Lecture / Ecriture
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Nouveaux indiens de Jocelyn Bonnerave

Jocelyn Bonnerave
  Nouveaux indiens

Nouveaux indiens - Jocelyn Bonnerave

♫Be sure to wear some flowers in your hair♫
Note :

    Je n'avais d'abord repéré qu'un seul titre de cette rentrée littéraire, à savoir "Nouveaux indiens" dont le résumé suscitait ma curiosité. J'ai donc sauté sur l'occasion lorsqu'il m'a été proposé. Ensuite, il y a eu la phase «ô rage, ô désespoir», votre fidèle et dévouée ne parvenant absolument pas à surmonter l'angoisse des premiers dérapages stylistiques (pardon) des premiers effets de style audacieux du narrateur.
   
   Fou et intrépide, voilà notre héros qui mélange joyeusement les phrases, entre associations d'idées et rappel des improvisations musicales des étudiants qu'il est venu observer à Mills, San Francisco. J'ai commencé à m'arracher les cheveux par poignées en craignant une invasion du roman par ce staccato éreintant, voire une syncope en ré mineur de votre chroniqueuse. Mais, ouf! Tout est bien qui finit bien et j'ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman passée la page trente, accélérant brutalement mon rythme de lecture à chaque fois que la migraine menaçait le narrateur, nos deux rythmes s'accordant alors parfaitement et donnant finalement au texte une tonalité musicale cohérente.
   
    De quoi parle "Nouveaux indiens", me dites-vous? Il s'agit de l'étude d'un groupe d'étudiants en musique par un jeune anthropologue très français (tout de même relativement enclin à s'immerger dans la culture américaine). Les musiciens et leurs professeurs sont les nouveaux Indiens: l'anthropologie a évolué et l'élite un brin bohème de San Francisco devient la nouvelle tribu «sauvage» à observer. Ceci dit, c'est une autre histoire qui m'a vraiment tenue en haleine: celle d'une jeune femme anorexique décédée, Mary. Sur fond de campagne électorale (Bush vs Kerry) et de pousses de bambou, le narrateur s'intéresse de plus en plus à la disparition de cette inconnue dont la mort semble être taboue à l'université.
   
   Au final, j'ai trouvé ce roman intéressant et globalement agréable à lire. Un vrai page-turner une fois l'introduction passée, "Nouveaux indiens" est un livre assez original qui risque de diviser ses lecteurs mais que je suis contente d'avoir lu.
   
   
   PS : A souligner aussi, la qualité littéraire de quelques passages érotiques.
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critique par Lou




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Romanesque & anthropologie
Note :

   "Nouveaux Indiens" est une nouveauté dans la production littéraire actuelle. A., anthropologue français débarque sur un campus des Etats-Unis pour étudier un professeur de musique, Frank Firth et sa méthode de travail innovante dans l'art musical. Une étude qui semble d'emblée être un vrai ovni, une énigme à déchiffrer qui plus est lorsque A. ne comprend lui-même rien à rien, pris par des migraines terribles et des divagations rocambolesques. Lecteurs, nous lisons ses pensées mais cela reste confus, trouble. Grande question que l'on se pose: mais quel est donc ce terrain si peu excitant? Où sont nos Indiens d'Amérique?
   
    "Nouveaux Indiens" ne nous dit rien de tout cela, non! Les nouveaux indiens sont des gens "normaux": un chirurgien, un groupe de musiciens, une clocharde... Rien de bien follichon et pourtant... Sur fond de campagne présidentielle, d'une vie à l'américaine où l'ethnisme est synonyme de proximité, la mort d'une jeune fille cache un mystère qui accapare l'attention. Etudiante en danse, celle-ci est devenue anorexique à la suite d'une étude sur les indiens cannibales: les Guayaki!!!! Et là le sujet on le tient!!! Après un début périlleux, l'intrigue prend de l'éclat, pleine de suspens, un mélange de réalisme mené par une toile de fond originale.
   
   Le style de l'auteur pourra choquer plus d'un lecteur. Il faut du temps pour s'adapter, mais comme tout bon anthropologue qui se respecte, l'adaptation à un nouvel environnement, ici, à une écriture en cadence, à la limite de l'hallucinatoire, est essentielle pour rentrer dans le jeu. Le jeu c'est l'ethnographie, l'enquête de terrain qui divague au fil des pensées de son anthropologue: il s'y perd, il pense, ça fusionne, puis hop!! un dialogue, une rencontre et le terrain prend forme, plus vivant et authentique que jamais.
   
    J'ai aimé cette pérégrination anthropologique, ce petit carnet de notes qui suit toujours le chercheur, pour noter tout ce qu'il voit, entend, observe et déduit. "Nouveaux Indiens", est indéniablement le roman qui conjugue avec brio le romanesque et cette passionnante discipline qu'est l'anthropologie...
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critique par Laël




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Trop branché
Note :

   Et les indiens?
    Voilà un premier roman qui m'a laissée perplexe malgré son argument littéraire intéressant. Il est étrange de commencer de cette manière une chronique mais ma surprise et mes interrogations vont planer sur mes mots.
   
   Un jeune anthropologue français débarque en Californie, dans une université où officie un célèbre musicien musicologue: il est curieux d'observer la manière et l'art avec lesquels cet enseignant orchestre la transmission de son savoir. Lorsque notre narrateur arrive à Berkeley, le groupe d'étudiants est encore sous l'émotion de la disparition de l'une des leurs: Mary qui s'est éteinte, doucement, lentement, en suivant le chemin de l'anorexie. Pourquoi une jeune fille, danseuse, belle, pétillante, pleine de vie, se laisse-t-elle emporter par la faim orchestrée? C'est ce que décide de comprendre le narrateur en menant une enquête en filigrane de ses recherches universitaires. Sur sa route, il croise des personnages hauts en couleurs, intéressants à l'image de la propriétaire de sa chambre et de son colocataire, vieux babacool converti au bouddhisme, parfois inquiétants (comme Barry le petit ami de Mary) et quelque peu surprenants comme Tree qui deviendra son amante torride et peu embarrassée par les tabous!
   Notre héros rédige son journal de bord, collectant et reportant sur le papier les menus faits et gestes des étudiants et des enseignants, les remarques qui lui viennent à l'esprit en lisant et regardant les infos où la campagne des élections présidentielles bat son plein. Il note la place prise par l'obésité, mal du siècle de la société américaine, qui devient peu à peu un enjeu politique et une gageure de santé publique; il s'aperçoit d'ailleurs que Barry et Graham, un prof d'ethonologie de l'université, ont réfléchi à la question et que Mary a participé à un séjour d'étude dans une tribu amazonienne dont la particularité est de manger ses défunts. Un déclic se serait-il produit dans la tête de Mary à l'issu de cette étude?
   
   Le style du roman est très moderne, très "dans l'air du temps" ce qui peut être dérangeant... d'ailleurs, je dois avouer qu'il m'a gênée pendant un moment, cependant, on s'habitue au fil des phrases et cela passe. Le cannibalisme placé en toile de fond peut apparaître comme une interrogation philosophique et ethnologique sur les actuels comportements alimentaires d'une société moderne de l'abondance et de l'outrance. Le nouveau Monde a-t-il changé depuis le débarquement des premiers colons? On peut s'interroger longtemps sur le changement ou non des hommes depuis cette époque lointaine, sans pour autant récolter un élément tangible de réponse. C'est ce qui fait le charme de ce récit qui s'avère être, au final, une lecture surprenante qui bouscule certaines convenances de bienséance (les scènes amoureuses, entre le narrateur et son amante, sont d'un érotisme torride, osé, à la limite de la violence et au bout d'un moment leur côté volontairement trash lassent le lecteur et n'apportent rien à l'histoire ni à l'argument littéraire).
   
   Que dire de ce premier roman? Il est plaisant à lire une fois le rythme prosodique intégré et est intéressant dans sa construction. Cependant, son parti pris très "dans l'air du temps" (une pincée d'autofiction, deux louches d'érotisme torride saupoudrées d'un zeste de violence sexuelle) a freiné mon enthousiasme. "Les nouveaux indiens" a le mérite d'être une curiosité de la rentrée littéraire.
    ↓

critique par Chatperlipopette




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«Bye bye Mary, tout est consommé.»
Note :

   A. l'anthropologue voudrait "savoir comment font les musiciens pour se dire des choses quand ils jouent alors qu'ils ne peuvent pas se parler. Tout se passe en dessous, quoi..." Il ne croit pas si bien dire ce petit frenchie venu aux Etats-Unis sur un campus étudier le groupe de musiciens animé par Frank Firth car , se transformant malgré lui en limier, il va peu à peu mettre à jour les liens qui unissent différents acteurs du campus, qu'ils soient professeurs ou sans-abris et qui sont liés à a disparition d'une anorexique, Mary.
   
   Sur fond de campagne électorale, celle qui aboutira à la réélection de Bush junior, l'anthropologue sera donc amené à sortir de sa position d'observateur voire même d'enquêteur, devenant à son tour partie prenante d'une fabuleuse performance...
   
   Et les Nouveaux Indiens dans tout ça? Ils sont beaucoup plus proches de nous qu'on pourrait le croire...
   
   Brassant les thèmes de la langue (le narrateur éprouve des migraines à devoir sans cesse faire le va et vient entre français et américain mais éprouve beaucoup de plaisir à entendre la broussaille de mots de la logorrhée d'une musicienne française, long flots de mots abrupts retranscrivant aussi les notes prises par A. lors des exercices des musiciens) des rapports qu'entretiennent l'Art et le pouvoir, du pouvoir dans les groupes quels qu'ils soient, mais aussi pointant du doigts les échecs de notre société, Jocelyn Bonnerave nous donne ici un roman dense (170 pages seulement) qui galope sans trêve, secoue le lecteur , le tient en haleine et se termine d'une manière tout à fait originale et quasi philosophique. Le style est vif, alerte, et Bonnerave réussit même le pari de nous donner de somptueuses pages érotiques, roboratives sans être ni maniérées ni triviales.
   
   Un livre original et intelligent, sans être pédant. Une réussite!

critique par Cathulu




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