Lecture / Ecriture
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Hors Champ de Sylvie Germain

Sylvie Germain
  Hors Champ
  Magnus
  Eclats de sel
  Tobie des Marais
  Chanson des mal-aimants
  Patience et songe de lumière
  L'inaperçu
  Le Monde sans vous
  Petites scènes capitales

Sylvie Germain est un écrivain français née en 1954.

Hors Champ - Sylvie Germain

La 4ème de couv' qui tue
Note :

    Aurélien, à l’image d’un certain Gregor Samsa, mais de façon moins radicale, commence bien mal sa semaine: les passants le bousculent, on lui marche sur les pieds, ses collègues l’ignorent presque, et sa douce Clotilde aussi… mais qu’est-ce qui arrive à Aurélien?
   Cette question n’est que pure rhétorique vu que le texte de la quatrième de couverture débute ainsi: «En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître.» Dès lors, le lecteur en sait beaucoup plus que le héros, position romanesque difficile à tenir pour un auteur s’il ne veut pas que ce héros passe pour un crétin. En conséquence de quoi, à chaque fois qu’Aurélien s’interrogeait sur son état, j’avais envie de lui répondre: «ben tu disparais, mon gars». Le destin du personnage étant scellé dès le départ, je me suis passablement ennuyée. Il se fait bousculer une fois, deux fois, trois fois… les garçons de café l’oublient une fois, deux fois… ses interlocuteurs discutent comme s’il n’était pas là une fois, deux fois… dix fois, ou au moins une de trop.
   Puis il disparaît progressivement des photos, perd son ombre. Et très prévisiblement à la fin il s’exclame, sur le mode Jules César: «Non, maman, pas toi…pas toi aussi, dis ! Maman… », seule scène (involontairement) drôle de ce roman.
   
   Au cours de ma lecture, j’ai plus d’une fois pensé à la série de Roland C. Wagner, «Les Futurs mystères de Paris» qui met en scène un détective très spécial qui disparaît de la mémoire des gens aussitôt qu’on le quitte du regard: très pratique pour échapper aux assassins, aux impôts. Et au moins, c’est drôle.
   Il y a également une BD que je recommande le plus chaleureusement possible, Monsieur Khol" de Moynot et Dieter. Monsieur Khol est un homme tellement discret, effacé, qu’il n’a pas de visage: les gens ne le voient pas, il est là sans y être.
   
   J’ai trouvé qu’il y avait plus d’émotion dans la BD de Moynot et Dieter que dans le livre de Sylvie Germain. Beaucoup de descriptions des faits et gestes d’Aurélien et malgré quelques flashs back, le personnage reste froid et lointain. Sylvie Germain refuse les accents tragiques qu’un tel sujet aurait pu susciter et choisit même de mettre en scène quelques quiproquos dus à l’invisibilité d’Aurélien. Je ne les ai pas trouvés drôles. On voit également se profiler une critique de notre société moderne, qui sait si bien peindre l’être de néant à force d’indifférence et de mépris. Mais n’est pas Sartre qui veut…
   
   Tout cela est donc bien fade, dénué de poésie et au final, la lente désagrégation annoncée d’Aurélien m’indiffère et ce roman s’efface déjà de ma mémoire…
    ↓

critique par Yspaddaden




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Pas inspiré, peu inspirant
Note :

   En entamant ce roman, j'étais prévenu que ce n'était pas le meilleur de l'auteur. Mais comme il faut bien commencer par l'un d'entre eux, c'est avec "Hors champ" que j'ai découvert Sylvie Germain. Et il faut bien dire que ce ne fut pas très concluant.
    
   Aurélien a une vie assez bien rangée, où tout est à sa place: un boulot avec des collègues sympas, une copine qu'il est heureux de retrouver après une courte séparation due à des raisons professionnelles, une famille un peu loin, mais qu'il visite régulièrement, notamment pour son frère Joël, handicapé. Mais il a une curieuse sensation, il n'est pas dans son assiette. Son sentiment est corroboré par ses proches, qui le trouvent flou. Et pour cause: il disparaît peu à peu, se faisant bousculer dans la rue, marcher sur les pieds. Et à la disparition physique s'ajoute sa disparition dans l'esprit de ses proches.
    
   Bon, l'idée de départ est plutôt intéressante, même si pas totalement originale: comment un homme réagit quand il se rend compte que plus personne ne fait attention à lui, quand peu à peu il devient un ectoplasme dont toutes les traces disparaissent. Malheureusement, Sylvie Germain ne semble pas savoir quoi faire de ce scénario de départ. La disparition d'Aurélien est progressive, et un peu comme pour le syndrome de la grenouille qu'on met dans de l'eau de plus en plus chaude, il semble accepter cette situation. D'abord fâché que ses collègues l'ignorent au moment de la pause café ou du repas, il s'y fait, n'éprouvant à aucun moment de la colère ou de l'angoisse, et n'essayant jamais de comprendre ce qui lui arrive.
    
   Sa disparition, si elle n'est pas un problème pour Aurélien, aurait au moins pu questionner ses proches. Mais là aussi, ils agissent tous comme s'il n'avait pas existé, oubliant les rendez-vous galants ou au cinéma. Bref, Aurélien subit et souffre en silence, ce qui me paraît assez peu crédible.
    
   Sylvie Germain tente d'ajouter une pointe de sentiments en présentant une situation familiale un peu complexe, avec sa mère et son frère handicapé dont il prend soin. Mais là encore, tout cela est esquissé de manière trop sommaire pour pouvoir attraper le lecteur. Le seul point sur lequel l'auteur parvient à être constante, et qu'elle développe, c'est la relation d'Aurélien avec un chant polonais et plus largement avec son enfance dont il se remémore les paroles, et qu'il fredonne dès que l'adversité est trop grande. Comme si son seul réconfort se trouvait dans ces quelques mots qui le renvoient à l'enfance, aux moments où il n'avait pas à réfléchir.
    
   Disons que ce n'est pas un mauvais roman, car l'auteur écrit de manière plaisante, mais c'est un roman raté, car elle n'a pas su exploiter l'idée de base. Comme si elle avait été encombrée par Aurélien, et qu'elle a été obligée de lui faire un sort qui ne l'intéresse que peu.
    ↓

critique par Yohan




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Manque de tension
Note :

   Je n’avais pas lu la quatrième de couverture avant de lire ce livre et c’est heureux car elle résume toute l’histoire et casse complètement l’intérêt du livre.
   
   Le héros, Aurélien, devient progressivement "hors champ" c’est-à-dire que non seulement il disparaît physiquement (son entourage lui dit qu’il est "flou") mais il disparaît aussi de la mémoire de ses proches et des gens qu’il côtoie habituellement. Cette disparition d’Aurélien est bien sûr symbolique : c’est en fait une mort sociale, du même type que celle qui peut frapper les exclus en général, et les SDF en particulier, qui deviennent transparents aux yeux du monde. Au début du livre, l’auteure souligne en effet la précarité de l’emploi d’Aurélien, ses horaires de travail aberrants ; à la fin du livre, il est tout simplement à la rue, ayant perdu son emploi, sa petite amie l’ayant abandonné, devenu ignoré de tous, même de sa mère.
   
   Ce qui est assez étonnant dans ce roman – et c’est un aspect qui m’a déplu – c’est l’extrême lenteur avec laquelle Aurélien réalise ce qui lui arrive : il n’arrête pas de se demander ce qui se passe, alors qu’il se rend bien compte que plus personne ne le remarque, mais il continue à ne rien comprendre jusqu’à la toute fin du livre et donc il se contente de subir sans rien faire (il est vrai qu’on ne voit pas trop ce qu’il pourrait faire, mais, pour l’intérêt de l’histoire, Sylvie Germain aurait pu rendre son héros plus combattif et plus astucieux).
   
   Je me suis dit aussi, à deux ou trois reprises, que l’auteure aurait peut-être pu tirer un meilleur parti de son idée de disparition, en montrant aussi les quelques avantages qu’il y aurait à devenir transparent (je suppose qu’il doit y en avoir), ou en développant une dimension plus métaphysique... que sais-je!... mais là, tel que l’histoire se déroule, les événements sont un peu attendus, le récit n’évolue pas beaucoup.
   
   Pour rendre tout à fait justice à ce livre, je dirai que de nombreux passages m’ont touchée, et même un peu saisie, et que j’ai tout de même été sensible à l’espèce de dimension tragique que possède cette histoire.

critique par Etcetera




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