Lecture / Ecriture
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L'Heure trouble de Johan Theorin

Johan Theorin
  L'Heure trouble
  L'écho des morts
  Le Sang des pierres
  Froid mortel
  Fin d’été

Johan Theorin est un écrivain et journaliste suédois né en 1963.

L'Heure trouble - Johan Theorin

Une révélation
Note :

    Après les succès de Henning Mankell et de Stieg Larsson, les éditeurs français sont désormais à l'affût de tout ce qui sort des usines à polar suédoises. Il faut désormais être prudent, ne pas prendre tout ce qui est estampillé "Made in Sweden" pour du haut de gamme, on l'a constaté récemment avec "La Princesse des glaces de Camilla Läckberg. Mais ici, avec ce premier roman, il semble bien qu'on ait tiré un bon numéro.
   
   James Theorin a d'abord bâti une structure des plus solides sur un modèle qui a fait ses preuves: une femme revient sur une île où son fils a disparu dans la lande en 1972, décidée à retrouver des traces du drame avec l'aide de son propre père, pensionnaire d'une maison de retraite. Parallèlement, on suit le parcours, de 1936 à sa mort, d'un habitant de l'île, violent, mauvais, qui apparaît rapidement comme le responsable idéal de cette disparition. Les deux pistes finissent bien sûr par se rejoindre mais un dénouement inattendu permet de déjouer les attentes du lecteur. On se contenterait aisément de cette habileté mais Theorin se révèle supérieur à un bon faiseur dans la façon qu'il a de traiter son sujet. Il réussit en effet, sur un thème où les pièges sont nombreux (l'enfant perdu, la mère dépressive incapable d'oublier, le travail de deuil et tutti quanti) à éviter toute mièvrerie sentimentale, à trouver les mots justes sans en rajouter.
   
    Sur les autres aspects du roman (le destin d'une contrée autrefois vouée à la pêche qui survit artificiellement par le tourisme, la vieillesse, les relations familiales), l'auteur se montre tout aussi économe d'effets, ce qui est rare dans un roman policier d'aujourd'hui où l'on aime parfois tirer à la ligne. Il n'y a dans celui-ci pas une page de trop, pas un paragraphe qui sent le remplissage. Très fort.
    ↓

critique par P.Didion




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Entre chien et loup
Note :

   "Gerlof détourna les yeux vers le soleil couchant, de l'autre coté de la fenêtre. Il aurait préféré être tout petit et écouter les histoires horribles que l'on raconte à l'heure trouble du crépuscule, plutôt qu'être vieux et devoir les raconter lui-même."
   

   Deuxième incursion sur l'île d'Öland, après "L'écho des morts" et toujours le même plaisir de lecture. Nous sommes en automne et le petit Jens, 6 ans, a disparu sur la lande, par une journée d'épais brouillard. Julia, sa mère, ne s'en est jamais remise et vivote entre arrêts maladie, pilules diverses et vin rouge quotidien.
   
   Une vingtaine d'années plus tard, Gerlof, le père de Julia, reçoit par la poste une des sandales que portait Jens le jour de sa disparition. Il demande à Julia de le rejoindre sur l'île, ce qu'elle fait à contrecœur. Revenir sur les lieux du drame l'angoisse, mais le désir d'en savoir davantage est le plus fort. Gerlof, confiné dans sa maison de retraite par des rhumatismes sévères, semble avoir une théorie sur la disparition de Jens, épaulé en cela par deux vieux amis, Ernst, le tailleur de pierres et John, le gardien du camping.
   
   Et voilà qu'Ernst est retrouvé mort, écrasé par une de ses sculptures après une chute. Gerlof ne croit pas à un accident et va continuer à explorer le passé en tâtonnant. Il se focalise sur Nils Kant, un habitant de l'île qui a fait beaucoup parler de lui jadis. Pourtant Nils est mort et enterré depuis, mais il se murmure que ce ne serait peut-être pas lui dans le cercueil ...
   
   L'auteur nous entraîne d'une époque à l'autre, d'abord le moment de la disparition de Jens, puis le périple de Nils jusqu'en Amérique du Sud et enfin le présent, avec le retour de Julia sur l'île et ses retrouvailles avec son père. La tension monte au fil des chapitres, c'est difficile de lâcher le livre tant on a envie de connaître le fin mot de l'histoire.
   
   Les personnages sont bien campés et l'on retrouve Gerlof, le vieux marin, déjà croisé dans "L'écho des morts". A travers lui, nous mesurons les changements profonds survenus sur l'île où la pêche a disparu au profit du tourisme. Certains ont pu reprocher une certaine lenteur au roman, c'est à mes yeux une qualité, on a le temps de s'imprégner d'une atmosphère et des évènements successifs.
   
   Une réussite et la satisfaction de savoir que j'en ai encore deux à découvrir.

critique par Aifelle




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