Lecture / Ecriture
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Prodige de Nancy Huston

Nancy Huston
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Nancy Huston vit en France depuis les années 1970, mais elle est d'origine franco-canadienne, née en 1953.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Prodige - Nancy Huston

Conte polyphonique
Note :

   Résumé
    « "Vis, ma petite! Sois forte, vis!" - c'est par ces mots que Lara insuffle l'énergie de l'espoir à sa fille née trop tôt, séparée d'elle et du monde par les parois d'une couveuse.
   
   "Prodige" est l'histoire de cette petite fille, Maya, pianiste prodige. Mais c'est aussi celle de ses parents, qui se cherchent, s'aiment, se séparent; celle d'une grand-mère russe et d'un voisin attentif; celle de la musique de Bach, exigeante et joyeuse.
   
   Un conte polyphonique qui explore les frontières entre rêve et folie, amour et douleur, art et réalité. »

   
   
    J'avais un gros a priori face à Nancy Huston. Pour une raison un peu simplette, en fait... il y a plusieurs années, c'était l'auteure favorite de l'une de mes amies, qui détestait systématiquement tout ce que moi j'aimais, en mentionnant que "c'était pour la masse et le petit peuple". J'avais donc conclu que cette Nancy Huston devait être horriblement inaccessible et jusqu'à hier soir, je l'avais soigneusement évitée.
   
   J'ai pourtant décidé d'en lire quelques pages avant de m'endormir hier soir. Résultat final, je me suis finalement décidée à fermer la lumière à près de 3h du matin, après que la dernière page eut été tournée. Je suis totalement entrée dans cette histoire, racontée par diverses voix qui racontent l'histoire à leur manière, telle un contrepoint de Bach. Le terme "conte polyphonique" qui est mentionné au dos du livre convient très bien.
   
   Cette histoire, c'est Maya, la fille, grande prématurée et pianiste prodige. Lara, sa mère, pianiste moins prodige et tourmentée. Sofia, la grand-mère émigrée de Russie qui veille et qui, en quelque sorte, maintient l'équilibre à sa façon étrange. Bien entendu, on y parle de musique, de piano, de Bach surtout. Mais plusieurs oeuvres pianistiques sont aussi mentionnées et à chaque fois, j'étais toute contente de connaître ça (serais-je bébé, par hasard?!?!) Je sais que suis toujours particulièrement sensible à tout ce qui touche la musique mais on entend presque les notes folles qui tourbillonnent, les arpèges et les contrepoints. On les ressent.
   
   J'ai aussi pu m'identifier à Lara quand elle réalise, à un moment donné que la musique la dépasse et qu'elle ne peut plus la suivre. C'est un peu ce qui m'est arrivé vers 13 ans, quand j'ai réalisé que j'étais "bonne" mais qu'il me manquait ce quelque chose en plus (et de pratique... mais à 13 ans, jamais je n'aurais admis ça!). J'avais beau aimer ça à la folie, avoir passé tous mes degrés de l'académie de musique, avoir mon 11e degré de l'université Laval... l'étincelle m'échappait et je rageais. Je n'ai jamais envisagé de carrière, loin de là, même étant petite... mais je courais après ma musique sans jamais la rattraper. Cette joie, cette euphorie à jouer que nous ressentons chez Maya dans ces pages, je l'avais perdue. C'était devenu un travail assez pénible. Lors du décès de ma grand-maman, la musicienne chez moi, j'ai refermé mon piano et j'ai passé près de 17 ans loin de lui. Long deuil, vous direz! Fin de la tranche de vie!
   
   D'accord, dans le roman, cette course est aussi métaphorique que réelle. La mère qui voit son enfant, avec qui elle a une relation fusionnelle qui exclut tout le reste excepté la musique, lui échapper de différentes façons. Cette relation exclusive a été bâtie à travers les murs d'une couveuse et aussi par les histoires que Lara a racontées à son bébé plus petit que son poing. Sa voix l'a maintenue en vie. Et, plus tard, j'ai ressenti avec elle sa tristesse de ne plus se sentir "indispensable", même si, selon moi, une maman reste bien souvent indispensable, malgré notre âge.
   
   Un très beau moment de lecture.
    ↓

critique par Karine




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We're having a miracle
Note :

    Flexions du poignet, petit échauffement et quelques gammes sur mon clavier, légère pression sur la pédale, telles sont les techniques que je suis bien décidée à employer pour enfin sortir "Prodige" de Nancy Huston du lot des chroniques qui refusent de pointer le bout de leur nez.
   
   Le prodige c'est Maya, née prématurément et qui s'accroche à la vie contre toute attente, faisant la joie de ses parents et s'attachant pour toujours sa mère Lara, prête à tout donner à son enfant pour lui promettre une vie merveilleuse.
   C'est aussi l'enfant prodige que devient la petite en grandissant. Formée dès le plus jeune âge par une mère pianiste, Maya excelle et surpasse son guide. La musique est son élément naturel, elle la comprend mieux que quiconque et s'exprime parfaitement au moyen de son piano. C'est un véritable don que semble lui avoir insufflé Lara lors des premiers mois, lorsqu'elle se trouvait entre la vie et la mort.
   
   D'abord amis lecteurs, sachez que je veux lire Nancy Huston depuis au moins deux ans et que je suis vraiment heureuse d'avoir enfin découvert sa prose. Très honnêtement je m'attendais à un coup de coeur immédiat, à une révélation époustouflante, des tempêtes dans ma chambre et des coups de tonnerre follement romanesques annonçant le début de la fin et jetant votre chroniqueuse dévouée par terre dans un état de choc et de béatitude avancé. De grandes espérances qui ne facilitaient pas la tâche de Nancy Huston, dont j'ai cependant apprécié ce court roman.
   
   Plus que la forme, que je trouve plaisante mais que j'espérais plus vibrante, j'ai vraiment apprécié le contenu. Alternant les voix par de courtes interventions précédées du nom du personnage dont on découvre les pensées, ce roman reprend beaucoup d'ingrédients auxquels je suis particulièrement sensible, à commencer par les relations entre membres d'une même famille (en particulier mère-fille) et la musique, qui occupe une place à part dans ce récit. Le piano est un lien entre Maya, sa mère et sa grand-mère; il lui permet aussi de nouer de nouvelles relations, tout comme il a rapproché ses parents quelques années plus tôt. C'est un moyen d'expression qui, une fois dompté, reste encore magique et inaccessible, Maya étant la seule à savoir dépasser les limites techniques pour vraiment s'approprier le piano et en faire son complice. Enfin, outre les thèmes abordés, j'ai apprécié les personnages qui, en peu de pages, gagnent indubitablement en intensité et rayonnent malgré leur contour assez flou et vaporeux. Lara m'a particulièrement touchée avec son esprit combatif, son amour pour sa fille et la frustration teintée de fierté qu'elle éprouve en voyant Maya triompher là où elle-même a échoué. L'écriture des passages de Lara m'a d'ailleurs plus marquée:"Tu te mettras sous le piano, ce sera ta petite maison tout en bois, et tout autour de toi ça résonnera quand je joue, boum, les graves, la pédale, un orage, un déluge, un ouragan de musique se déchaînant dans le bois!" (p137)

critique par Lou




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