Lecture / Ecriture
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Dès 08 ans: Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett

Frances Hodgson Burnett
  Dès 08 ans: Le Jardin secret

Dès 08 ans: Le Jardin secret - Frances Hodgson Burnett

Tout Rien à jeter
Note :

    "Le Jardin secret" faisait partie de mon top ten quand j’étais enfant. Quand cet été, j’ai eu des envies furieuses de régression, c’est ce livre que j’ai traqué en librairie jusqu’à ce que je le retrouve à Rome. La vie nous fait faire de sacrés détours parfois.
   
   Mary Lennox, jeune fillette anglaise de dix ans, quitte l’Inde après la mort de ses parents pour vivre auprès de son oncle dans le Yorkshire. Pour elle, rien ne change vraiment: les deux pays lui sont hostiles, et elle est toujours aussi solitaire et mal aimée, et pour cause: Mary Lennox est une fille désagréable, autoritaire, méprisante, froide et princesse. Et en plus elle est laide (rien pour elle décidemment). Ses seules occupations sont d’explorer la demeure de son oncle, puis le parc, quand finalement elle entend parler d’un mystérieux jardin emmuré dont la clef aurait été jetée. Quand Mary parvient à pénétrer dans ce jardin, elle fait tout pour le métamorphoser et lui rendre sa splendeur d’antan.
   
   Il y a beaucoup de mystère dans ce livre, ce qui est déjà annoncé dans le titre: pourquoi l’accès à ce jardin est-il interdit? pourquoi est-il défendu d’en parler?
   Et au delà du jardin, le mystère plane sur la maison elle-même: pourquoi l’oncle fuit-il la maison? Ce personnage est inquiétant: renfrogné, solitaire, et surtout, affublé d’une bosse. Il est aux limites du monstrueux aux yeux d’un enfant.
   Et aussi, quels sont ces cris étranges que l’on entend dans la maison? Qui est la morte qui continue à hanter les habitants et les pièces de la demeure?
   Bien sûr, tout a un lien avec le jardin.
   
   Il y a le conte bien sûr (Barbe Bleue et le cabinet interdit), mais pour moi "le Jardin secret" a surtout des airs de roman gothique - la maison immense aux innombrables pièces obscures qui font un peu penser aux cabinets de curiosité. Et aussi les passages secrets, les rumeurs, les chuchotements, les vieilles histoires que l’on raconte, les tableaux, les êtres mystérieux.
   
   Si Mary n’est pas un personnage très sympathique, on ne peut s’empêcher de s’identifier à elle, puisqu’on la suit dans son enquête. Mary agit comme un détective et je lui trouve presque des airs de Jane Eyre. A sa façon, l’oncle fait beaucoup penser à Rochester. C’est un personnage séduisant, très byronien.
   
   Je pense que le livre est attirant en cela: l’enfant qui se met en tête de percer les secrets des adultes - c’est l’atmosphère de conspiration, de transgression des règles que l’on ne comprend pas, ou du moins que l’on estime injustifiées.
   
   Ce à quoi j’ai été sensible également, c’est la façon dont la nature et la campagne anglaise se mettent à vivre sous nos yeux, à travers Mary qui découvre enfin l’air, le ciel, les plantes et les animaux. On a l’impression que le monde entier s’éveille en même temps que la jeune fillette s’épanouit, dans son esprit mais aussi physiquement. Les odeurs, les textures, les paysages sont décrits avec beaucoup de détails - tout cela est très sensuel en réalité. Loin de moi de suggérer une quelconque salacité - ne vous récriez pas chers amis! - mais finalement, le jardin est une métaphore assez éculée dans ce contexte.
   
   Au final, j’ai découvert une histoire différente de celle que j’avais lue étant petite, et en même temps je m’en rappelais très précisément au fur et à mesure de la lecture. Je m’aperçois maintenant que les personnages ont une véritable épaisseur et sont relativement atypiques. L’histoire est assez riche, avec plein de potentialités, contenues entre autres dans les pièces du manoir, dans les relations entre les adultes que l’enfant ne comprend pas nécessairement.
   
   Un bémol cependant - j’ai trouvé que le texte était assez répétitif en ce qui concernait la description de la nature. On en trouve à toutes les pages, donc l’herbe qui sent bon, l’air qui est frais et toussa, ça finit par agacer.
   Et j’ai un peu tiqué sur la conception que l’auteur véhicule de l’Inde comme lieu mortifère où l’enfant - l’anglaise - ne peut s’épanouir. Signifiait-elle une quelconque supériorité de l’Angleterre? L’Inde est-elle source de langueur par nature? ou le fait que chacun chez soi et les vaches seront bien gardées? ou alors un échec du colonialisme?
   
   Un livre que je vous recommande tout de même chaleureusement chers amis!

critique par La Renarde




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