Lecture / Ecriture
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Le jeu de l'ange de Carlos Ruiz Zafón

Carlos Ruiz Zafón
  L'ombre du vent
  Le jeu de l'ange
  Ados: Le prince de la brume
  Marina
  Ados: Le Palais de Minuit
  Le prisonnier du ciel

Carlos Ruiz Zafon est né en 1964. Il se lance très tôt en Écriture, puisque son premier roman voit le jour quand il n’a que 14 ans…
Après un passage dans la publicité, Carlos Ruiz Zafon connaît un premier succès en 1993 avec son quatrième roman, "El principe de la niebla" (Le prince du brouillard) qui remporte en 2000 le prix de la jeunesse d’Édebé.
Une nouvelle carrière de scénariste s’ouvre alors pour Carlos Ruiz Zafon, qui émigre à Los Angeles, d’où il poursuit en parallèle son œuvre personnelle. Le considérable succès de "l’Ombre du Vent", couronné du prix Planeta en 2004, vaut au roman d’être traduit du Castillan en Anglais, français, allemand et …Catalan!

Le jeu de l'ange - Carlos Ruiz Zafón

Vieux livres et demeures gothiques
Note :

    Présentation de l'éditeur
    «Dans la turbulente Barcelone des années 1920, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut-être, beaucoup plus."»
   

   (J'arrête ici la 4e de couverture parce que bon, elle en dit beaucoup trop et nous fait "attendre" quelque chose qui n'arrive que plus tard dans l'histoire)
   
   
   Commentaire
    De ce livre, j'avais d'abord vu une tonne d'avis négatifs sur la blogosphère anglophone. Et depuis quelques jours, les billets francophones sont en général peu enthousiastes; j'en ai vu deux de positifs, je crois!! Je m'attendais donc à une catastrophe mais j'avais tellement aimé "L'ombre du vent" que j'étais prête à lire n'importe quoi de cet auteur! Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque j'ai été emportée dans cette atmosphère gothique, dans un Barcelone envoûtant. Et encore plus surprise de voir qu'une journée et demie plus tard, j'avais dévoré ce livre d'une couverture à l'autre! Je suis bizarre, parfois!
   
   J'ai particulièrement aimé retrouver cette atmosphère mystérieuse, pleine de poussière, de vieux livres, de demeures gothiques, d'ombres noires, de reflets de couteaux et de mystère. J'aime beaucoup ce genre de prose assez descriptive, qui nous donne l'impression d'observer la scène, derrière un miroir, à l'insu des protagonistes. Plusieurs ont trouvé ça long, moi j'ai trouvé que ça se lisait tout seul et j'ai été emportée ailleurs, vraiment. Les images me viennent tellement facilement avec la prose de Zafòn!!
   
   N'ayant pas lu la 4e de couverture, je ne savais pas du tout où ça s'en allait et je me suis laissée porter par l'histoire, très sombre mais parsemée de touches d'humour. J'ai beaucoup apprécié les conversations entre David et Isabella, qui est, je le crois, mon personnage préféré.
   Cette histoire se déroule avant "l'Ombre du vent", qui commence tout de suite après la fin de cette histoire-ci. David visite le cimetière des livres oubliés en compagnie de son presque père, le libraire Sempere et plusieurs éléments de "L'ombre du vent" sont présents. Juste ça, ça a suffi à faire mon bonheur! L'atmosphère s'en rapproche énormément, d'ailleurs. J'ai eu l'impression de retourner dans un univers un peu fantastique où j'assistais à un autre épisode d'une même série. Barcelone est presque un personnage à part entière dans ce roman! Et la maison également, d'ailleurs.
   
   David voit donc son père mourir sous ses yeux alors qu'il est enfant. Différent de ce dernier, il se régale des "Grandes espérances" de Dickens et est amoureux depuis toujours de Cristina, la fille du chauffeur d'un ami à qui il doit beaucoup, Don Pedro. Il vieillit et doté d'un réel talent d'écrivain, il rédige une série de romans policiers très populaires mais qui sont loin de ce qu'il voudrait vraiment écrire. Il est payé un salaire de misère, habite dans une grande maison lugubre mais est exploité par deux éditeurs peu scrupuleux et souffre de violents maux de têtes depuis plusieurs mois. Apparaît alors un éditeur, Corelli, qui lui propose d'écrire un livre pour lui, pour une somme mirobolante. À partir de ce moment s'enchaîneront des événements auxquels David, plutôt naïf, ne comprend rien mais qu'il semble déterminé à éclaircir. Et c'est dans cette quête que nous le suivrons dans ces pages.
   
   L'action débute lentement, la première partie étant consacrée à l'adolescence et au début de la carrière de David. Et quand tout est chamboulé, quand on ne sait plus trop ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, ça m'a passionnée. Une révélation m'a étonnée mais j'avais pas mal deviné le reste, as usual!! J'admets que certains trucs sont un peu faciles et que le même scénario revient souvent pour plusieurs personnages. De plus, j'ai plus ou moins cru en l'histoire d'amour avec Cristina, qui aurait pu être plus touchante... (bon, j'avoue, cette histoire-là ne m'a pas touchée du tout!) J'ai eu également du mal à suivre la progression du temps et parfois, ça frôle le "tout ça pour ça"... mais au final, ce fut une bonne surprise alors que je ne m'attendais à rien.
   
   Je n'ai pas ressenti le violent coup de coeur que j'ai eu avec "L'ombre du vent" mais l'amour de livres et l'atmosphère m'ont réellement charmée!
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critique par Karine




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Les dédales d’une intrigue qui se resserre
Note :

   À observer la couverture de l’édition Robert Laffont, le lecteur sait déjà que l’atmosphère embrumée de Barcelone sera au cœur du roman, la ville oppressante à l’instar du roman précédent de Carlos Ruiz Zafon, "l’Ombre du vent".
   
   Nous étions nombreux, je pense, à attendre la traduction de ce second roman de Carlos Ruiz Zafon, victimes d’une addiction à l’univers fascinant mis en scène dans l’ouvrage précédent. "Le jeu de l’Ange" nous permet de plonger à nouveau dans Barcelone, et d’y retrouver maints repères qui accrochent les deux romans comme deux wagons d’un même train dévalant les voies pentues et tortueuses de la même ville… Sauf que Carlos Ruiz Zafon nous surprend en remontant le temps. "L’Ombre du vent" nous emmenait sur les traces de Daniel Sempere dans l’atmosphère suspicieuse du franquisme des années 1950, alors que le spectre de la guerre civile empoisonnait par la défiance et la terreur les investigations du jeune homme. "Le jeu de l’Ange" se situe dans une période largement antérieure, le roman s’ouvre en 1917, où le narrateur a alors 17 ans. David Martin, orphelin miséreux, bénéficie d’une première chance grâce à l’amitié d’un dandy fortuné Pedro Vidal, journaliste à «la Voz de la Industria». L’influence de Pedro Vidal lui vaut sa première expérience d’écrivain, et sera déterminante tout au long du récit.
   
   Au fil des souvenirs qu’ordonne David, nous sommes invités à retrouver le cimetière des livres oubliés et son atmosphère étrange. Devinez qui intronise le jeune garçon dans le labyrinthe mythique de la culture universelle? Mais oui, vous pressentez bien, il s’agit d’un généreux libraire nomme Sempere! Je ne connais pas l’Espagnol, mais mes souvenirs de latin me ramènent à l’étymologie de «semper =toujours» et je ne peux pas imaginer que ce patronyme n’y trouve pas sa source… Le lecteur avisé se livrera donc à une petite gymnastique salutaire pour découvrir que cet humaniste ne peut-être que le grand-père du Daniel Sempere de "l’Ombre du vent"… Voilà bien la construction d’un univers qui met en place une généalogie romanesque sans pour autant créer des ponts qui gêneraient l ‘accès à un ouvrage faute d’avoir lu le précédent. Je ne sais si Zafon a l’intention de créer une saga, mais ces deux romans peuvent fonctionner indépendamment.
   
   L’enfance misérable de David s’est construite à travers le prisme fondateur des Grandes espérances de Dickens. Il est en droit de s’attendre à la réalisation de son rêve. Hélas, la misère et la mesquinerie humaines lui collent à la peau. «Dans le monde où je vivais, les espérances, grandes et petites, devenaient rarement réalités.» Il est le personnage que le destin englue inévitablement dans la noirceur; par ailleurs, son attirance pour le fantasme mélodramatique lui permet de trouver le moyen de survivre et même de concrétiser un de ses nombreux rêves. Sous le pseudonyme d’Ignatius B. Samson, David écrit des romans à deux sous pour des éditeurs à la moralité douteuse. Ce succès peu glorieux offre en compensation les moyens d’habiter une demeure aussi mystérieuse qu’imposante, où il s’isole alors, inconscient de la destruction personnelle qui le gagne… David et Pedro Vidal conservent leurs liens d’amitié, fondés sur une estime réciproque, et si le lecteur ignore encore les raisons de l’intérêt que le dandy fortuné lui voue, nous n’ignorons pas que le luxe dans lequel il vit stimule l’ambition du narrateur. D’autant que sans oser y donner libre cours, David et Cristina, la fille du chauffeur de Pedro, ressentent une forte attirance.
   La destinée de notre narrateur s’assombrit encore quand il se découvre malade et condamné. Pourtant, il croise à plusieurs reprises un étrange personnage insaisissable, Andréas Corelli, éditeur à Paris, qui lui laisse entrevoir une possibilité de collaboration pleine de promesses… Corelli lui adresse des missives ornées d’un ange, mais ses apparitions se nimbent d’un sentiment tenace de malaise, malgré la guérison soudaine de notre écrivain…
   
   Carlos Ruiz Zafon mène sans repos ses lecteurs dans les dédales d’une intrigue qui se resserre de plus en plus. L’atmosphère du décor urbain, les brumes polluées émanant du port autant que des usines, les quartiers sinistres ou luxueux juxtaposés sur le relief de la cité en un labyrinthe morbide, l’omniprésence de la nuit dans laquelle évolue le plus souvent le narrateur, tous ces éléments créent un monde à la limite du rationnel. La comparaison avec l’ouvrage précédent s’impose encore, dans les scènes d’obscurité ambiante où suinte la noirceur des âmes. David n’est pas un «bon jeune homme», il s’oublie dans les arcanes des passions qui le dévorent. Quand il rencontre une bonne fée en la personne de la jeune Isabella, son premier réflexe est de la repousser, malgré l’intervention du bon libraire Sempere, qui continue de veiller sur David comme sur un filleul. Celui-ci semble doué pour refuser le bonheur, et quand il passe enfin à portée de main… D’autres événements étranges, apparemment fortuits, dressent alors autour du personnage une spirale d’inquisition, un maillage de doutes insidieux sur la nature humaine, une suspicion infernale plus qu’angélique sur la tournure des péripéties.
   
    Avec ce roman étrange où la narration navigue entre confession néoréaliste et intrigue occulte, Carlos Ruiz Zafon confirme son talent de conteur fascinant à l’univers très personnel. En quelques phrases, dès le premier chapitre du roman, il établit un univers précis et cohérent, il donne vie à des personnages englués dans leur fatum, scellés aux trottoirs de la ville omniprésente. Impossible d’échapper à la cité tentaculaire, si ce n’est pour mieux se heurter à la cruauté du destin. Si vous n’êtes pas d’humeur romanesque, sans doute cet univers vampirisant vous semblera parfois lourd, et le flirt ambigu que l’auteur mène avec le fantastique peut vous déranger. Mais si vous acceptez les règles du jeu, vous suivrez avec délices l’ensorcelante partie qui livre le narrateur aux forces de l’Ange.
   
   Évidemment, l’homme qui confère à Barcelone une telle intensité dramatique est catalan.
   
   
   Titre original : El Juego del Angel
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critique par Gouttesdo




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Les délices de la lecture
Note :

   Après avoir lu et aimé "L'ombre du vent", je ne pouvais pas ne pas essayer "Le jeu de l'ange" et le voici maintenant terminé. Le résultat est aussi plaisant que "L'ombre du vent", tous les ingrédients pour faire de ce nouveau roman votre livre de chevet.
   
   Tous les ingrédients qui font un bon roman sont là, roman populaire par excellence, retrouvez David Martin, petit employé subalterne qui fait ses premiers pas dans la rubrique des faits divers et est découvert par Andreas Corelli entre autres, l'éditeur de Lux aeternae... il continue son parcours sous la protection de Don Pedro et de la douce et belle Christina. Il devient Ignatus B, l'écrivain de la ville des maudits, roman feuilletant qui l'absorbe complètement, exploité par deux ignobles marchands de rien… Un écrivain comme on en a rarement connu mais à qui il manque un petit coup de pouce... Et puis, Andreas Corelli qui revient à la charge avec cette proposition de marché, ce pacte ou engagement. Est-ce que David va accepter? Qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière cet étrange travail...
   
   Dans les arrières cours de la Barcelone d'avant guerre, le mystère et l'enquête policière vont s'entremêler sur fond d'occulte. Qui est l'habitant précédent de la Tour cette maison bizarre qui recèle un parfum d'étrange ? La librairie Sempere & fils, ce lien avec les livres et le cimetières des livres oubliés, les écrivains dont l'âme réside dans un livre perdu, les sentiments confus entre l'un et l'autre, un passé que l'on ne veut pas remuer, des êtres qui meurent, des incidents qui indiquent un seul coupable, une maison sur le lac en hiver, la tristesse, l'amour.
   
   Un livre remarquable qui vous plongera dans les délices de la lecture, de la création littéraire, le tout avec le suspens nécessaire pour vous faire frissonner et vous inviter à lire en cachette, à humer cette époque où les histoires valaient la peine d'être vécues, entendues, racontées...
   
   Voilà, vous l'aurez aisément compris, toutes les raisons sont réunies pour vous faire aimer "le jeu de l'ange" et le dévorer à pleines dents.
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critique par Herwann




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On se laisse happer
Note :

   Barcelone, dans les années 20. David Martin, un jeune écrivain en herbe qui rêve de pouvoir vivre de sa passion, se voit proposer la rédaction d’un feuilleton… les lecteurs s’arrachent le journal qui le publie et c’est le début de la renommée. Viré malgré son succès, rongé par un impossible amour, trahi par son mentor et ami, abandonné par un père assassiné trop tôt, il ne peut compter que sur lui-même. Grâce aux premiers derniers empochés, il s’installe dans une maison qui semble habitée par un passé trouble qui tend à refaire surface. Au même moment, il signe alors un contrat avec un mystérieux éditeur étranger… un engrenage menaçant se met en branle, et le jeune auteur se retrouve confronté à une série de meurtres comme s’il avait vendu son âme au diable en signant cet ultime contrat.
   
   C’est à Carlos Ruiz Zafon que l’on doit l’excellent «L’ombre du vent» (récompensé par des prix et vendu à plus de 10 millions d'exemplaires !!!), titre à offrir de toute urgence à toute personne aimant lire… ou pas… car il pourrait susciter des vocations.
   
   On y retrouve le Barcelone cher à cet auteur catalan, qui nous fait voyager dans les quartiers de la ville. On y croise également les Sempere Père & Fils, héros de «L’ombre du vent». On se perd à nouveau dans le dédale des couloirs du cimetière des livres oubliés… pour ceux qui apprécient l’auteur, tout est là. Dès les premières pages on est pris par l’intrigue, le style, les personnages et on se laisse happer par l’univers propre à l’auteur. Mais dans ces pages, le fantastique flirte avec le réel comme pour éviter à l'auteur de tout expliquer. Le lecteur demeure dans une sorte de nébuleuse jusqu'au dénouement qui tarde à arriver pour finalement n’expliquer qu’en partie le pourquoi du comment.
   
   Un roman dense et prenant malgré une fin qui s'étire jusqu'à perdre l’efficacité du style. A ne pas faire lire à des cartésiens purs et durs.
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critique par La Dame




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Baroque et gothique
Note :

   Il y a indéniablement une “atmosphère” Zafon. Une atmosphère baroque et gothique qui a la saveur et la nébulosité de ces vieux films du temps du muet ou de films plus modernes lorsque le réalisateur veut évoquer un retour en arrière dans l’enfance du héros; image un peu brouillée, nimbée de flou. Eh bien, c’est ça l’atmosphère Zafon. On a l’impression d’être toujours à cheval sur un rêve et une réalité impossible.
   
   «Le jeu de l’ange», qui vient en terme d’écriture après «L’ombre du vent», est en fait chronologiquement antérieur. Et Carlos Ruiz Zafon parsème intelligemment des jalons qui permettent à ceux qui ont déjà lu «L’ombre du vent» - et comment ne pas lire «Le jeu de l’ange» quand on a été happé par cette atmosphère particulière que sait installer le romancier? – de voir comme des clins d’yeux, des petits signes amicaux.
   
   C’est ainsi que la famille Sempere est déjà là (on y voit le Daniel Sempere très jeune, petit garçon). Que «Le Cimetière des Livres Oubliés» l’est aussi, et… Barcelone, sans qui Carlos Ruiz Zafon ne serait certainement pas tout à fait Carlos Ruiz Zafon. Car «Le jeu de l’ange» a de nombreuses clés de lecture, c’est vrai… mais l’une d’elles, et pas la moindre, c’est l’affection qu’éprouve l’auteur pour cette ville, la fascination qu’elle exerce sur lui. Ce n’est pas un vain mot. Barcelone est un personnage à elle toute seule (on parle dans ce roman de la Barcelone des années 20 – 30). Et son vieux quartier principalement (El Ciutat Viella?) aux ruelles biscornues et aux façades penchées (l’affection qui suinte de la plume de Zafon pour Barcelone m’a évoqué celle, très prégnante aussi de Pierre Magnan pour, notamment, la ville de Sisteron), se comporte réellement comme un personnage à part entière.
   
   Des personnages, s’agissant de «gothique», on dira qu’ils ont des zones d’ombre et de flou marquées. L’action elle-même comporte comme des trous d’air, des trous dans «le continuum spatio-temporel». C’est que Carlos Ruiz Zafon ne rechigne pas à la poésie non plus. Pas la poésie explicite. Celle qui se dégage, qui s’impose d’elle-même. On est souvent limite fantastique, parfois «le pied» marche dedans… Comme dans un rêve, vous savez, ce genre de rêve dans lequel on est conscient de rêver mais duquel on ne veut pas réveiller!
   
   Et puis l’on parle de la lecture, des livres, de cette belle idée qu’est «Le Cimetière des Livres Oubliés», de la problématique d’écrire, et puis d’amour aussi, et de haines, et de mort… Un vaste roman qui peut se lire totalement déconnecté de «L’ombre du vent».
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critique par Tistou




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Les risques du métier
Note :

   Pour ceux qui auraient lu "l'ombre du vent" du même auteur, sachez que les univers se ressemblent. D'abord nous retrouvons Barcelone, ensuite l'univers des livres, "le Cimetière des Livres Oubliés" et la librairie Sempere dont père et fils ici tiennent les seconds rôles, enfin le mélange policier et sentimental auquel il faut ajouter une part fantastique. Chronologiquement, nous nous situons antérieurement dans les années 20-30.
   
   On est alors tenté de comparer bien que cela n'ait pas véritablement de sens (alors pourquoi le faire, me direz-vous? Peut-être est-ce juste un angle d'attaque...). De cet opus, j'y ai trouvé une partie finale trop rebondissante. Alors que dans le précédent j'avais apprécié un dosage mieux senti. Pour les deux, j'ai aimé les personnages et la fascination pour les livres qui les caractérise. J'ai préféré l'intrigue de "l'ombre du vent" à celle ici rappelant d'autres histoires de type "faust", un brin de fantastique moins abouti, me semble-t-il. Une intrigue moins intrigante...
   
   Pour résumer, parlons de David Martìn, jeune homme à l'avenir prometteur en tant qu'écrivain, il nous narre sa rencontre avec les livres et les hommes qui l'ont amené à se donner corps et âme à ce métier vorace de raconteur d'histoires. Il croise le chemin de Sempere père, le libraire qui le protège et lui offre des livres aux pouvoirs magnétiques, pour le jeune homme pauvre et maltraité qu'il était. Puis celui de Basilio, directeur d'un journal, qui le pousse à se lancer dans l'écriture. Ou encore Vidal, écrivain lui-même qui voit en David un futur maître ès littérature qui dépassera le cador qu'il est encore aux yeux du jeune écrivain. Et enfin, Andreas Corelli, éditeur mystérieux admirateur de sa prose qui l'approche petit à petit pour lui proposer du travail...
   
   Les femmes ont leur part dans l'univers livresque de David. D'abord Cristina dont il est un amoureux notoire mais qui ne se laisse pas facilement amadouer. Ensuite Isabella, qui arrive bien plus tard en jeune admiratrice inconditionnelle de notre auteur maintenant confirmé. Elle est dotée d'un caractère de feu et dépeinte d'une manière qui nous la rend fort attachante. Ces parties de ping-pong verbal avec notre héros sont un régal de vivacité.
   
   Alors voilà, on s'attache aux personnages plus qu'à l'histoire. Les péripéties un peu nombreuses ennuient plus. Certaines parties évoquant le religion sont riches d'enseignement et m'ont intéressé.
   "Il est dans notre nature de survivre. La foi est une réponse instinctive à des aspects de l'existence que nous ne pouvons expliquer autrement, que ce soit le vide moral que nous percevons dans l'univers, la certitude de la mort, le mystère des origines, le sens de notre propre vie ou son absence de sens. Ce sont des aspects élémentaires et d'une extraordinaire simplicité, mais nos propres limitations nous empêchent de donner des réponses sans équivoque à ces questions et, pour cette raison, nous générons pour nous défendre une réponse émotionnelle. C'est de la pure et simple biologie." P 260

   
    Pour en finir avec ma comparaison inutile, si vous avez "le jeu de l'ange" main droite et "l'ombre du vent" main gauche, je vous conseille de vous tourner vers la gauche, sans hésitation... Et si vous êtes sous le charme, tournez vous alors aussi à droite...

critique par OB1




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