Lecture / Ecriture
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No smoking de Will Self

Will Self
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  Mon idée du plaisir

Will Self est un écrivain et journaliste anglais né en 1961.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

No smoking - Will Self

«Ça laisse perplexe, commenta Tom négligemment»
Note :

   Un bien étrange roman que celui-ci! Une histoire étrange et confuse, se déroulant en un lieu étrange et confus avec des personnages eux-mêmes etr… oui.
   
   Tout d’abord, on ne sait pas où cela se passe pour la bonne raison que le lieu est imaginaire. Et là, cela commence très fort parce qu’après avoir terminé le roman en imaginant très bien cet endroit quelque part en Afrique Equatoriale, j’ai lu une interview de l’auteur qui m’apprend que lui, il le voit un peu comme l’Australie… Bon Donc, c’est n’importe où-nulle part et il y fait très chaud. Les indigènes vont en divers costumes, de celui d’Adam aux grandes toges noires et les ex-coloniaux (les "Anglos") portent de seyants costumes à manches et jambes courtes qui ne craignent pas à l’occasion d’être bleu clair, comme celui du personnage principal: notre Tom. (! j’espère que vous avez une lecture "visuelle", vous profiterez mieux)
   "Sur l’avocat, les fines rayures avaient un effet magistral: de brillantes manchettes blanches étaient rabattues sur les manches courtes de la veste et attachées par des boutons ovales en or. Ses hautes chaussettes étaient retenues par des jarretières à glands dorés, et une courte robe plissée, décorée de rubans violet et rose, tombait de ses larges épaules. Une antique perruque de crin était perchée sur sa coiffure afro –sans rien ôter à la dignité de son allure." (122) et à ce moment-là, l’on n’a pourtant pas franchement envie de rire…
   
   Tom est un touriste moyen, nanti, qu’on imagine trop gras, grognon, avec femme et enfants dont un garçon adopté, sinon débile, du moins un peu "différent". Il n’est pas particulièrement sympathique, sans être antipathique non plus et, qu’il se laisse faire ou se défende, tout au long de l’histoire il me semble que le lecteur s’en tiendra à cette empathie moyenne.
   Un beau soir de ses vacances, sur son balcon, notre Tom qui en a assez d’être brimé par les multiples interdictions de fumer qui torturent sans cesse son addiction, décide que cette cigarette qu’il fume sera la dernière et qu’il va ce soir même, jeter son dernier mégot. Ce qu’il fait… et ce dernier mégot tombant sur la tête d’un voisin lui-même à son balcon, va déclencher pour lui une horrible suite de catastrophes puisque le voisin, fort âgé ne va pas tarder à se retrouver hospitalisé dans le pire des états. Et nous allons voir tout au long de ce livre comment cette décision de cesser de fumer et le jet de cet ultime mégot vont transformer la vie de Tom en enfer.
   
   Sauf que si vous y réfléchissez, vous admettrez que le point de départ est dans le jet du mégot et que ce jet aurait tout à fait pu être le même pour une simple énième cigarette appelée à être suivie de nombreuses autres… Eh oui.
   
   Et ce n’est pas plus mal de s’apercevoir tout de suite de ce caprice, car ce sera l’une des constantes de cette histoire étrange et confuse (voir plus haut). On accorde énormément d’importance à des choses qui, au détour d’une ligne, peuvent ne plus en avoir aucune (pour rester dans le domaine de la tabagie, le droit ou l’interdiction de fumer par exemple). Toute cette partie de la vie de Tom, à partir du moment où son jet de mégot va dégénérer en inculpation pour tentative de meurtre va se dérouler comme une sorte d’énorme jeu de piste ou jeu de rôle aux règles non seulement très complexes mais encore inconnues. Il les découvrira (partiellement) au fur et à mesure, les comprendra s’il peut, mais n’y sera pas moins strictement soumis... jusqu’à leur terme.
   
   Et c’est pourquoi l’on ne peut pas faire le parallèle avec un livre comme par exemple "Le procès" de Kafka, parce qu’alors que là la tension venait de l’absurde des règlements appliqués dans une stricte logique bureaucratique, ici les règlements sont remplacés par des coutumes et superstitions tribales subjectives et magiques dont l’origine et la justification remontent peut-être à la nuit des temps. Et quand je dis peut-être…
   
   Pour revenir à mon appréciation elle-même, W. Self m’a bien baladée. Pendant le premier tiers du livre, l’estimation de ma satisfaction tournait autour des 2 étoiles. Le personnage st moyen et je n’arrivais pas à me passionner vraiment pour ce qui allait lui arriver ou non. Et puis, l’auteur met en place tout un monde bizarroïde et cela fait une grosse installation. Pas passionnante.
   Pour le deuxième tiers, mon estimation a bondi aux 4 étoiles quand j’ai bien vu justement l’ampleur et l’originalité de l’univers qu’il avait réussi à créer. J’ai admiré les multiples trouvailles, jusqu’aux inventions de vocabulaire (ainsi savoir que l’on peut se trouver en état de "non-survie" peut inquiéter, non?) On s’y croit vraiment mais où? C’est de la folie ce monde!
   Le dernier tiers, je l’ai dévoré tant je voulais arriver au terme de cette aventure incroyable… et là, si je ne peux pas dire que le lecteur est trompé car il découvre alors des clés vraiment énormes et imprévues, je dois quand même avouer que je suis restée… perplexe. Vous savez du genre qui tourne plusieurs fois la dernière page pour être sûr qu’il n’y a vraiment pas encore quelques lignes derrière. J’ai honte de l’avouer, mais je n’ai pas bien compris la fin. Ce n’est pas que je n’aie pas bien compris les explications, ça, ça allait. Ce que je n’ai pas saisi dans tous ses détails, c’est ce qui s’est passé exactement, à la fin et, avouons-le, c’est un peu embêtant.
   
   J’ai relu les dernières pages sans noter d’amélioration de mon état et voilà pourquoi nous sommes redescendus à 3 étoiles et demi, ce qui nous fait quand même un 7 sur 10. C’est bien, non? Surtout que chacun sait que je note sec.
   
   
   * Les félicitations spéciales du jury au traducteur qui nous a remplacé un titre original de deux mots d’anglais par un titre français… de deux (autres) mots d’anglais (c’est sûrement de l’humour de la même origine)

critique par Sibylline




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