Lecture / Ecriture
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Rêves de garçons de Laura Kasischke

Laura Kasischke
  Un oiseau blanc dans le blizzard
  A moi pour toujours
  A suspicious river
  Rêves de garçons
  La Couronne verte
  En un monde parfait
  Les revenants
  Esprit d’hiver
  La vie devant ses yeux

Laura Kasischke est une écrivaine américaine née en 1961.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Rêves de garçons - Laura Kasischke

Kristy et les garçons
Note :

   Troisième roman de cette auteure que je lis en relativement peu de temps, j'espère que celui-ci va confirmer la bonne impression que j'ai de cette auteure.
   
   Nous sommes autour d'un feu de camp, les histoires se suivent, de plus en plus horribles; arrive celle-là.....
   Kristy et deux de ses amies qui du camp de vacances où elles séjournent partent pour une balade au "Lac des amants".
   Ces trois jeunes filles en stage de vacances pour améliorer leurs performances de majorettes, s'ennuient souvent et la discipline n'est pas réellement, en ce temps de grosse chaleur, une chose facilement supportable. Alors pourquoi ne pas partir discrètement vers ce lac dans la voiture de Kristy. Durant ce voyage, nous faisons la connaissance de ces trois adolescentes plutôt dissemblables tout en venant toutes les trois de la classe moyenne américaine. Kristy, la conductrice, est une fille moyenne, elle plaît aux garçons, mais sans plus, quand elle semble en trouver un, celui-ci se retrouve avec Desiree sa meilleure amie. Desiree n'a d'ailleurs qu'une amie, pour les autres filles de la classe, ses surnoms les plus aimables "La nymphomane" ou "la salope", faut dire qu'elle le cherche, comme aujourd'hui en se montrant seins nus devant deux garçons qui n'en demandaient pas tant. Mais qui vont d'un seul coup espérer beaucoup. La troisième est Kristi avec un i, Desiree, dans un élan de gentillesse la surnomme "Miss Frigide", elle n'est d'ailleurs pas réellement intime avec les deux autres.
   Au cours donc de ce voyage vers le lac et l’exhibition de Desiree, Krysti a un mauvais pressentiment, et le dit aux autres qui paraissent s'en amuser.
   Mais l'amusement et l'insouciance vont être de courte durée. Les garçons et leur vieux break, qu'elles avaient semés en cours de route, les ont retrouvées. Un barbecue sur la plage, un retour au bungalow et la nuit peut commencer. Dans l'obscurité des silhouettes se croisent, les unes épiant les autres. Qui fait quoi et qui espionne qui? Combien de personnages participent réellement à ce ballet nocturne? Desiree entame une liaison avec T.J, le maître nageur, et où sont passés les deux garçons et leur break poussif? Jouent-ils aussi les voyeurs autour du couple?
   Que réserve ce matin qui se lève?
   
   Un camp d'adolescentes rêvant de strasse et de paillettes, s'imaginant défilant dans les rues ou animant des compétitions sportives, entre jalousie et entraînement, les amitiés et les haines changent au gré des contacts. Trois jeunes filles semblent unies, mais des événements, un peu provoqués, vont déclencher un drame. Car deux garçons rôdent, qui sont-ils, mystère, que veulent-ils? Les trois adolescentes le savent, leurs sourires et leurs demies nudités ont aguiché ces êtres frustres. Sur quoi va déboucher ce qui n'était de leur part qu'une plaisanterie?
   
   L'écriture est très agréable et fluide. Des retours en arrière relativement fréquents nous expliquent les relations complexes qui unissent les personnages principaux.
   
   Mais au final, une petite déception, un bon livre, mais moins intéressant que ce que j'ai déjà lu de cette auteure.
   
   
   Extraits:
   
   - Tous les ans, on raconte des histoires autour du feu de camp.
   
   - Après cet épisode, Desiree la surnomma Miss Vaseline.
   
   - Seulement un chose pareille ne serait jamais arrivée puisque j'étais moi.
   
   - Quand elle a eu fait le tour des footballeurs, elle a jeté son dévolu sur les guitaristes qui chantaient comme Neil Young au concours des jeunes talents.
   
   - Ces larmes savonneuses devinrent aussi réelles dans mon souvenir, que toutes celles que j'avais pu verser dans ma vie.
   
   - Mon père, mon premier père partit pour ne jamais revenir.
   
   - Cette fois son ton semblait plus désespéré que plaintif.
   
   - "Ma famille ne me manque pas et je n'ai pas faim. C'est juste que je suis persuadée que quelque chose d'atroce va arriver".
   
   - Ils cheminaient inexorablement vers nous dans leur break qui ne tenait plus que par la rouille.
   
   - Desiree la surnommait "Déblator". La seule meuf atteinte de diarrhée verbale.
   
   - Les garçons sont toujours plus beaux en pleine activité, quand ils oublient la présence des filles.
   
   - Par contre, les filles sont toujours plus belles dans les moments où elle se pavanent, prenant la pause, se montrent.
   

   
   Titre original: Boy Heaven
    ↓

critique par Eireann Yvon




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Dirty (pom pom-) girl
Note :

   Tandis qu’en Italie les cigales crissaient-stridulaient-envahissaient l’espace sonore (tout cela dans la lumière éblouissante des après-midis), me revenait à l’esprit l’angoisse diffuse qu’elles provoquaient sur les pom-pom girls en colo à Pine Ridge de Laura Kasischke, dans "Rêves de garçons".
   Bien coiffées, maquillées et épilées, à peine couvertes de hauts aguicheurs, Kristy et ses copines passent leurs vacances à s’entraîner à crier sans forcer la voix durant les épreuves sportives et à intérioriser le code de conduite de la parfaite pom pom-girl, souriante, dynamique, image lisse et plaisante de leur établissement. Mais il y a les cigales, les araignées qui tissent leur toile au plafond des toilettes, l’odeur de sang des tampons utilisés par toutes ces filles, la tension sexuelle créée par l’audacieuse Desiree, la meilleure amie de la narratrice qui rejoint la nuit le maître nageur, les prémonitions angoissantes d’une compagne de bungalow… toutes ces figures de la catastrophe en marche, qui se présente sous la forme de deux garçons du coin au volant d’un vieux tacot, que les filles allument dans un instant d’inconscience.
   
   Laura Kasischke (que je découvre par ce roman, mais qui semble déjà chère au cœur de certaines blogueuses) excelle ici à créer un climat étrange, tout en dressant un portrait assez subtil de l’adolescence, et en égratignant par là-même quelques clichés sur l’Amérique (à travers la figure de la fille populaire, si convenue dans les teen-movies).
   
   Certes, les signes macabres s’accumulent dans la première partie du roman de façon un peu lourde (car je n’ai cité que les principaux!), mais c’est que l’histoire est présentée comme l’un de ces contes terrifiants que se racontent les adolescents campeurs la nuit autour d’un feu, histoire d’empêcher de dormir les esprits les plus impressionnables. Et c’est une sorte de cauchemar que rapporte l’héroïne. Les trois filles pourraient bien n’être que différents visages de cette narratrice, la bonne copine au sourire mécanique, l’allumeuse n’écoutant que ses pulsions et l’angoissée terriblement consciente, au fond, du mal qu’elle provoque, et qui porte d'ailleurs le même prénom que la narratrice (ces deux dernières facettes intériorisées par la première Kristy); celle-ci se souvient d’ailleurs d’un séjour scolaire où elle s’était sentie étrangement dédoublée, à cause d’une première cuite…
   
   Le roman dénonce finalement l’égoïsme forcené de ces êtres dont la perfection n’est liée qu’à l’apparence; indifférentes à ce qui n’appartient pas à leur bulle (beaux garçons, réussite…), les filles sont des robots au cœur vide qui attendent du monde qu’il réponde à leurs désirs.
   
   Une bonne lecture d’été, à commencer derrière vos lunettes de soleil et à terminer au cœur de la nuit, en frissonnant.

critique par Rose




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