Lecture / Ecriture
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Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé

Gérard Oberlé
  Itinéraire spiritueux
  Mémoires de Marc-Antoine Muret

Mémoires de Marc-Antoine Muret - Gérard Oberlé

Biographie romancée
Note :

   J’ai d’ores et déjà un problème puisqu’il me faudrait choisir une classe pour cette fiche afin d’ajouter ce livre à notre bibliothèque virtuelle et qu’il m’est impossible de trancher entre "biographie" et "roman" puisqu’il est les deux à égalité. Je le rangerai finalement dans les biographies car elles sont moins nombreuses que les romans et que nombre de lecteurs seront amenés vers cet ouvrage par le désir d’en savoir plus sur ce docte Muret, connu jusqu’à présent des seuls lettrés.
   
   C’est un roman cependant que ces (fausses) confidences que Muret rédige lui-même vers son heure dernière à l’intention de son jeune neveu qui, malheureusement pour lui n’aura guère le temps d’en tirer profit. Et un roman bien passionnant bien qu’il colle au plus près aux vérités historique que le savant Gérard Oberlé a pu glaner sur son sujet. C’est que le sieur Muret n’avait rien d’ennuyeux et de convenu, ni même de fade d’ailleurs et que nous découvrons en le suivant toute une suite d’aventures le plus souvent bien crues qui nous éloignent tout aussi nettement des mignardises si en vogue à son époque que de la bien-pensance ecclésiastique (officielle du moins).
   
   Le style est gourmand autant que docte et c’est en toute crédibilité qu’Oberlé nous présente les délectations aussi bien culinaires que sensuelles de son personnage. Il nous donne l’image d’une époque de risque et de débauche. La vie était si courte qu’on ne tentait guère de la faire durer indéfiniment. Toute philosophie de la vie du type "Principe de précaution" aurait paru du chinois à ces paroissiens-là. Aucun intellectuel, étudiant etc. ne se jurait à l’abri de passer un jour entre les mains du bourreau et cela faisait partie de leur arrière-plan mental autant que de celui des larrons.
   
   Cet ouvrage m’a remis en mémoire que lorsque j’avais étudié cette période en histoire, j’avais la chance d’avoir un professeur (gros bonhomme sanguin et peu commode) qui nous contait l’histoire d’une manière si passionnante que malgré son caractère difficile, personne ne songeait même à sécher ses cours. Au fil du récit de Muret-Oberlé, des choses me sont revenues que ma mémoire avait repoussées en un coin pour faire place à des urgences plus pressantes mais sans jamais les effacer et qui ont bien su remonter ici. (Ainsi l’excellente élection de Sixte Quint à la papauté qui m’a autant amusée qu’à l’époque.)
   
   Pour le plaisir que j’ai éprouvé à chaque fois que je pouvais revenir à ce livre, mon conseil sera :
   Ne faites donc pas l’économie des quelques heures que vous coûtera la lecture de cette biographie si riche de cet intéressant traducteur et commentateur littéraire, grand humaniste, ami de tous les poètes de cette moitié de 16ème siècle, à qui ses mœurs sodomites et hérétiques ont valu la prison et failli coûter la vie sans que cela l’empêche de finir ses jours à Rome parmi les plus proches du Saint Siège.
   Ne faites pas l’économie des quelques heures que vous coûtera la lecture de ce roman d’aventure et d’amour si bien conté, si bien écrit, qu’elles vous enchanteront au moins autant qu’elles vous cultiveront. Je me suis vraiment régalée des moments que j’ai passés dans ces pages.
   
   M’a même donné envie de me remettre au latin que j’avais tant détesté, c'est dire…
   "Annus MMIX, annus Mureti!"
   
   
   Extrait:
   "A l’époque, il nourrissait déjà de grandes ambitions pour ses héritiers. Pour ces deux pourceaux, il était prêt à tous les sacrifices. Il m’avait engagé pour leur enseigner le latin à domicile, car, soucieux de se montrer à la hauteur de sa fortune, il ne voulait pas laisser ses morveux se commettre avec les garçons de l’école publique. N’ayant aucun scrupule à prendre l’argent où il se trouvait, j’ai exigé un salaire de précepteur princier. (…) Pendant mes rares moments de liberté, j’allais donner quelques leçons à l’école publique de la ville. Cette initiative déchaîna le courroux du grotesque Mécène. Il fulmina jusqu’au délire et sa rage redoubla lorsque je me mis à rire, car, bien décidé à reprendre ma liberté, n’ayant donc plus rien à perdre, je répondis à ses vociférations avec hilarité avant de tirer ma révérence. En claquant la porte, je lui signalais que j’étais très heureux de rompre, trouvant que c’était pitié de jeter des perles latines devant les vilains groins de sa géniture." (97-98/9)

critique par Sibylline




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