Lecture / Ecriture
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Julius Winsome de Gerard Donovan

Gerard Donovan
  Julius Winsome
  Une famille passagère

Gerard Donovan est un écrivain irlandais né en 1959.

Julius Winsome - Gerard Donovan

Roman superbe!
Note :

    Au coeur des forêts du Maine, où la nature est rude:
   « Novembre arrive dans le Maine du nord porté par un vent cinglant qui souffle du Canada. Il traverse sans entrave la forêt clairsemée, drape de neige les berges des rivières et les flancs des coteaux. Le lieu est solitaire, non seulement en automne et en hiver, mais d’un bout de l’année à l’autre. Le temps est gris et rude, les espaces sont vastes et désolés, et le vent du nord balaie tout sans pitié, vous arrachant même parfois certaines syllabes de la bouche.»

   
   Julius vit seul dans sa cabane, s’occupant à de petits boulots l’été, il passe l’hiver dans son fauteuil, une tasse de thé à la main et entouré des 3282 livres que son père lui a légués en même temps qu’un fusil datant de la 1ère guerre mondiale et qu’une haine pour la violence et l’usage des armes à feu.
   
   Les murs tapissés de livres l’entourent comme dans un cocon, l’isolant du monde, il vit au milieu de fantômes: son père décédé, les auteurs des livres, et même Claire la seule femme a avoir partagé sa vie mais qui l’a trahie pour retourner à la civilisation et à un autre homme.
   
   Seul partage sa solitude: Hobbes , non pas le philosophe! mais son chien et lorsque ce dernier est abattu par un chasseur Julius envahi par la colère et la tristesse en proie à une haine féroce, va mettre ses talents de tireur au service de sa vengeance.
   « je n’attendais rien et rien n’est arrivé. Une épaisse couche de glace s’est glissée dans mon coeur. Je l’ai sentie s’installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui soufflait dans ma carcasse. Je l’ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon coeur a alors connu la paix du froid.»

   Traquant ceux qu’il croit être responsable de la mort de son chien, obéissant à ses instincts les plus cruels, Julius glisse doucement dans la folie meurtrière.
   
   Roman superbe, hymne à la nature et à la littérature (ah l’utilisation du vocabulaire shakespearien, je vous laisse découvrir cela) la prose est âpre, grave et tendue, la poésie est partout jusque dans l’horreur. La montée en tension du récit est d’une grande efficacité.
   Je me suis régalée de ce court roman, signe qui ne trompe pas j’ai ralenti ma lecture au fil du récit....
   
   Critique très positive dans Lire d'avril 2009 " Roman magnifique, tendu, envoûtant."
   
   C’est le second roman de cet auteur, le premier «Schopenhauer’s telescope » n’étant pas encore traduit en français.
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critique par Dominique




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«Voilà le sens du mot Vengeance»
Note :

   Il n’y a sans doute pas d’homme plus paisible et solitaire que Julius Winsome. Engagés comme soldats lors des deux guerres mondiales, son grand-père et son père lui ont légué leur refus sans compromission de toute nouvelle violence – ainsi que le constate Julius: "Deux guerres mondiales ont détourné mon sang des armes à feu." (p. 38) – en même temps qu’un chalet isolé dans les forêts du Maine, dont les murs se doublent d’une bibliothèque de 3282 livres, et qu’un fusil qui avait jadis appartenu à un des meilleurs snipers des tranchées… Et la haine que les membres de la famille Winsome vouent à la violence n’a sans doute d’égal que leur amour des mots, des mots dont le père comme le fils ont mesuré à chaque jour de leur vie tout le poids de chair et de sens: "Nous avions vécu seuls tous les deux, car il ne s’était jamais remarié. Il disait qu’il était l’homme d’une seule femme, même si celle-ci était morte. Voilà comment j’ai appris le sens du mot «fidélité», comment envelopper de chair le terme nu et lui insuffler la vie." (p. 29)
   
   Après la mort de son père, Julius Winsom est resté seul dans leur chalet, au milieu des livres et des arbres. Une femme est bien venue, un temps, partager sa solitude. Mais elle n'est pas restée. Depuis plusieurs années, Hobbes, son chien, est son unique et fidèle compagnon. Et lorsque celui-ci est massacré à bout portant par un chasseur, la vengeance de Julius – qui mesure tout le poids de ce mot comme des autres - tourne bien vite à la folie meurtrière: "La nuit m’a durci comme un bâton et m’a brandi contre le monde. J’étais un bâton menaçant l’univers. J’ai regardé ma main qui agrippait la crosse. J’étais le fusil. J’étais la balle, la cible, la signification d’un mot qui se dresse tout seul. Voilà le sens du mot «vengeance», même lorsqu’on le couche sur le papier." (p. 123)
   
   Aucun mot, vraiment, n'est écrit à la légère dans ce récit âpre, noir et tragique où le déchaînement d'une violence impitoyable se mêle inextricablement à la sérénité des paysages du Maine et à la pureté de leur manteau de neige. C'est ce qui en fait toute l'âpreté, et toute la beauté.
   
   
   Extrait:
   "Le Maine, étoile blanche qui scintille à partir de novembre et domine un coin de ciel glacial. Seules les phrases courtes et les longues pensées peuvent survivre en ce lieu. Si vous n’êtes pas septentrional des pieds à la tête et habitué à passer de longs moments tout seul, ne vous aventurez plus alors dans cette contrée. Les distances s’effondrent, le temps vole en éclats. Les enfants inscrivent leur nom en patinant sur les lacs, des luges tirent des chiens devant elles. On combat l’hiver en lisant toute la nuit, tournant les pages cent fois plus vite que tournent les aiguilles, de petites roues en actionnant une plus grande pendant tous ces mois. Un hiver dure cinquante livres et vous fixe au silence tel un insecte épinglé, vos phrases se replient en un seul mot, le temps suspend son vol, midi ou minuit c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Chaque coup d’œil recontre de la neige. Chaque pas s’enfonce vers le nord. Voilà l’heure du Maine, l’heure blanche." (p. 89)

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critique par Fée Carabine




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J'épouse!
Note :

   "...j'ai rencontré un géant efflanqué qui vivait dans un minuscule chalet."
   
   
   Version sage
   
   "En été j'avais un cercle de fleurs pour arrêter la forêt, en hiver un cercle de livres pour arrêter le froid et me permettre, durant les mois de silence, de me retirer à l'intérieur de la maison. Et autour de moi un autre cercle vivant: les animaux qui s'assemblaient pour recevoir la nourriture que je jetais sur le sol, les oiseaux qui attendaient des graines en hiver et me remerciaient en chantant à tue-tête au printemps. Ils vivaient dans un rayon d'une centaine de mètres, et, le moment venu, renonçaient paisiblement à leur corps."

   
   Julius Winsome vit donc seul au fond des bois et s'apprête à se retirer dans son cercle de livres car l'hiver approche. l'hiver rude et glacial du Maine. L'assassinat de son chien, Hobbes, va transformer ce quinquagénaire doux et pondéré en tueur en série méticuleux et tout aussi calme.
   
   L'alternance du passé et du présent nous aide à mieux cerner la riche personnalité de Julius qui n'est en rien un être fruste ou asocial.
   
   C'est l'irruption de la violence, de la trahison, sans doute qui vont rompre le lien subtil qui l'attachait au monde. Julius, friand de poésie, exprimant peu ses sentiments, fait évidemment tâche dans le monde rude des chasseurs qui l'entourent et c'est cette singularité qui va tout déclencher.
   
   Révolte, fascination tels sont les principaux sentiments du lecteur qui, sporadiquement, ne peut s'empêcher de se dire que tout de même il est en train de s'attacher à un tueur en série mais continue à se laisser séduire par ce géant doux et efflanqué. Un récit parfaitement structuré et un style tout en délicatesse et poésie font définitivement de ce texte un indispensable qui va m'accompagner longtemps.
   
   
   Version folle
   Ayé, je suis encore tombée amoureuse d'un homme des bois, doublé cette fois d'un tueur en série , ça ne s'arrange pas ma pov' fille!
   
   
    274 pages dont j'ai retardé le plus possible la fin. Qu'allais-je lire ensuite? Aucun livre ne trouverait grâce à mes yeux après cet immense coup de cœur, j'ai donc relu aussi sec et corné de plus belle  Julius Winsome!
   Vivement que d'autres textes de cet auteur soient traduits!
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critique par Cathulu




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Curieusement
Note :

   Gérard Donovan dans son roman "Julius Winsome" réussit le tour de force de nous passionner avec une histoire qui met en scène un personnage replié sur lui-même, détaché de tout et dont le comportement finit par être à la limite de l'Humain. Pourtant Julius Winsome, ce solitaire qui vit dans un chalet en bordure de la forêt, enseveli dans le silence de la neige pendant les six mois d'hiver dans le Maine du Nord, à la frontière du Canada, est curieusement proche de nous, voire attachant.
   
   Je dis curieusement et vous allez voir pourquoi.
   
   Julius Winsome a vécu toute sa vie dans ce lieu avec son père, un lettré qui lui a transmis l'amour des livres mais aussi des mots, ceux de l'inventeur de la langue anglaise, Shakespeare. Il lui a légué à sa mort les milliers de volumes qui tapissent les murs. De son grand père, combattant de 1914, poursuivi jusque dans ses rêves par les fantômes des soldats ennemis qu'il a tués, il a compris l'horreur de ces meurtres collectifs que la guerre autorise. De son père, mobilisé pendant la guerre de 1940, il tient la haine de tout ce qui est arme à feu même s'il a appris à se servir du fusil allemand de 1919 que son grand père a ramené. Un jour pourtant, tout bascule pour ce cinquantenaire qui n'a pas su retenir la femme qu'il aimait et qui vit avec son chien pour seule compagnie. Quand ce dernier est tué à bout portant par un chasseur - non un accident mais un geste de cruauté gratuite- Julius Winsome sort son fusil et tire! Il se transforme en tueur!
   
   Quand j'ai lu le synopsis dans un blog, j'ai d'abord eu une réaction de rejet pour ce personnage qui se venge d'une manière aussi horrible. Et puis j'ai lu ce roman et je ne le regrette pas.
   
   Il y a d'abord la magnifique écriture de Donovan qui fait voir la beauté de ces paysages, fait entendre le silence troublé seulement par le crissement de la neige, les pas des animaux sauvages à la lisière de la forêt, la beauté pure pourtant perturbée, à intervalles réguliers, par les détonations des fusils. Les chasseurs jouent ici un rôle symbolique, ils introduisent les notions de souffrance et de mort. Ils représentent la force brute face à la fragilité de la nature. Mais au delà de la magnificence de ces forêts touffues, du passage des saisons somptueuses avec leurs couleurs variées, l'écrivain nous fait sentir le sifflement sinistre du vent, les bruits angoissants de la nuit qui encerclent la maison et se referment sur elle, le froid qui s'empare du corps et de l'âme, le poids du silence, la terreur de la solitude. Nous entrons dans ce désert glacé longtemps réchauffé par les livres qui forment un rempart au mal mais qui cède peu à peu... Nous nous sentons envahis par la détresse du personnage et comprenons pourquoi il sombre ainsi dans un no man'sland psychologique d'où il ne reviendra jamais.
   
   Ce récit conte aussi une belle et triste histoire d'amour. Claire aurait pu sauver Julius de lui-même mais il n'a pas su la retenir, incapable de dire son amour, d'exprimer ses sentiments. Claire l'a quitté, s'est mariée mais certaines scènes montrent pourtant la tendresse qu'elle lui conserve et la compréhension intuitive qu'elle a de cet homme muré en lui-même. "Julius Winsome" est l'histoire d'une vie ratée d'où l'intense nostalgie que l'on éprouve à la lecture.
   
   Est-ce aussi la description d'un glissement progressif vers la folie? Certainement! Mais je préfère l'explication donnée dans le résumé de la quatrième de couverture (excellent cette fois-ci) : "Avatar du Meursault de Camus qui tuait "à cause du soleil", Julius Winsome tue à cause de la neige, symbole de pureté et de deuil."
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critique par Claudialucia




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Un nouveau coup de cœur !
Note :

   L'histoire est d'une parfaite simplicité : un homme d'une cinquantaine d'années vit seul dans son petit chalet au milieu de la forêt, quelque part dans le Maine. Son seul compagnon est son chien Hobbes. Ses journées s'étirent, immuables et paisibles : lire au coin du feu (Julius possède 3282 livres), s'occuper de Hobbes, nourrir les oiseaux du jardin, planter des fleurs... bref, une petite vie qui semblerait monotone mais qui lui convient parfaitement. Sans la présence des chasseurs qui envahissent les bois à chaque saison, ce serait presque le paradis.
   Un jour d'hiver, Julius entend des coups de fusil bien près de sa maison. Et quelques heures plus tard, il trouve le cadavre de son chien. Abattu à bout portant.
   Que se passe-t-il dans la tête de cet homme si paisible? La mort de son chien le fait vaciller, c'est son petit univers qui s'écroule, c'est à nouveau la solitude qui va s'installer... Un tel crime peut-il rester impuni? Sûrement pas. Pour Julius l'heure de la vengeance à sonné...
   J'ai lu ici et là, notamment de la part de critiques professionnels que Julius se transforme en tueur fou. Je ne suis pas tout à fait d'accord...
   
   Curieusement, et malgré les actes de Julius, une sorte de connivence s'installe avec le lecteur. J'ai fini par me mettre à la place de Julius et comprendre son geste. Une empathie certaine. Y a-t-il de la folie dans sa décision? Je n'en suis pas certaine... La fin du roman, qui m'a un peu dérangée, me conforte dans ma pensée. C'est là d'ailleurs la grande force du roman. car si l'auteur nous livre quelques éléments de la vie de Julius, et notamment ses rapports avec son père, le spectre des guerres passées, la rencontre avec Claire, il évite de tomber dans le piège de l'explication psychologique. La vengeance de Julius est simplement décrite, l'écrivain ne juge pas son personnage, il se borne à nous le montrer agissant en accord avec ses propres principes et sa logique. L'homme et la nature se confondent, glacé et hostile mais empreint d'une certaine pureté.
   L'atmosphère du roman rappelle à la fois Rick Bass (dans Winter) car la nature y est merveilleusement décrite ainsi que le quotidien de Julius, qui vit en harmonie avec la forêt et les saisons. Et puis j'ai évidemment pensé à Edward Abbey car la décision de Julius, excessive et lourde de conséquences, n'est pas sans évoquer certains passages de romans d'Abbey.
   
   Le wilderness contre la civilisation? Ce qui est certain, c'est que par delà les actes de cet homme solitaire, c'est ce constat qui s'impose. Dans une interview, Jim Harrison a dit, en parlant de sa magnifique nouvelle, Légendes d'automne, que si on gratte un tout petit peu le vernis de la civilisation d'un homme, on retrouve rapidement le primitif qui sommeille. Julius lit beaucoup, surtout de la poésie, mais aussi Shakespeare. Dans les œuvres du grand écrivain anglais, la vengeance est omniprésente. Et n'oublions pas que le nom du chien, Hobbes, est celui du philosophe à qui l'on doit cette affirmation : "l'homme est un loup pour l'homme". Le choix du nom n'est donc pas innocent... Car à bien y réfléchir, et si l'on se place du point de vue de Julius, ce n'est pas lui le barbare, mais bien ces envahisseurs, ces chasseurs assoiffés de sang, qui imposent leur loi et bouleversent sa vie.
   
   Voilà, que dire de plus? C'est un beau roman qui donne à réfléchir sur la nature humaine, et dans lequel on sent passer le souffle du vent et l'âpreté de l'hiver.
   
   Extrait :
   
   "une épaisse couche de glace s’est glissée dans mon cœur. Je l’ai sentie s’installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui soufflait dans ma carcasse. Je l’ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon cœur a alors connu la paix du froid".

critique par Folfaerie




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