Lecture / Ecriture
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Seul le silence de Roger Jon Ellory

Roger Jon Ellory
  Seul le silence
  Vendetta
  Les Anonymes
  Les anges de New York
  Les neuf cercles

Roger Jon Ellory, est un écrivain britannique de romans policiers et de thrillers, né en 1965. Il est par ailleurs membre très actif de l'église de scientologie depuis une trentaine d'année.
Il s'est fait remarquer en 2012 en postant sous pseudonyme, sur le net, des commentaires élogieux de ses propres livres... (mais pas ici:-), du moins, je crois )

Seul le silence - Roger Jon Ellory

Implacable!
Note :

    Proprement époustouflant. Qui coupe le souffle parce qu'il se lit comme en apnée, en dehors du monde, juste le livre et le lecteur. Quelque coupure que le quotidien vous imposera, tant que vous n'aurez pas achevé les dernières pages de cette histoire, Joseph Calvin Vaugham marchera à vos côtés. Et il est certain qu'il y sera encore bien longtemps après. Parce que ce livre n'est pas de ceux qui s'oublient, mais bien de ceux qu'il faut faire lire tant on sent qu'on tient entre les mains quelque chose d'exceptionnel.
   
   Augusta Falls, Georgie, 1939: c'est alors que commence l'histoire du narrateur, encore enfant, qui perd brusquement son père. Peu de temps après, une petite fille est retrouvée assassinée. Puis une autre, un an plus tard, puis une autre. Ce n'est que le début d'une morbide succession de plus en plus sanglante et atroce. Mais on ne s'attarde pas aux descriptions, pas plus qu'à l'enquête qui semble bien loin. C'est au narrateur que l'on s'attache, cet enfant, puis adolescent, complètement désemparé devant ces meurtres et qui se sent coupable. Coupable parce qu'avec certains de ses camarades, il fonde le clan des Anges Gardiens chargé de protéger les fillettes, et que rien n'y fait. Pas plus les Anges Gardiens que les différents shérifs concernés par les meurtres ne parviennent à les faire cesser.
   Joseph Vaughan grandit, toujours obsédé par les meurtres. Il se dit, et on lui confirme, qu'il pourrait devenir écrivain. Il grandit, entouré de l'amour de sa mère et de l'amitié des gens d'Augusta Falls où pourtant, il y a peut-être un assassin. Et la mort, toujours près de lui, qui va le suivre inlassablement et ravager sa vie, aussi loin qu'il fuira.
   
   Il ne faut pas chercher à en savoir plus, ne pas lire la quatrième de couverture et s'immerger dans ce livre. Le destin de cet homme dépasse toute tristesse, le poursuit inlassablement, ne lui laissant que la force de chercher.
   Car dès le début, le lecteur sait que Joseph Vaughan a trouvé le meurtrier et qu'il l'a tué. De très courts chapitres en italique lui donnent la parole au présent et décrivent son acte, implacable et froid comme sa vie. Si son identité n'est révélée que dans les toutes dernières pages, le lecteur peut la deviner bien avant, peu importe. Il ne s'agit pas là d'un roman policier à enquête, mais tout simplement d'un destin, d'une vie toute tendue vers une quête, vers le rachat d'une impuissance de petit garçon qui n'a rien pu faire contre le Mal.
   "Peut-être est-il des cicatrices – sur l'esprit, sur le cœur – qui ne se referment jamais. Peut-être est-il des mots qui ne peuvent jamais être prononcés, ni chuchotés, des mots qu'il faut écrire sur une feuille de papier que l'on plie pour en faire un bateau qui voguera sur un ruisseau pour se faire avaler par les vagues. Peut-être est-il des ombres qui vous hantent à jamais, qui viennent se serrer contre vous dans ces moments d'intime obscurité, et vous seul pouvez reconnaître les visages qu'elles revêtent, car ce sont des ombres, les ombres de vos pêchés, et nul exorcisme terrestre ne peut les chasser. Peut-être ne sommes-nous pas si forts que ça en fin de compte. Peut-être mentons-nous au monde, et en mentant au monde nous mentons à nous-mêmes."

   
   Autant dire que c'est fort, très fort, que l'écriture de ce James Ellory a une puissance d'évocation incroyable qui vous met sous les yeux ces gens, ce pays, et qui vous noue les tripes. On voit tout de suite cette petite ville des États-Unis, les voisins, l'école, l'institutrice, le shérif... tous ces gens qui dans un premier temps semblent assez loin du puritanisme et de l'intolérance américaine. Mais les crimes s'accumulant, le narrateur lui-même va sembler suspect, avec ses cheveux longs, sa maîtresse plus vieille que lui et sa manie de tourner autour de cette sinistre affaire.
   
   C'est implacable, efficace et extrêmement triste. C'est l'enchaînement des événements, l'impuissance de l'homme et l'injustice de la vie.
   
   
   Titre original: A Quiet Belief in Angels, parution aux Etats Unis: 2007
    ↓

critique par Yspaddaden




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Roman d'atmosphère
Note :

   Titre original: A quiet belief in angels
   
   
    Présentation de l'éditeur
   (mal traduite par moi, encore une fois)
   1939, dans la petite communauté rurale d'Augusta Falls, le jeune Joseph Vaughan, 12 ans, entend parler du meurtre brutal d'une jeune fille, le premier d'une série de meurtres qui hanteront la communauté pendant une décennie.
     Joseph et ses amis sont déterminés à protéger Augusta Falls contre le mal qui les menace et forment "Les Gardiens". Mais le meurtrier s'échappe et ils ne peuvent que voir les fillettes mourir les une après les autres. 
   
   Même après que les meurtres aient cessé, une ombre de peur suit Joseph pour le reste de sa vie. Le passé refuse de se laisser enterrer et beaucoup plus tard, Joseph doit confronter le cauchemar qui a pesé sur sa vie entière...
   
   
    Commentaire
   Extraordinaire. Un méga coup de cœur. Voilà. Faut le lire. Il y a d'autre choses à dire??  J'en suis bien incapable!  Mais bon, je vais quand même essayer parce que je suis bavarde!!! 
   
   C'est avant tout un roman d'atmosphère. D'atmosphère très sombre, pesante, étouffante, que la plume d'Ellory traduit parfaitement. Quelle écriture forte, qui nous garde dans un souffle!! C'est incroyable (du moins, selon moi) Dans ce petit village où tout était tranquille, la communauté est bouleversée par des assassinats terribles. Forcément, il s'agit de l'un deux.  Le climat devient étouffant et on se méfie de tous et chacun, tous ceux qui sont différents. Et Joseph Vaughan est différent. Il vit ces événement très intensément et se croit responsable... il veut protéger les jeunes filles et assiste, impuissant, aux meurtres. Cette histoire le hantera toute sa vie. 
   
   C'est le genre de roman où, comme les habitants, on se laisse aller à soupçonner tout le monde, où on devient un peu parano. Du moins, je le suis devenue. Ce pauvre Joseph, qui ne voulait que protéger, se retrouve pris dans un engrenage impossible et même s'il tentera par tous les moyens d'oublier, de passer à autre chose, il sera toujours poursuivi, de plusieurs façons. Et avec lui j'ai souffert. J'ai eu peur. J'ai tenté de me fermer les yeux sur certaines réalités. J'ai été heureuse aussi, à une certaine période. Et les mots de l'auteur réussissent à me faire ressentir tout ça, ces changements dans une vie, sans jamais se départir de cette ombre qui plane... L'alternance des chapitres du passé et du présent, où l'auteur est dans une chambre d'hôtel où il a retrouvé le meurtrier est particulièrement efficace. 
   
   Tant de personnages m'ont touchée. Chacun d'entre eux a son rôle a jouer et a réussi à me rejoindre. Que ce soit l'institutrice qui révèle les passions et qui sort de la norme, les habitants du village, avec chacun leurs blessures, les vrais amis à New-York ou les amours de Joseph...  aucun ne m'a semblé banal... Bref, j'ai tout bonnement adoré cette atmosphère, noire, et cette écriture forte!! C'est un livre qui m'a vraiment sortie de la réalité!!!
   
   Vraiment, j'ai adoré!
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critique par Karine




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Culpabilité
Note :

   Il y a tromperie sur la marchandise. C’est un roman noir que voilà (et non un polar ou thriller comme indiqué en quatrième). L’intime d’un personnage maudit. Jugez plutôt : une enfance marquée par la mort du père, la folie de la mère, et de multiples disparitions… Celles notamment, mais pas seulement, de petites filles, d’abord camarades de classe, retrouvées mutilées. Dont une retrouvée par ce Joseph Vaughan avec qui nous allons faire le voyage de sa vie. Le tueur en série reste insaisissable, le questionnement, les soupçons, commencent. Pour celui qui nous livre ses intimes convictions, très vite, tout cela devient une affaire personnelle. D’abord parce qu’il est jeune et qu’il s’est promis avec ses amis "anges gardiens" de protéger une de ses camarades qui mourra aussi.
   
   Cette affaire le hante. La culpabilité le poursuit et le manque de chance aussi. Car tout est noir dans ce roman et la vie de ce Joseph n’a rien de réjouissant. Alors quand le bonheur cogne à sa porte, on est heureux pour lui. Et quand il lui arrive une nouvelle tuile, on est assommé. R.J. Ellory nous tourbillonne avec son récit.
   
   La beauté du roman vient de cette capacité à raconter une vie pleine d’effroi et d’horreur, mais une vie qui suit son cours malgré l’accumulation des chocs. La narration à la première personne à laquelle on ajoute des sauts vers le futur nous distillant des informations sur la fin réussissent à nous capter. L’écriture est intéressante, fine.
   "Ses cheveux gominés et lissés dessinaient depuis le sommet de son crâne jusqu’à ses sourcils des sillons ininterrompus sur lesquels les enfants auraient pu faire de la luge, riant d’excitation malgré leur peur." P 449

   
   On devine assez rapidement qui pourrait être ce tueur avant la fin du roman, et malgré une espèce de deuxième piste lancée sans conviction, l’auteur n’a semble-t-il pas voulu écrire un policier mais bien la biographie de cet homme qui malgré les malheurs vivra vieux (et peut-être heureux, mais cette partie là de sa vie n’est pas racontée).
   
   Petite lourdeur récurrente, le besoin de dresser des listes de rappel (des victimes du tueur, des amours du passé…). En dépit de ces quelques défauts, très bonne lecture à la fois de divertissement et de réflexion.
    ↓

critique par OB1




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Premier roman d’Ellory traduit en français
Note :

   Et ce n’est pourtant pas le premier roman, au long cours, toujours au long cours, de Roger Jon Ellory. Il m’a paru atypique pour ma part, moi qui l’avait découvert via "Vendetta" puis "Les anonymes" et "Les anges de New York". Atypique parce que j’avais cru avoir découvert une marque de fabrique Ellory, qu’il me semblait voir transparaitre dans les autres romans sus-cités et là, patatras, pas du tout le même modus operandi. Ben zut alors.
   
   J’avais remarqué que pour l’essentiel R. J. Ellory, sous couvert d’un polar à intrigue nous faisait l’historique d’un fait de société particulier ou d’une institution particulière : la Mafia dans le cas de "Vendetta", la Mafia plus spécifiquement new-yorkaise dans "Les anges de New York" et la CIA et ses dérives dans "Les anonymes". Mais rien de tout cela dans "Seul le silence". Juste une histoire immensément triste, en rapport avec un tueur d’enfants dont les méfaits hanteront toute la vie de Joseph Vaughan, qui aura eu la malchance d’être un petit garçon dans la région où se met à sévir ce tueur de petites filles.
   
   Impressionné par ces disparitions autour de lui, le Joseph Vaughan va intérioriser une sorte de culpabilité ("je n’ai pas su les protéger") et va en souffrir sa vie durant. De toute façon, sa vie n’est qu’une succession de malheurs toujours plus grands que R.J. Ellory va se faire un plaisir de dérouler tout au long des 498 pages … Ça reste R.J. Ellory, je veux dire par là que ça vous prend aux tripes et ne vous lâche plus jusqu’à la fin. Ça reste R.J. Ellory mais j’ai préféré "Vendetta" ou "Les anonymes".
   
   Comme à chaque fois de grands pans de l’Histoire moderne (d’abord il n’y en a pas d’autre!) américaine. Une belle écriture et un sens certain de l’art de mener une intrigue.
   
   "La Mort vint ce jour-là. Appliquée, méthodique, indifférente aux us et aux coutumes ; ne respectant ni la Pâque, ni la Noël, ni aucune célébration ou tradition. La Mort vint, froide et insensible, pour prélever l’impôt de la vie, le prix à payer pour respirer. Et lorsqu’Elle vint je me tenais dans la cour sur la terre sèche parmi les mauvaises herbes, le mouron blanc et les gaulthéries. Elle arriva par la grand-route, je crois, longeant la démarcation entre la terre de mon père et celle des Kruger. Je crois qu’Elle arriva à pied, car plus tard, lorsque j’en cherchai ; je ne trouvai ni empreintes de cheval, ni traces de bicyclette, et à moins que la Mort ne pût se déplacer sans toucher le sol, je supposai qu’Elle était venue à pied.
   La Mort vint pour prendre mon père."

critique par Tistou




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