Lecture / Ecriture
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Les jeux sont faits de Juan Villoro

Juan Villoro
  Les jeux sont faits

Les jeux sont faits - Juan Villoro

Les jeux du cirque
Note :

   C'est je pense ma première expérience avec la littérature mexicaine, 10 nouvelles d'un auteur qui m'est strictement inconnu, mais salon du livre oblige…
   
   Ignacio Barrientos est un bon boxeur, pas un super champion charismatique mais un bon artisan. Il sait encaisser et a été plusieurs fois champion du Mexique. Le narrateur lui, est un ami d'enfance, journaliste il essaye de faire éditer un livre sur la vie d'Ignaccio, celui-ci étant décédé. Il se rappelle leur jeunesse, et ce vol qui a mal tourné et la mort d'un homme, précipité dans le ravin par le boxeur, tout cela pour de vulgaires jouets en plastique fabriqués en Corée! L'ami se rappelle également le jour où il pensait arriver avec une bonne nouvelle...
   
   Diplomate et sculpteur, le narrateur de «La statue découverte» est avec Maura son épouse, à Posdam, en Allemagne, ex RDA, il y fait froid l'hiver, tellement froid qu'il couvre les statues la nuit, alors quand la belle Maura sort la nuit... Et puis la vie est si ennuyeuse!
   
   Anton vit à la campagne, heureux, son épouse est pour quelques jours à Mexico, il est très ami avec son voisin Juan-Maria, céramiste de son état. Son ex-épouse s'annonce après une aussi longue absence, une amie est décédée dans les environs, alors une petite visite, pourquoi pas... la tequila aidant...
   
   Le ballon roule sur la pelouse, mais aussi sur des Mexico-dollars, des pétro-dollars, sur le corps dénudé d'une jeune fille, et parfois, mais vraiment parfois, le moins souvent possible sur le terrain pour que la morale sportive soit respectée! Au Mexique, pas ici, voyons! Être payé pour perdre, inimaginable! Le football business, une vue de l'esprit!
   
   «L'alcôve endormie» est une belle histoire d'amour, qui se passe dans le demi huis clos d'une pension de famille. Les protagonistes en sont un journaliste, un peu en mal d'articles, un professeur juif, qui ne tarit pas d'éloges sur le travail du journaliste. Puis arrivent deux soeurs jumelles, dont une est très gravement malade, les sentiments auront-ils raison de la maladie?
   
   «Correction» n'est pas une nouvelle pleine de coups et de fureur, mais un récit sur le monde littéraire. Deux auteurs, l'un a connu la gloire et la richesse, mais la drogue a eu raison de lui. L'autre, dont le premier avait refusé la parution d'une nouvelle dans un journal qu'il dirigeait, est devenu directeur d'une publication. Et le premier demande au second du travail, commence alors une histoire énigmatique où l'on ne sait plus bien, qui écrit, qui corrige... Certainement la meilleure nouvelle du recueil.
   
   Un boxeur, un ami d'enfance, une femme, de la drogue et du sang. De la drogue, il en est encore question dans «Le coyote» avec ces six touristes dans la fournaise du désert mexicain, le but, le peyotl, cactus dont est tiré la mescaline. Mais les cactus ont des épines, et que font des chasseurs dans ces terres désertiques? Que dire d'une ville qui fut fondée dit la tradition par des gens en panne d'essence? Qu'elle ne porte pas spécialement chance, et pourtant on y joue beaucoup, enfin il y a les gagnants (peu) et les perdants (beaucoup)!
   
   De jeux il en est également question dans «La planète interdite», jeux d'échecs, jeux de tennis où un homme pour dénicher une balle dans un arbre tombe et se détériore la colonne vertébrale, jeu sexuel avec une jeune prostituée. Tout cela dans un New York glacial.
   Une nouvelle sur les courses hippiques complète ce recueil, comment parler de jeux sans mentionner les chevaux! Il est aussi question mais plus brièvement de jeux d'écriture et de non sélection pour les Jeux Olympique!
   
   C'est très bien écrit, une lecture agréable et dépaysante. Pas un chef d'oeuvre mais une bonne approche de la littérature mexicaine, et de cet auteur également.
   
   Extraits :
   - J'ai été le premier à découvrir sa frappe prodigieuse le jour où il m'a cassé le nez. Au moment des coups, mes trois ans de plus n'ont été d'aucun secours.
   
   - Il avait besoin d'un geste de folie pour savoir que le combat était terminé.
   
   - L'intimité est toujours incommunicable et épuise ses sensations en elle-même.
   
   - Ils avaient changé de train dans un village où les rails partaient pour le bout du monde.
   
   - Le passé commun était maintenant un territoire étranger et le passé récent faisait piètre figure.
   
   - «La différence entre un artiste et un artisan est que l'artisan s'achète lui-même ses chaussures»
   
   - Le futur, au foot, c'était le dimanche suivant.
   
   - Ici c'est pas la fin du foot, c'est la fin du pays.
   
   - ...je regardais les seins de l'indienne, voilée d'une étoffe qui avait la consistance d'une neige poudreuse.
   
   - Elle sentait la savonnette, le linge propre, et je pouvais presque percevoir la tiédeur que l'eau avait laissée sur son corps.
   
   -La misère a gagné sur la pauvreté, commenta Chuy en perdant une main.
   
   - «Cette pièce est petite dedans mais énorme dehors», disait-il en faisant allusion à l'immensité qui l'entourait.
   
   -Son soutien fut pire que le dédain de Katia.
   
   - À 45 ans, il était le meilleur écrivain de ma génération et il était fichu.
   
   - Je ne veux pas te lire. Tu es mon brouillon, ça ne te paraît pas suffisant.
   

   
   
   Titre original : La cas pierde (1999)

critique par Eireann Yvon




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