Lecture / Ecriture
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Firmin de Sam Savage

Sam Savage
  Firmin

Firmin - Sam Savage

O fin amère!
Note :

    Firmin est un rat. Il vit à Scolley Square, un quartier de Boston en passe d'être rasé, où il est né en 1960. Au soir de sa très courte vie, il raconte son histoire, celle d'un animal hors norme, car Firmin a des capacités humaines: il sait lire et il a passé sa vie dans une librairie, à dévorer les ouvrages...
   
   "Firmin", sous-titré "Autobiographie d'un grignoteur de livres" par la traduction (pourquoi avoir rajouté cette précision, encore un mystère épais comme le succès de Guillaume M.), est un roman qui avait titillé ma curiosité: pensez donc, l'histoire (littéralement) d'un rat de bibliothèque, pauvre être rejeté par ses frères et soeurs, mal nourri par sa pochtronne de mère et qui découvre très rapidement qu'il peut lire les livres au lieu de les manger, voilà qui s'annonçait des plus intrigants. Et alors? vous demandez-vous, chers happy few curieux. Et alors, je ne suis pas convaincue, chers happy few, c'est le moins que l'on puisse dire.
   
   Il y a des éléments assez sympathiques dans cette histoire, ne serait-ce que le postulat de départ ou la façon dont Firmin appréhende le monde qui l'entoure (il se cache dans les livres pour mieux accepter d'être rejeté par les siens qui le trouvent trop différent). Il fantasme sa vie, mélange ses lectures à ses souvenirs réels, s'imagine être un homme et vivre au milieu de ceux qu'il considère comme véritablement les siens, et c'est là que certaines choses m'ont déplu: tous les passages sur sa perversité, son penchant pour le vice, les films pornographiques et les jambes de Ginger Rogers sont malvenus et n'apportent rien au personnage (je n'ai jamais oublié qu'il s'agissait d'un rat et la scène finale avec Ginger, eew, chers happy few, il n'y a pas d'autre mot). Firmin est un geignard qui ne cesse de se plaindre, à tel point que, forte de certaines annonces initiales, j'attendais des rebondissements en pagaille, rebondissements dont on n'a jamais vu l'ombre de la moustache. Il n'y a presque pas d'histoire, tout tournant autour de la description assez redondante de ce quartier de Boston voué à la destruction, Firmin en fréquentant un tout petit périmètre. Et enfin, j'attendais beaucoup du rapport aux livres et à la littérature, or les quelques auteurs cités ne font pas du tout partie de mon panthéon personnel et je n'ai jamais ressenti aucune empathie pour ce rat-lecteur qui voue un culte à Joyce. Un roman qui ne mérite pas le ridicule bandeau dont Actes Sud l'a orné: "Si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi", clame pompeusement Baricco sur un hideux fond jaune fluo. On voit bien qu'Alessandro ne me connaît pas chers happy few.
   
   Un dernier mot: c’est illustré par Fernando Krahn (quelques planches disséminées dans le roman que j'ai pour ma part trouvées laides et inutiles mais ça n'engage que moi, chers happy few)
    ↓

critique par Fashion




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Autobiographie d'un grignoteur de livre
Note :

   J'étais tombée sous le charme des affiches dans le métro et de la phrase de Baricco mise en avant par un bandeau par Actes Sud: "Si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi." Alessandro Baricco.
   
   D'un autre côté je me raisonnais, pensant que souvent les livres les plus tentateurs, notamment lorsqu'ils parlent de notre passion de la lecture s'avèrent parfois décevant.
   Mais lorsque ce livre m'est passé sous le nez, je n'ai pas résisté plus longtemps.
   
   La lecture s'est avérée savoureuse et j'ai pris grand plaisir à goûter les titres et références dont Firmin, le rat héros de ce roman, nous gratifie.
   
   N'ayant rien imaginé de précis, à peine lu la quatrième, j'ai cheminé derrière Firmin, découvrant sa naissance, sa fratrie et comment son côté malingre lui permet de sauver sa peau. Tout n'est pas crédible, loin de là, mais je me suis laissée porter par son existence, ses découvertes, les nombreuses invraisemblances qui permettent certainement à l'auteur d'exprimer beaucoup de lui-même et de l'être humain de manière générale.
   
   L'ouvrage est agrémenté d'illustrations qui m'ont amusée, et l'ouvrage étant relativement court, j'y ai trouvé mon content.
   
   Comme quoi l'être humain n'est pas le seul à se nourrir de lectures spirituelles.
    ↓

critique par Delphine




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Bof...
Note :

   L'histoire débute à Boston, dans le vieux quartier de Scollay Square, menacé de destruction imminente par une équipe d'urbanistes en furie obsédés par le profit et la rentabilité. C'est là qu'on découvre Firmin, un rat pas tout à fait comme les autres: né d'une mère obèse et alcoolique, au milieu d'une fratrie de rustauds qui l'empêchent de participer à la tétée quotidienne, il est obligé, pour survivre, de dévorer les pages du livre qui leur sert de litière. Ironie du sort, c'est aussi comme cela qu'il apprend à lire, et à préférer la compagnie des livres à celle de ses congénères. Ses seules distractions se résument vite à lire tout son saoul, et à passer des soirées entières dans le petit cinéma du quartier, qui présente en outre l'avantage de diffuser des films érotiques à partir de minuit, pour la plus grande joie du rongeur, un peu lubrique sur les bords. Peu à peu, la famille se disperse, et Firmin se retrouve seul dans la librairie où il a vu le jour. Enfin, pas tout à fait seul: il y a aussi Norman, le libraire sympathique dont Firmin aimerait bien se faire un ami, avec qui il aurait des discussions interminables sur Joyce, Balzac ou Faulkner... Oui mais voilà, le jour où Norman aperçoit par hasard le reflet de Firmin, penché au-dessus de lui, dans sa tasse de café, il ne réagit pas tout à fait comme le rongeur l'aurait espéré: le voilà qui sème de la mort-aux-rats dans toute sa boutique. Firmin, désespéré, trahi, humilié, quitte donc son refuge pour atterrir, après quelques péripéties, dans l'appartement d'un vieil écrivain de science-fiction marginal, qui sera peut-être le seul à pouvoir le sauver de son désespoir existentiel...
   
   Voilà un roman bien prometteur, qui évoque immédiatement "Ratatouille", ce film adorable où un gentil rat devenait un véritable cuisinier. Mais la comparaison s'arrête vite là: Firmin est tout, sauf attachant et mignon; laid, bavard, prétentieux, imbu de son érudition, il méprise ses congénères autant que les hommes semblent le mépriser. Avec un conte anthropomorphique exaltant la solidarité et la tolérance, sur fond d'hommage aux valeurs de la littérature, Sam Savage signe ici son premier roman (à 65 ans passés, comme quoi on peut vraiment découvrir sa vocation sur le tard) mais ne parvient pas à tenir la distance. Certaines réflexions, notamment sur l'exclusion, la peur de l'étranger, l'amitié (sans parler de cette magnifique ouverture sur les incipit de roman, avec un bel effet de mise en abîme qui n'est malheureusement pas réitéré dans la suite du roman) sont habilement menées, sans dogmatisme ni manichéisme de mauvais aloi, mais l'humour, même noir, qui aurait pu faire de ce roman un bon livre, fait cruellement défaut, les réflexions amères du rat sur l'humanité ou la littérature deviennent de plus en plus agaçantes et péremptoires, et malgré quelques jolies formules ou trouvailles lexicales, l'ensemble reste plat, voire carrément lourd, et le petit rongeur intello et pervers (en dépit de son titre, ce livre n'est absolument pas à conseiller aux enfants, ne serait-ce que pour les passages où Firmin évoque son désir incestueux pour sa sœur à la croupe visiblement bien rebondie) ne parvient pas à susciter l'enthousiasme du lecteur, ni même sa sympathie. La littérature passe en outre trop souvent au second plan, cédant la place aux aventures somme toute assez peu palpitantes de Firmin face aux hommes, ou encore à la vague de destruction du quartier, qui se désagrège peu à peu au fil des pages, de même que l'intérêt du lecteur va décroissant de chapitre en chapitre.
   
   Le petit grignoteur de livres aurait mieux fait de ne jamais écrire son autobiographie, la littérature ne s'en serait finalement que mieux portée.

critique par Elizabeth Bennet




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