Lecture / Ecriture
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Du bout des doigts de Sarah Waters

Sarah Waters
  Ronde de nuit
  Caresser le velours
  Du bout des doigts
  Affinités
  L'indésirable

Sarah Waters est un écrivain britannique, née en 1966. Après une thèse en Littérature anglaise, elle a été libraire puis enseignante. Elle a publié son premier roman, "Tipping the Velvet" (Caresser le velours) en 1998.

Du bout des doigts - Sarah Waters

Attention, livre formidable!
Note :

    Attention, livre formidable et indispensable!
   Malheureusement, je ne vais pas pouvoir en dire autant que je le souhaiterais puisque le livre est construit sur une série de révélations dont la première, page 236 m'a tout bonnement laissée sans voix, estomaquée. Oui, et ce n'était que la première, ce livre est d'une construction très subtile, diaboliquement maîtrisée, exactement comme je les aime.
   
   Voici donc le début de cette sombre histoire. 1862. Tout commence avec l'histoire a priori banale d'une jeune fille, Sue Trinder, seize ans, qui a grandi dans les bas quartiers de Londres chez une placeuse d'enfants et un receleur. Mais pas de misère cependant, le vol rapporte plutôt bien, et Sue est aimée de sa mère adoptive, Mrs. Sucksby. Compte tenu de son milieu social, elle est même plutôt préservée. Arrive un jour un aigrefin de leur connaissance, Gentleman, qui lui propose un marché: il connaît une riche héritière qui vit quasi cloîtrée avec son oncle et qui le jour de son mariage héritera d'une fortune considérable. Gentelman compte bien devenir son mari et Sue doit entrer à son service comme femme de chambre pour lui préparer la voie et le faire entrer dans ses bonnes grâces, voire même, dans son coeur. Une fois le mariage contracté, Gentleman et Sue feront enfermer l'héritière, Maud Lilly, dans une maison de fous.
   Et voilà notre Sue quittant la grouillante capitale pour Briar, morne demeure dont le propriétaire, Mr. Lilly, reste enfermé dans sa bibliothèque. Sue s'ennuie ferme, ne perdant cependant pas de vue le plan qui fera sa fortune. Les deux jeunes filles se découvrent et s'apprécient, plus qu'elles ne devraient pour la réussite du plan, mais Sue garde la tête froide.
   
   Comme je me retiens de ne pas vous en dire plus! Je ne veux pas vous gâcher la lecture et pourtant, je sais qu'il faudrait aller plus loin pour vraiment vous donner envie de lire ce livre.
   Toute l'intrigue repose sur des non-dits, des complots et des passions refoulées. Malgré son style tout à fait victorien, dans la droite ligne de Dickens, il cache une intrigue des plus glauques, absolument machiavélique et époustouflante, parfois indécente pour l'époque, que le lecteur ébloui suit avec délectation tant elle est imparable. Tout est basé sur le secret, sur ce que le lecteur ne sait pas et qui ne lui est révélé que petit à petit.
   
   Je me permets de dévoiler que c'est Maud Lilly la narratrice de la seconde partie, avant de revenir à Sue dans une troisième. Et chacune de ces jeunes filles est vraiment magistralement campée. Le lecteur les suit, apprend à les connaître, à comprendre leurs motivations, leurs sentiments, quand tout à coup: patatra! Elles ne sont pas ce que l'on croit. Personnellement, j'adore! Les deux jeunes filles sont aussi réussies l'une que l'autre et les personnages secondaires sont parfaits, aussi crédibles que si l'on se promenait dans l'Angleterre du XIXe siècle.
   
   Et malgré plus de sept cents pages, aucune longueur, aucun temps mort pour me faire arrêter ma lecture, au contraire, c'est mon sommeil qui en a pâti. Dès les premières pages, j'ai su que ce roman me plairait et l'écriture de Sarah Waters ne tarit jamais. Il s'inscrit dans la lignée des romans populaires du XIXè siècle tout en intégrant des éléments qu'il aurait été impensable d'y trouver sous peine de choquer les bonnes moeurs.
   
   Un grand bonheur de lecture que je voudrais vous faire partager parce que c'est du pur romanesque et qu'il vous enchantera, j'en suis sûre. Mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour lire Sarah Waters...
   
   
   Titre original : Fingersmith, parution en Grande Bretagne: 2002
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critique par Yspaddaden




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Romanesque à souhait!
Note :

   A un moment, l’un des personnages du roman s’exclame : "Si vous pouviez vous entendre! Des machinations diaboliques? Des scélérats sardoniques? Des héritages accaparés et des jeunes filles internées frauduleusement? C’est le fatras dont on fait les romans de gare!"
   
   Résumée sommairement, l’histoire tient effectivement du roman de gare. Mais rassurez-vous, car ce pavé (paru en Grande-Bretagne en 2002) vaut quand même mieux que cela, à commencer par ses 750 pages!
   
   Le cadre est constitué par l’Angleterre victorienne, avec une ambiance comme on peut la trouver chez Dickens, Thomas Hardy ou encore dans les enquêtes de Sherlock Holmes : les bas-fonds de la ville de Londres, la pauvreté, la criminalité, la saleté, mais aussi la campagne en amont de la Tamise, certes moins polluée, mais guère plus alléchante… Les descriptions sont saisissantes de crasse et d’odeurs!
   
   Susan Trinder, une "fille du peuple", nous raconte la 1ère et la 3è partie ; Maud Lilly, membre de la "bonne société" la 2è. Une seule chose les rapproche : elles sont orphelines toutes les deux. C’est autour d’elles et avec elles que l’intrigue se nouera, avec de nombreux rebondissements. Avec les ingrédients cités plus haut. Difficile d’en dire plus sans gâcher la surprise (car il y en a, croyez-moi!).
   
   On passe un bon moment, même si j’ai trouvé quelques longueurs dans la 2è partie… mais c’était peut-être justement parce que j’avais envie d’arriver à la fin pour connaître le dénouement qui m’a finalement un peu déçue… idem pour le parti pris de faire narrer deux parties par Susan et une seule par Maud… il y a comme un déséquilibre qui s’installe! Disons que c’est une vraie lecture de vacances, romanesque à souhait, avec des personnages qui existent, du cœur, des sentiments, du cul (j’ai compris d’ailleurs pourquoi Sarah Waters est une des égéries de la communauté lesbienne britannique!)…
   
   Donc, n’hésitez pas!
    ↓

critique par Alianna




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Machination Londonienne
Note :

   Résumé du début : Dans le Londres du 19è siècle, une jeune fille de dix-sept ans, Susan Trinder, est élevée par sa mère adoptive, Madame Sucksby, dans une maison de Lant Street. Elles vivent dans le Borough, le quartier des voleurs et des receleurs et Madame Sucksby, elle aussi, vit de petits trafics et de vols d’enfants. Un des amis de la maison, un jeune homme surnommé Gentleman, qui est un escroc bien connu dans le quartier, habitué à arnaquer les riches héritières, propose à Susan de participer à une escroquerie. Elle devra se faire engager comme femme de chambre au service d’une jeune fille de son âge, Maud Lilly, qui vit en compagnie de son oncle dans un manoir à la campagne. Gentleman espère ainsi pouvoir épouser Maud Lilly, dont la fortune, en cas de mariage, sera immense. La mission de Susan sera de favoriser auprès de Maud les entreprises de Gentleman, et de permettre la fuite de la jeune fille hors du manoir. Susan, qui n’a encore jamais quitté la maison de Madame Sucksby, ne tarde pas à accepter la proposition. (…)
   
   
   Mon avis : C’est un roman plein de surprises et de rebondissements, où les renversements de situation sont fréquents. J’en parlais récemment avec l’amie qui m’a conseillé ce livre : l’auteure aime bien faire "mariner" son lecteur avant de le retourner comme une crêpe. Pour cette raison, c’est un roman plaisant à lire, dans lequel on ne s’ennuie pas. En même temps, il y a un goût du détail réaliste qui permet au lecteur de s’immerger dans l’histoire et de visualiser les scènes comme s’il les avait devant les yeux. C’est ainsi qu’on traverse successivement le quartier du Borough, le manoir de Briar, l’asile psychiatrique, la campagne anglaise, etc. avec la sensation d’y être vraiment. Pour ma part, plus que les rebondissements à répétition, ce que j’ai vraiment bien apprécié c’est la manière dont sont campés les personnages, chacun ayant une personnalité et des intentions bien à lui, et qui sont judicieusement imbriquées dans l’intrigue.
   
   Ce roman est une belle construction, bien imaginée… à déconseiller cependant aux allergiques aux gros pavés car il fait plus de sept cents pages!

critique par Etcetera




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