Lecture / Ecriture
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L'homme pétrifié de Eudora Welty

Eudora Welty
  L'homme pétrifié

Eudora Welty est née à Jackson (Mississipi) en 1909, elle est décédée dans cette même ville en 2001. Elle est l'auteur d'une douzaine de recueils de nouvelles et d'une demi-douzaine de romans. Elle a obtenu le prix Pulitzer en 1972 et fut également une photographe reconnue. Ces histoires se passent dans le Mississipi dans les années 1930/1940.

L'homme pétrifié - Eudora Welty

Nouvelles du Mississipi
Note :

   Ce recueil d'une vingtaine de nouvelles commence par «Acrobate dans le parc». Des gens du cirque s'installent pour déjeuner dans un parc, nous suivons leurs pensées et leurs discussions. En même temps, dans ce lieu de verdure, les gens se promènent, un homme et son chien, un couple d'amoureux, un prêcheur dans un kiosque, une petite fille qui attend sa mère. Puis le repas fini, c'est le départ...
   
   Dans «Fait divers», imaginez la surprise d'une femme lisant cette phrase dans le journal:
   - «Cette semaine Mrs Ruby Fisher a connu l'infortune de recevoir dans la jambe une balle tirée par son mari» Elle est: consternée, abasourdie, étonnée, stupéfiée, bouleversée, n'en croit ni ses yeux ni le journal car elle est Mrs Ruby Fisher!
   
   La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage résume les papotages d'un salon de coiffure pour dames. Que vient faire l'homme pétrifié dans tout cela? Il est peut-être comme cela pour ne plus entendre les commérages qui foisonnent.
   
   «La clé» est un texte étrange et très beau, nous sommes dans une gare perdue des États-Unis, un couple Ellie et Albert Morgan et d'autres personnes attendent un train. Parmi ces autres voyageurs, un jeune homme joue avec une clé, la clé tombe et Albert la ramasse, le jeune homme regarde. Commence alors un dialogue plein de tendresse entre le mari et la femme, il est question des chutes du Niagara, mais ils loupent leur train! Un beau conte.
   «Pourquoi j'habite à la poste» est une question que l'on ne se pose plus après avoir lu cette nouvelle. Car la famille bonjour l'horreur!
   
   «Un souvenir» c'est le retour dans le passé pour une femme qui fut, quand elle était enfant, amoureuse d'un garçon, sur une plage, un matin.
   
   Dans «Mort d'un voyageur de commerce» à ne pas confondre avec la pièce d'Arthur Miller «mort d'un commis voyageur» l'auteure nous raconte la dernière nuit d'un homme dont la voiture échoue au fond du ravin. Représentant en chaussures, il parcourt le pays, il demande de l'aide dans une ferme voisine, il y passera la nuit, buvant du whisky de contrebande avec Sony, l'homme de la maison, soudain il semble découvrir une autre vie. Au milieu de la nuit il s'éclipsera...
   
   Des personnages bigarrés comme on se représente les habitants du Sud des États-Unis. Une jeune fille «faible d'esprit» et trois dames patronnesses! Et cette jeune fille veut se marier.
   Keela, une petite Indienne infortunée dit le titre de la nouvelle, une histoire à vous donner la chair de poule.
   
   Le monde du cirque, les acrobates et les exhibitions sordides, et le regard des autres sur ces gens.
   
   L'auteur fait d'Albert Morgan dans «La clé» un portrait tout en douceur d'un homme modeste, la plus belle approche d'un personnage du livre, ces quelques lignes se lisent et se relisent.
   
   Une famille d'ouvriers agricole dans la misère et le froid d'un hiver tardif, un dénommé Harris prend deux auto-stoppeurs, souhaitons leur bonne route! Une femme qui regarde son visage dans un tonneau, un homme qui ne se marie qu'à soixante ans, un vieil excentrique ou autre chose!
   
   Une belle écriture qui un peu désuète malgré tout car trop descriptive je pense, et un peu compassée. Certainement que l'état d'esprit de la population de cette ville à cette époque est bien évoqué, mais tout cela semble dépassé, très daté. Un livre qui me laisse un avis mitigé, très peu d'histoires m'ont marqué. Quelle différence avec la pétulance et la liberté de ton et de moeurs d'une Elizabeth Crane par exemple. Entre les deux recueils, soixante ans ont passé et le monde a changé.
   
   
   Extraits :- Elle n'a pas tardé à se lever et à partir d'un pas décidé de quelqu'un qui n'a pas d'amis.
   - De là à parler de se marier! dit Mrs Watts avec dégoût.
   
   -L'orage s'était éloigné jusqu'à n'être plus qu'un roulement semblable à celui que fait une charrette en passant sur un pont.
   
   -« Je vous parie une autre Jax que cette dame a un bébé de trois mois dans le ventre ».
   
   -Et lui : « Drôle-drôle ou drôle-bizarre? ». Et moi « Drôle-bizarre. »
   
   - « Ne me regardez pas, je n'en vaux pas la peine, je suis falot »
   
   - On voyait qu'il méprisait ce qu'il avait fait et en mesurait l'inutilité.
   
   - C'était le seul frère de maman, et c'est un bon exemple d'esprit étroit. N'importe qui vous le dira. Un pharmacien diplômé.
   
   - C'est extraordinaire comme il fait des rencontres qui débouchent sur des drames, dit Ruth, les yeux noirs.
   
   - A force d'intensité j'en étais presque arrivée à une vie double, celle du témoin, celle du rêveur.
   
   - ... et ces gens-là ne savent jamais où mènent les routes au bord desquelles ils habitent....
   

   
   Titre original: A Curtain Green and Other Stories (1941)

critique par Eireann Yvon




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