Lecture / Ecriture
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Les cinq femmes de José Triana

José Triana
  Les cinq femmes

Les cinq femmes - José Triana

Alejandra, Isabel, Edelmira, Emelina, Laura et les autres
Note :

   José Triana est né à Cuba et réside en France depuis les années 1980. Il a écrit des poèmes des pièces de théâtre et des essais.
   Recueil de cinq nouvelles concernant chacune une femme différente, mais tellement semblables.
   
   Alejandra, malgré le fait qu’elle fut toujours rejetée par sa belle-famille part voir son beau-père mourant. Son mari refusant de se déplacer, elle espère obtenir le pardon, d’une faute qu’elle ne comprend pas. Après un voyage éprouvant, elle se trouve devant un vieillard à l’agonie, où est le magot? Et les papiers de la propriété, que veulent-ils dire? Et si cette visite n’était que pour elle-même, une rédemption, une explication?
   
   Isabel était amoureuse de son frère Alberto; elle a combattu ce penchant toute sa vie, hélas sa fille Adelaida n’aura pas ses scrupules. Isabel ne peut y croire, mais sa fille se suicidera en se jetant par la fenêtre d’une chambre où l’on trouvera le cadavre d’Alberto, tué de plusieurs coups de revolver. Pour Isabel sa vie et ses autres enfants n’ont plus d’importance.
   
   Pour Edelmira, la vie bascule lorsque le gouvernement refuse l’abattage d’une parcelle de forêt. Ce refus entraînera la fermeture de la scierie où travaille depuis trente ans son mari et la majorité des hommes des environs. Gualdimiro ne le supportera pas, pas plus que l’affront que lui fait subir l’avocat du gouvernement, la mort est la seule solution qui semble lui rester.
   
   La tante Emelina, cette bonne dame bien en chair, ne méritait certainement pas la manière dont se passèrent les dernières années de sa vie. Certes son comportement fût parfois étrange, elle eut des visions et poussât l’extravagance un peu loin. Etait-il nécessaire de la bannir de la tribu familiale et de l’enfermer dans une baraque construite spécialement pour elle?
   
   Quant à Laura, quel texte, mélange de sexe et de mort violente! Un récit qui navigue entre hier et aujourd’hui. La mort de son père, le jour de ses dix ans, dans des circonstances pour elle mystérieuses, mais non naturelles. Ce père qui, elle l’apprendra plus tard, était un coureur de jupons forcené, et pourquoi a-t-on retrouvé son cousin Dionisio pendu? Une foule de questions dont on devine les réponses petit à petit.
   
   Des grands personnages féminins, luttant contre une société qui n’est pas faite pour elles. Mais souvent l’abattement et la résignation l’emportent, dans un monde provincial étouffant et rigide.
   
   Une écriture envoûtante, accrocheuse, mêlant phrases brèves style coup de poing et phrases longues et énigmatiques. Un livre court (126 pages) dont on ne sort pas indemne surtout avec "Incident familial" et l’étrange "Fragments et fumée". Une lecture hors des sentiers battus que j’ai beaucoup aimée.
   
   Extraits :
   -Alejandra s’est résignée et a murmuré entre ses dents: "Un sacrifice d’amour"
   
   -Elle aurait pu occuper une place elle aussi, mais on lui a refusé. On l’a toujours rejetée. Rejetée et maudite.
   
   -"Des racontars, les gens s’ennuient, chérie! Des conneries!"
   
   -La reconnaissance. Voilà le hic. L’ombre de sa perversion. Méprisée, blâmée des années durant.
   
   -"Dansons comme il faut, Argimiro, pas d’inconvenances parce que je connais vos tares"
   
   -Quelles choses?
   C’est trop délicat, cela pourrait déclencher un scandale. Il s’agit de notre fille et de ton frère.
   Des racontars, des sottises!
   
   -Il traversa le jardin, ce jardin qui était autrefois le jardin du Paradis. Ce jardin subitement retourné à l’état sauvage.
   
   -L’extravagance est le sel de la vie! gloussait-elle en agitant son bruyant éventail en bois de santal.
   
   -Elle était nue à ses côtés. Ce n’est pas la première fois. Ils dînent à la lumière d’une chandelle.
   -Ah, les hommes! Les hommes! Maudits soient-ils!
   
   

   Titre original : "Fragmentos y Humo" (Cuba)

critique par Eireann Yvon




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