Lecture / Ecriture
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Reflets… de Maurice Federman

Maurice Federman
  Reflets…

Reflets… - Maurice Federman

Une victoire face au pire de l’Histoire?
Note :

   Né en 1905 dans une famile juive de Sosnowiec, Mojsze (Maurice) Federman se vit contraint, dès 1927, de quitter sa Pologne natale pour s’installer à Liège où il fut finalement arrêté par la Gestapo, un matin de février 1942. Et il serait mort trois ans plus tard, entre Auschwitz et Buchenwald, sans laisser la moindre trace de son passage en ce monde s’il n’avait publié en 1936 un unique recueil de poésie, écrit en Français et intitulé "Reflets…". S’il n’avait aussi, en 1939, donné le jour à une petite fille qui deviendrait à son tour poète, dramaturge et romancière sous le nom de Vera Feyder.
   
   Et c’est elle qui s’efforce ici une fois de plus de ranimer la mémoire de son père qu’elle avait déjà évoqué dans son essai consacré à Liège*. En signant la présentation de la réédition de ses "Reflets…". Et en nous donnant ainsi la possibilité de découvrir les textes – autant de promesses en bourgeons, restées inaccomplies – d’un jeune homme romantique, partagé entre soif de vivre, aveu d’impuissance et une mélancolie poignante.
   
   Cela peut sembler peu de chose, mais c’est tout ce qu’il y a, selon les mots mêmes de Vera Feyder: "A mon Père disparu, je n’ai rien d’autre à offrir. Rien, hors cette vie qu’il m’a donnée et où la sienne – contre la haine – y est victorieuse." (p . 14) Et à cela, l’ultime poème de "Reflets…" semble acquiescer, à travers le temps:
   
   "La joie qui fait vibrer mon sang
   Etait plus puissante que le monde…
   Et bien qu’elle ne dura qu’un instant
   Elle fut plus longue que la vie
   Et plus profonde !..." (p. 47)

   
   Extrait :
   
   Hallucination
   
   La forêt m’apporta les reflets
   des images égarées et lointaines…
   Son silence m’enveloppa
   Comme le regard de tes yeux
   Et je rêvais aux nuits chaudes et inquiètes…
   
   Leurs images se confondent…
   Etendant leurs ombres fragiles
   Sur les montagnes et disparaissent…
   Je ne vois plus que ton corps
   qui m’étreint de sa chaleur…
   Et des flèches de sang
   tachent l’eau cristalline
   de la rivière de ma jeunesse…
   
   Un éclat de rire retentit
   L’éclair bleuit tes dents blanches
   Je vois sombrer l’espace… (p. 39)

   
   
   * Les quelques pages de "Liège" où Vera Feyder évoque le souvenir de son père sont d’ailleurs reproduites à la fin de "Reflets…"

critique par Fée Carabine




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