Lecture / Ecriture
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Le livre des choses perdues de John Connolly

John Connolly
  Le livre des choses perdues
  Le Pouvoir des ténèbres
  L'ange noir
  La proie des ombres
  Ados: Les portes
  Prière d’achever

Ecrivain irlandais né à Dublin en 1968.

Le livre des choses perdues - John Connolly

Roman de (trans)formation
Note :

   Grand Prix de l'Imaginaire 2010
   
   
   Il était une fois David, un garçon de 12 ans qui vient de perdre sa mère et qui voit son monde basculer une fois de plus, une fois de trop quand son père se remarie avec Rose et qu'arrive dans cette nouvelle famille le petit Georgie. Mais David n'est pas n'importe quel garçon: il entend les livres murmurer et sa mère l'appeler, il voit un étrange bonhomme biscornu apparaître et disparaître. Et une nuit, alors qu'il vient de trouver un passage caché au fond du jardin, il découvre un drôle de monde, peuplé de personnages de contes et de monstres. Seul sésame pour en sortir, Le livre des choses perdues, conservé par le vieux souverain de cet étrange royaume. La quête de David va être longue.
   
   Parfois, on tombe sur une de ces petites perles qui non contentes d'être follement enthousiasmante sur le principe, le sont aussi sur le fond. On aimerait d'ailleurs que ça arrive plus souvent, mais ceci est, comme dirait l'autre, une autre histoire. Revenons à notre "Livre des choses perdues". L'univers créé par John Connolly est une jolie et terrifiante métaphore du chemin que tout être humain doit affronter en devenant adulte. David est encore un enfant quand sa vie bascule et qu'il doit affronter non seulement la maladie de sa mère, mais aussi le deuil, la culpabilité de ne pas être parvenu à aider sa mère à guérir, la colère de voir son père se remarier, la rancoeur et la jalousie quand arrive le petit Georgie. Les réactions et les souffrances de David sont décrites avec finesse et a propos, sans exagération ni misérabilisme.
   
   C'est petit à petit que les choses dérapent. D'abord, il y a ces livres qui murmurent, puis la voix de sa mère qu'il entend, puis cette créature qui rôde dans la maison... Un autre monde se laisse entrevoir, dans lequel David va se retrouver piégé. Un monde dangereux et cruel dans lequel la méfiance est encore le meilleur moyen de survivre. De fil en aiguille, David va faire la connaissance d'un garde-chasse, de Roland le chevalier en quête, croiser la route des Sire-Loups, plus tout à fait animaux et pas franchement humains, être piégé par une chasseresse cruelle, être mis dans le secret des sept nains et vivre pléthore d'aventures. Chaque rencontre, chaque mésaventure est une épreuve qui fait grandir l'enfant. Il apprend petit à petit à maîtriser sa colère, à accepter la différence, le changement, la mort, il apprend la méfiance, mais aussi la confiance... Jusqu'au choix final qui va décider de son avenir. Céder à la rancoeur ou résister, deux chemins de vie différents symbolisés par le vieux roi et David. Le personnage du Bonhomme Biscornu, connu sous des noms divers est assez fascinant à sa manière. C'est une sorte de mauvaise conscience, un être qui joue sur les désirs secrets et inavouables et est, de ce fait, effrayant.
   
   Tout cela sous-tend un récit passionnant où l'on retrouve au fil des pages les figures et décors des contes anciens. Pas les versions Disney où tout se finit bien, mais les cruels, les terrifiants, où les parents abandonnent les enfants, tentent de les tuer, où les sorcières mangent de la chair humaine, où les maléfices provoquent les morts les plus atroces. Et puis il y a aussi les matérialisations des terreurs de David, la bête qui dévore tout sur son passage, les Sire-Loups... On frémit pour David et ses alliés. Mais l'humour n'est pas absent pour autant! Croiser la route de sept nains marxistes jusqu'au trognon et opprimés par une Blanche-Neige ébouriffante laisse un sacré souvenir et le sourire!
   
   Bref, John Connolly parvient à créer une ambiance et un univers très réussis. Le récit initiatique gagne à sa confrontation aux contes et rappelle par la même occasion le rôle initial des contes populaires et des versions des frères Grimm, de Perrault et de leurs contemporains et successeurs: métaphoriser les peurs et les dangers encourus par les enfants et les adultes. J'ai du coup bien envie de reprendre la lecture de Bettelheim et de relire ces contes que j'avais vraiment découvert à l'adolescence (Seigneur, La belle au bois dormant, je n'en ai pas dormi pendant une semaine!).
   
   John Connolly n'est pas le premier à avoir raconté les aventures d'un enfant ou d'un adulte perdu dans un autre monde, pas plus qu'il n’est le premier à user du principe du conte détourné. On pense par exemple à Narnia, pourquoi pas à Pierre Bottero plus près de nous, à Orson Scott Card pour les adultes, et j'en oublie. Mais ce n'est pas parce que le principe est connu qu'il est impossible d'en faire un roman enthousiasmant et c'est ce que prouve John Connolly avec brio et originalité.
   
    Dommage cependant que la chute soit un peu facile et fasse retomber dans un univers cartésien... Mais bon, même Alice est rentrée à la maison, et Peter Pan n'est pas totalement parvenu à ses fins non plus... A moins que je confonde version Disney et textes originaux!
   
   
   PS: Le Grand Prix de l'Imaginaire 2010 Etonnants Voyageurs
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critique par Chiffonnette




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Contes pour adultes
Note :

   Après avoir instauré des petits rituels pour sauver sa maman d'une maladie grave, David est confronté à sa mort. Comment vivre dans un monde où l'être cher et perdu n'existe plus? Sa mère avait coutume de lui lire des histoires; elle adorait lire des livres. Les histoires veulent être lues et prennent vie dès qu'on les raconte. Après la mort de sa maman, David se perd dans un monde littéraire protecteur, pour fuir une réalité qui le dépasse et le fait terriblement souffrir. Son père a rencontré Rose avec laquelle ils viennent d'avoir un bébé. Un petit garçon que David renie. La guerre en Europe éclate et Hitler menace l'Angleterre. Mais David ne pense qu'à sa mère et à une peur qui se fait omniprésente. Son papa ne semble déjà plus se préoccuper de sa première femme et sa nouvelle famille remplace celle de David. Son coeur est meurtri. David est un enfant perdu, solitaire et en colère. Après une violente dispute avec Rose et son père, David suit la voix de sa maman qui l'attire vers un passage... derrière lequel se cache un monde à la fois merveilleux et effrayant... fruit d'une imagination débordante et de peurs incontrôlables.
   
   "Le Livre des Choses Perdues" est certainement un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire 2009. John Connolly met en place une thématique du deuil, de l'absence de l'être cher et exprime toute la complexité psychologique qui en résulte pour l'enfant. On le comprend bien au tout début du livre. David invente des petits gestes quotidiens, des rituels qui permettraient de sauver sa mère. Hélas David s'aperçoit que l'on ne peut rien faire face à la vie, au destin et à la mort. On ne peut y échapper. Dès lors il se rattache à ce que sa maman adorait par dessus tout: les livres qui lui offrent une réalité alternative, un moyen expiatoire à la souffrance.
   
   Il se réfugie dans un univers merveilleux, où le fantastique est parsemé de cruauté, une image à l'échelle de la réalité, du monde des adultes. John Connolly développe le monde des contes de fées, il les réinvente afin qu'ils collent à cet univers violent. Le Petit Chaperon rouge, La gardeuse d'oie, Blanche-Neige et les sept nains, Hansel et Gretel n'enchantent plus et révèlent le côté sombre des angoisses enfantines, des peurs de l'abandon. Côtoyant les trolls, les harpies, le Sire-Loup et des personnages aux registres mythologiques, David évolue dans son propre conte, sorte de catharsis à tout ce qu'il a vécu. Fruit d'une imagination tourmentée par des sentiments contradictoires: l'amour, la colère, le sentiment d'être remplacé; ce monde qui se présente à lui est l'expression d'un apprentissage du deuil et du changement. Voyage initiatique aux accents métaphoriques, "Le Livre des Choses perdues" exprime ce qu'il y a de plus complexe dans la psychologie enfantine: la confrontation du bien et du mal, représenté par l'Homme Biscornu, métamorphose du diable qui pousse à la tentation, celle de céder à la facilité.
   
   On s'aperçoit qu'il est plus dur pour David de résister que de céder à la facilité, à cette colère qui le fait renier son demi-frère. Véritable plongée au coeur des émotions adolescentes, ce roman offre de multiples pistes de réflexion. Mené avec brio, il est évocateur, symbolique et spirituel. John Connolly ne s'est pas contenté de détourner les contes originaux, il leur a donné une portée universelle et désenchantée: les sept nains sont des travailleurs sociaux qui en ont ras le bol d'être exploités alors que le petit chaperon rouge s'est offerte au loup pour engendrer un être hybride.
   
   Bien qu'ayant des allures de conte, "Le Livre des Choses perdues" tient des propos extrêmement difficiles déliés par une écriture aussi subtile que pertinente; propos réalistes qui incitent à une vision authentique et percutante de la vie. Même si l'issue est heureuse, David poursuit sa route, grandit, devient un homme et il comprend vite que l'Homme Biscornu bien qu'affreusement cruel avait raison: la maladie, la vieillesse, la mort, la souffrance, la bêtise des adultes n'ont pas cessé. Pour David quitter l'enfance n'est pas synonyme de bonheur. Loin de toute naïveté et de toute insouciance, David rencontre également des thèmes forts: l'homosexualité, la sexualité, la métamorphose d'êtres hybrides qui ont perdu leur âme. John Connolly n'a certes pas écrit un livre destiné aux moins de 14 ans. Les images qu'il nous donne à voir sont effrayantes, choquantes et carrément flippantes. Mais "Le Livre des Choses perdues" a une telle force évocatrice que l'on ne peut qu'apprécier ce côté torturé de l'écriture, à l'image du film "Le Labyrinthe de Pan" dans lequel on retrouve ces mêmes thématiques et ces mêmes créatures terrifiantes sur fond de guerre civile. Absolument grandiose, poignant en même temps qu'excellent.
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critique par Laël




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Contes rouge-sang
Note :

   Titre original: The book of lost things
   
   Résumé
   "Dans sa chambre du grenier, David, 12 ans, pleure la mort de sa mère, avec ses livres pour seuls compagnons. Mais ces livres commencent soudain à chuchoter dans le noir. En colère et seul, il se réfugie dans son imagination et réalise rapidement que réalité et fantaisie ont commencé à se mélanger. Alors que sa famille s'écroule, David est violemment propulsé dans un monde qui est l'étrange reflet du sien - peuplé de héros et de monstres, et dirigé par un roi fatigué qui garde ses secrets dans un livre mystérieux: The book of lost things."
   (Traduction très libre de la quatrième de couverture)

   
   
   Commentaire:
   J'ai attrapé ce livre au hasard en librairie parce que le titre contenait le mot "book" et que j'aime bien les titres qui contiennent le mot "book". En fait, je finis toujours par craquer pour les livres qui s'intitulent "Le livre de quelque chose"... il n'y a aucune raison mais c'est plus fort que moi! Bref, j'ai acheté ça sans aucunement savoir qu'est-ce que c'était! Mais ça, ça n'a rien d'anormal!
   
   Ce qui a été moins normal, c'est que pendant les 70 premières pages, je n'étais même pas capable de lire dès que la noirceur tombait! J'en ai fait des cauchemars et j'ai failli me recoucher avec des bouchons dans les oreilles pour être certaine de ne pas entendre si mes livres commençaient à me jaser ça (avez-vous déjà remarqué qu'on n'est au-cu-ne-ment rationnel à 3h du matin, au sortir d'un cauchemar?), ainsi qu'un bandeau sur les yeux au cas où je verrais un "Crooked man" qui m'attendrait! Après cet aveu plutôt honteux, ne vous demandez pas pourquoi je ne lis pas de Stephen King!!!
   
   En fait, c'est que pendant la première partie du roman, je suis vraiment entrée dans l'univers de David qui perd sa maman à 12 ans, qui est complètement perdu et qui s'accroche à tout ce qu'il peut. Sa réaction face à sa perte est bien décrite et je l'ai réellement ressentie. Comme si ce n'était pas assez, il se voit rapidement affublé d'une belle-mère dont il ne veut pas et d'un nouveau petit frère très demandant. Et dans la maison de Rose (la nouvelle belle-mère), il y a des vieux livres... plein de vieux livres, dans lesquels il se perd littéralement. Et alors que David s'enfonce dans sa colère, sa jalousie, sa culpabilité et sa peine, tout bascule.
   
   Et à partir de là, David se retrouve dans un monde parallèle fait de contes de fées où David devra affronter ses démons. J'ai eu un peu de mal au départ à entrer dans cet univers sanglant (parce que rien n'est amoindri ici... on oublie parfois à quel point certains contes de fées étaient terrifiants!) et teinté des perceptions de ce jeune de 12 ans. En fait, cet aspect "non-censuré" m'a dérangée pendant un long moment, jusqu'à ce que je commence tranquillement à tracer des parallèles entre les contes et l'histoire du jeune héros et là, j'ai embarqué dans cette quête où il rencontrera des hommes-loups, un certain Childe Roland, une Bête, une Blanche-Neige... particulière ainsi que 7 nains portés sur le communisme (le livre placé à côté du leur dans les étagères leur ayant mis ces idées dans la tête). Plusieurs contes de fée connus (ou leurs personnages) sont utilisés et revisités (Blanche-Neige, la belle et la bête, le petit chaperon rouge, Rumpelstiltskin, le belle au bois dormant ainsi qu'un poème de Robert Browning) de façon intéressante pour nous offrir une histoire de passage à l'âge adulte un peu différente. Je dois avouer qu'avant de saisir où l'auteur voulait nous emmener, j'ai cru avoir affaire à une - pâle- tentative de création d'un monde à la Jasper Fforde mais cette sensation s'est quand même rapidement atténuée.
   
   Fait intéressant, le livre offre un annexe d'une centaine de page qui contient tous les contes de fées dont il est question (souvent la version des frères Grimm) ainsi que l'origine du conte en question. L'auteur offre aussi son interprétation de celui-ci en lien avec l'histoire de David. Normalement, ce genre "d'explication" m'énerve un peu mais ça n'a pas été le cas ici et j'ai pu apprécier divers détails sur lesquels je n'avais pas nécessairement porté attention. J'ai vraiment apprécié avoir les contes sous la main pour pouvoir bien saisir les allusions et comparer avec le monde de David.
   
   Bref, une belle lecture (j'ai adoré me replonger dans les vieux contes) si ce n'est que je me questionne encore à savoir si tant de trucs disons "hémoglobineux" étaient réellement nécessaires. Ok, je sais, c'était pour respecter l'esprit des contes de fées mais tout de même... il y a des trucs réellement horribles là-dedans (je pense à la chasseuse... brrrrrrrrr). Je crois que les analogies auraient pu être aussi fortes en poussant un peu moins! Mais ça, c'est la reine des peureuses qui le dit!!
   
   
   PS: Maintenant en format poche

critique par Karine




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