui ne dépasse, mais une révolte intérieure immense contre son pays, les hommes et l'islam. «Le pays manque de tout mais pas de sermonneurs qui s'ignorent, de branleurs qui font suer le monde et de pétochards prompts à se rendre invisibles. [...] Un jour, je leur cracherai à la figure ce que je pense de leur absolue perfection. Parce que ça pense croire en Allah, ça se permet tout, insulter, rançonner, jeter des bombes et pis, sermonner du matin au soir, du lundi au vendredi.»
   
   Dans un pays de violence où les femmes sont des choses, Lamia est une voix unique, tout de colère et de sincérité: « Je me suis arrangé un mode de vie qui ne tient ni de l'argent ni de l'encens, pas de religion, pas de bazar, pas d'atermoiements.» C'est dans ses souvenirs qu'elle vit Lamia, ses parents, ses frères, en particulier Sofiane, ce harraga, ce brûleur de route, parti pour le rêve, l'ailleurs, loin du pays, loin d'elle qui n'a pas su le retenir.
   
   Puis un jour arrive Chérifa, dix-sept ans, enceinte, insouciante Lolita et ouragan domestique. Elle s'installe, envahit le quotidien de Lamia, qui n'entend pas se laisser faire. La recluse et l'électron libre vont se trouver, sans pour autant se le dire. Et un jour Chérifa s'en va, avec son gros ventre et ses talons hauts, et la solitude de Lamia se transforme en vide.
   
   Difficile lecture, très difficile lecture dont je ne suis venue à bout qu'en passant en mode accéléré à la fin.
   
   J'ai trouvé le monologue de cette femme extrêmement long, ses digressions n'en finissent pas et je ne parviens pas à m'intéresser à son sort. Bien sûr, la voix de cette femme est terrible, elle dit le sort atroce de ces femmes en pays islamiques qui ne sont rien, des victimes de Dieu et surtout des hommes. Elles sont à la merci de leur sauvagerie, et les sanctions les plus atroces sont possibles: flagellation, lapidation, mise aux fers, crémation, écartèlement, ébouillantement, plomb fondu... Elles ne peuvent que se soumettre ou se révolter. Lamia choisit la révolte en ne se mariant pas, la méthode douce... Mais Chérifa prend une autre voie, interdite, celle de la liberté. Elle vole d'homme en homme, mais il n'y a pas de place pour elle dans le ciel d'Algérie. Elle doit se faire harraga elle aussi, pour échapper à la haine.
   
   Le plus étonnant à mes yeux est que ce soit un homme qui ait écrit ce texte. Quelle force et quel amour Boualem Sansal porte-t-il en lui pour donner autant de puissance à cette voix féminine, je ne sais, mais c'est très troublant et sincère. Bien entendu, ses livres sont interdits en Algérie où il vit cependant. Il n'a pas pris la route comme ses personnages, car pour parler de son pays, il estime qu'il doit y vivre et non le fuir.
   
   Beaucoup de bonnes raisons donc pour lire ce livre qui malgré tout m'a paru vraiment très long et beaucoup trop loin de moi pour me toucher profondément. Pourtant, la fin est vraiment très belle et je ne regrette pas ma lecture.
    ↓

critique par Yspaddaden




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Émigration, sujet sensible
Note :

    Lamia est infirmière à Alger. Femme seule dans un pays en proie aux furies des intégristes, elle rumine son passé: la mort de ses parents, celle de sa sœur, et le départ de Sofiane, son frère. Ce dernier a décidé de quitter la vie algérienne pour tenter sa chance en Europe: il est devenu harraga, brûleur de routes, un parmi tant d’autres qui attend certainement à la frontière de pouvoir traverser le détroit de Gibraltar. Mais la vie de Lamia est bouleversée par l’arrivée de Chérifa, jeune fille très vive, enceinte, envoyée à Alger par Sofiane. Lamia renaît, avec cette arrivée inattendue dans sa triste vie.
   
   Harraga n’est pas un roman facile. Il traite d’un sujet sensible, la fuite des jeunes algériens vers les contrées jugées plus clémentes de l’Europe. C’est aussi la description d’un pays au bord de la rupture, l’Algérie prise entre les restes de l’occupation française et la montée des islamistes, prise dans les rivalités entre les différentes contrées (Alger vs Oran), où les femmes sont abandonnées à leur sort et où rien ne semble pouvoir les aider.
   
   Lamia, pour (sur)vivre, s’appuie sur sa maison, cette maison qui a vu passer tant d’hommes d’origines différentes, qui est à elle seule une métaphore de deux siècles d’histoire de l’Algérie: le turc, l’acheteur revendeur qui réussit à rouler dans la farine ses clients,… Cette maison, seule point de repère de Lamia, est bousculée par Chérifa, jeune adolescente pleine de vie, qui la met sens dessus dessous. Et comme la maison, Lamia subit les bourrasques de cette furie.
   
   On ne sait pas vraiment qui est Chérifa. Elle va, elle vient, elle exaspère Lamia en même temps qu’elle lui est indispensable. Chérifa n’hésite pas à rendre visite à Barbe Bleu, le voisin d’en face qui est un grand mystère pour Lamia.
   
   Surtout, Boualem Sansal signe un roman politique. Roman, car les dimensions de la fiction et l’intérêt pour les héros existent: on se demande ce que vont devenir Lamia et Chérifa, si Sofiane pointera à nouveau le bout de son nez. Mais politique car l’auteur n’hésite pas à défendre sa thèse, à décrire le calvaire que vivent les Africains, rien que pour atteindre la côte Nord du Maroc. Pour cela, il décrit sur de nombreuses pages un reportage que Lamia voit à la télé sur les multiples dangers et les risques que prennent les candidats à la clandestinité, souvent clandestins bien avant leur arrivée en Europe. Car un Malien en Algérie n’est pas forcément le bienvenu, loin de là. Et Lamia est happée par ce reportage, cherchant désespérément des yeux la silhouette de son frère dans la foule.
   
   Harraga est un beau roman, qui se laisse apprécier à petites bouchées, car cette histoire est rude, difficile à entendre. Je suis heureux d’avoir croisé le chemin de ce roman.
   
   "La culture est le salut mais aussi ce qui sépare le mieux"
   Boualem Sansal, Harraga

critique par Yohan




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