Lecture / Ecriture
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Poussière de Rosamond Lehmann

Rosamond Lehmann
  L'invitation à la valse
  Poussière

Née en 1901 dans une famille d’intellectuels, étudiante à Cambridge, Rosamond Lehmann est révélée en 1927 par "Poussière", archétype du roman d’apprentissage, évocation pleine d’ambiguïté des souffrances et des amours de l’adolescence. Elle fut proche du Bloomsbury Group.

Poussière - Rosamond Lehmann

Apprentissage pour tous
Note :

   J'ai treize ans (1 966) ma mère me met entre les mains «Poussière» de Rosamond Lehmann, un roman qu’elle a lu dans sa jeunesse et vraiment apprécié.
   
   Nous voici cette fois dans la campagne anglaise, par-dessus le mur d’en face dans une grande propriété où Judith, l’héroïne, joue avec ses cousins (ou/ et amis) et les séduit tous: il y en a quatre ou cinq peut-être davantage et un arbre fruitier qui est peut-être un cerisier. On échange des serments. Quelque temps après cet été mémorable, elle part dans un internat et séduit au moins deux pensionnaires: l’une est qualifiée de réellement dépravée, mais elle l’observe de loin, avec la seconde elle partage des sentiment exaltés. Je me rappelle une scène de nu: l’amie de Judith (peut-être Jennifer?) la moins dépravée se baigne nue dans la Tamise sous le regard de Judith, qui récite des vers et se promet de ne pas faire le mal.
   
   Quelques années encore et elle retrouve ses cousins; certains sont à présent indisponibles pour cause de décès dus à la guerre et à la maladie; avec les autres aucun lien conjugal ne se noue.
   On échange des lettres, des rendez-vous se donnent où l’on se promet d’en rester là, puis c’est la belle Jennifer qui sollicite une entrevue: heureusement, elle a posé un lapin car Judith était prête à tout!
   
   Lorsque je replace le livre sur l’étagère, ma mère me demande ce que j’en pense: j’ai la sensation d’avoir lu un livre interdit puisqu’il y est question d’amitiés «anormales» entre filles; ma mère l’a lu avant moi; elle me l’a sans doute conseillé pour tester ma probité. J’aurai dû, au milieu du livre, dès qu’il est question des amies d’internat, lui rendre son bien, à ma mère, en lui disant, la mine choquée, que je n’irai pas plus loin; puis demander timidement des explications sur ce qui se passe d’ «anormal» dans ce récit, et terminer le livre tout de même non sans prétendre n’avoir pas très bien compris,
   m’indigner vertueusement…
   mais je ne sais pas y faire je ne dis rien, je me tais, définitivement coupable à ses yeux.
   
   Note: "Poussière" a été réédité chez Phébus en 2009. Contrairement à «Torrents», c'est un bon roman ...
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critique par Jehanne




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10 ans après : Relecture
Note :

   Titre original : Dusty Answer, 1ere publication 1927
   
   Le récit des premiers émois amoureux de Judith, jeune fille solitaire, au début du vingtième siècle, dans la campagne anglaise.
   
   Fille unique, voyant assez peu ses parents, Judith est éduquée à domicile par des précepteurs, et à l’occasion par son père. Elle fait des études sérieuses, de vraies humanités (c’était rare au début du vingtième siècle pour les filles), sort peu, et ne fréquente que les enfants de la propriété voisine : quatre garçons et une fille, deux des garçons sont frères, les autres enfants cousins, élevés par leur grand-mère: Charlie, le préféré de Judith, Julien le frère de Charlie intelligent mais pas très beau, Martin qui l’adore et qu’elle trouve casse-pied, Roddy insaisissable et mystérieux, et Mariella la fille, passionnée surtout par les animaux.
   
   A 18 ans, Judith n’a pas vu ses amis depuis plusieurs années ; et voilà qu’ils reviennent amputés de Charlie, mort à la guerre. Mariella est veuve de Charlie, et a un petit garçon dont elle ne sait que faire. Julien a fait de bonnes études comme Judith, il devrait être son interlocuteur et peut-être plus. "Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point."
   
   Judith intègre un collège de jeune filles, pour achever ses études ; elle va y cultiver une relation privilégiée avec l’irrésistible Jennifer. Cependant Jennifer voudrait quelque chose de plus charnel ...
   
   La première éducation sentimentale de Judith s’achève avec le roman. Elle est au seuil d’une nouvelle existence…
   
   Le roman est émaillé de jolies descriptions de nature qui rappellent les belles heures du romantisme.
   
   Les êtres, eux, sont exactement à l’inverse de cette belle nature : insatisfaits, malheureux, se heurtant durement les uns aux autres ; et aussi il faut bien le dire, plutôt riches et désœuvrés sinon oisifs. les personnages sont bien campés.
   
   Un roman un peu long mais qui a ses charmes.

critique par Jehanne




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