Lecture / Ecriture
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L'Iliade et l'Odyssée de Alberto Manguel

Alberto Manguel
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Né en Argentine en 1948, Alberto Manguel a passé ses premières années à Tel-Aviv où son père était ambassadeur. En 1968, il quitte l’Argentine, avant les terribles répressions de la dictature militaire. Il parcourt le monde et vit, tour à tour, en France, en Angleterre, en Italie, à Tahiti et au Canada, dont il prend la nationalité. Ses activités de traducteur, d’éditeur et de critique littéraire le conduisent naturellement à se tourner vers l’écriture. Composée d’essais et de romans, son oeuvre est internationalement reconnue. Depuis 2001, Alberto Manguel vit en France, près de Poitiers.
Source: Editeur

L'Iliade et l'Odyssée - Alberto Manguel

Les vertiges de l'érudition
Note :

    C'est la première fois, je crois, qu'un auteur vu à la télévision me donne envie d'acheter son livre. Alberto Manguel était l'invité de l'émission La grande librairie en novembre dernier et son érudition tranquille m'avait semblé irrésistible. C'est bien simple, face à lui, l'autre invité, auteur lui aussi d'un livre dans lequel il était question d'Ulysse, un certain Eric-Emmanuel Schmitt pourtant familier des plateaux et à l'aise pour vendre sa prose, n'avait pas existé. Restait à savoir si le plaisir d'écouter Manguel se retrouverait dans sa lecture.
   
   Après un chapitre qui reprend tout ce que l'on sait et surtout tout ce que l'on ne sait pas d'Homère, l'auteur entreprend de retracer le parcours de ses deux poèmes à travers les âges et les continents: leur réception, leur diffusion, leurs lectures, leurs interprétations, leurs imitations, leurs suites. On part de Virgile bien sûr, on voit comment les premiers chrétiens et l'islam ont réussi à faire une place à Homère, on visite Dante, on assiste à la querelle des anciens et des modernes, on passe par Pope, Goethe, Nietzsche, un petit coucou à Joyce et on arrive aux derniers avatars de L'Iliade et de L'Odyssée dus à Cavafy, Kazantzakis, Derek Walcott ou Alessandro Barrico. Sur 250 pages, ça file vite, ça étourdit, c'est Alberto Manguéole qui souffle fort et le lecteur qui s'accroche tel Ulysse à son radeau. Ça va même trop vite et c'est regrettable en ce qui concerne certaines étapes du parcours sur lesquelles on aurait aimé s'attarder, sur la théorie d'Italo Calvino par exemple qui voyait l'Odyssée "comme un ensemble de plusieurs Odyssées emboîtées les unes dans les autres à la manière des sphères chinoises". Sur ce qu'on connaît le moins mal ici, le traitement de l'Odyssée dans l'Ulysse de Joyce, Manguel va aussi très vite, trop vite, la preuve, Buck Mulligan, un des personnages de Joyce devient Black Mulligan sous sa plume qui file...
   
   Mais ce qui est vraiment frustrant dans ce livre, c'est qu'on n'y entend pas assez Manguel lui-même. Lorsque, au détour d'une exposition des idées et des vues des autres, il se laisse aller à quelques commentaires personnels, lorsqu'il reprend la barre et laisse apparaître son goût et sa connaissance des textes d'Homère, lorsqu'il paraphrase et explique patiemment quelques vers pour le lecteur besogneux que nous sommes, alors là c'est du nanan et on ressort de sa lecture plus convaincu encore que c'est dans les classiques qu'on trouve les clés non seulement de la littérature mais aussi du monde.
   
   
   PS: Egalement sur le thème de l'Iliade:
    Alessandro Baricco
    ↓

critique par P.Didion




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Le poème d'Ilion
Note :

   La tendance est aux retraductions, Paul Veyne vient de retraduire l’Enéide par exemple.
   
   Je n’avais pas d’édition de l’ Iliade franchement satisfaisante, un livre en poche plus en très bon état, une édition bilingue beaucoup trop lourde à manipuler, alors en entendant dans une émission de radio qu’une nouvelle traduction venait de sortir j’en ai profité.
   
   Me voilà maintenant avec une édition de l'Iliade flambant neuve et ma vieille Odyssée traduite par Philippe Jaccottet.
   
   Vous me connaissez j’aime bien en plus avoir un passeur et comme je ne me vois pas vous faire une laïus sur l’Iliade et l’Odyssée du genre fiche de révision du bac, c’est du passeur dont il va être question.
   
   Alberto Manguel est un fan d’Homère! Et il a commis un petit livre tout à fait passionnant où il entreprend de chercher la trace de ces deux œuvres à travers le temps et les littératures d’un peu partout.
   
   Comment l’Iliade et l’Odyssée ont été lues, quel sens leur a-t-on attribué, quelles influences ont-elles exercées et comment ont-elles été traduites.
   
   Manguel est certain que ces œuvres là peuvent être lues et relues car elles ont "été écrites pour nos propres vies d'aujourd'hui, avec tous nos bonheur secrets et tous nos péchés enfouis."
   
   Bien entendu il revient sur Homère, le premier des écrivains, le père de la littérature comme Hérodote est le père de l’histoire. On est à peu près certain qu’Homère n’a pas existé et que ces œuvres sont des assemblages d’anciennes histoires collectées par les rhapsodes ces interprètes des chants épiques, quelle importance puisque la littérature en sort habillée de pied en cap?
   
   Xénophon disait déjà qu’Homère avait attribué aux Dieux "tout ce qui constitue chez les mortels honte et indignité : le vol, l’adultère et la tromperie".
   
   Manguel recherche à travers les œuvres d’autres poètes, d’autres écrivains, la trace des œuvres. Joyce bien entendu mais aussi Virgile dont l'Enéide doit beaucoup à Homère, Dante qui fait apparaitre Homère dans son premier cercle de l’enfer. Racine avec son Andromaque, Cavafy qui propose un Ulysse moderne. Ils ont été inspirés, influencés par Homère et l’on retrouve chez eux la colère d’Achille, la ruse d’Ulysse, la patience de Pénélope, le sacrifice d’Iphigénie. Homère a laissé sa trace jusque dans les récits de Sindbad le marin.
   
   Il nous rappelle l’influence qui a transformé Schliemann en archéologue obstiné pour découvrir les vestiges de Troie alors qu’il semblait que c’était un monde totalement imaginaire.
   
   Un livre monde que Manguel illustre avec cette anecdote de villageois colombiens à qui l’on a prêté l’Iliade et qui refusent de rendre le livre au prétexte que :
   "l’histoire d’Homère reflétait la leur: elle parlait d’un pays déchiré par la guerre, dans lequel des dieux fous se mêlent aux hommes et aux femmes qui ne savent jamais exactement pour quelle cause on se bat, ni quand ils seront heureux, ni pourquoi ils seront tués."
   

    Ce livre est une sorte de biographie littéraire, non celle d’un homme mais celle d’une œuvre de plus de 3000 ans et qu’aujourd’hui encore on traduit partout de par le monde, livre qui ne résout pas l’énigme d’Homère mais qui lui rend hommage.
   
   Manguel rejoint Italo Calvino "Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu'ils ont laissée dans la ou les cultures qu'ils ont traversées."

critique par Dominique




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