Lecture / Ecriture
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Sans Nom de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi
  Quand la nuit tombe

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Sans Nom - W. Wilkie Collins

Histoire d'une vengeance
Note :

   Je voue une affection particulière à cet auteur grand ami de Dickens, parce que non seulement il me rappelle une belle surprise, mais en plus parce que c’est un merveilleux écrivain.
   
   Quand on lit "Pierre de Lune" et "la Dame en Blanc", ses deux chefs d’oeuvres, on peut avoir le sentiment que Wilkie Collins est un écrivain de romans policiers avant la lettre - ce qui est vrai car il use beaucoup du secret, du mystère et des procédés d’enquête. Cependant, il n’en fait pas de même dans "Sans nom", qui traite cependant d’un sujet beaucoup plus controversé que dans ces deux romans, puisqu’il touche aux lois mêmes de la société victorienne.
   
   Le pitch: Magdalen Vanstone et sa soeur Norah coulent des jours heureux auprès de leurs parents dans leur demeure de Combe-Raven. Seulement les parents en question ont fait de petites bêtises dans leur jeunesse, dont nos pauvres innocentes n’ont jamais eu vent (je ne vous dévoile rien car c’est bien le seul secret du roman, et si c’était ce que vous appréciiez chez Wilkie Collins, je serais bien coupable de vous priver de ce plaisir) (en même temps il n’y a pas cinquante solutions) (et toutes les quatrièmes de couvertures vous le spoileront) (oui oui j’ai fini). Ainsi, quand ils meurent brutalement, Magdalen et Norah apprennent que non seulement elles ne peuvent plus porter le nom de leur père, mais qu’en plus les biens de la famille sont légués au frère de M. Vanstone, qui est naturellement très vil et très infâme. Les deux soeurs prennent deux chemins différents: Norah s’écrase et devient gouvernante, et Magdalen se jure à elle-même de retrouver son héritage légitime ainsi que son nom, s’aidant de sa beauté frappante et de ses dons dramatiques. Il s'agit d'une histoire de vengeance et de lutte contre l'absurdité de la loi.
   
   Si le secret est rapidement éventé, il n’y en a pas moins beaucoup de suspense dans ce livre. En effet, il est composé d’une série tourbillonnante de complots, de contre complots, de contre contre complots, où tout s’enchaîne très rapidement et où la surprise survient en permanence. Les personnages rivalisent de ruse, d’intelligence et d’imagination pour se coincer mutuellement. Le tout avec les bonnes manières anglaises, un cup of tea à la main (gantée) bien sûr, parce que nous sommes entre personnes de bonne compagnie. On a toujours le sentiment que les personnages marchent sur des champs de mines - chers amis, ce livre et mon rythme cardiaque ne firent pas bon ménage.
   
   Je retrouve dans ce roman ce que j’admirais dans "la Dame en Blanc", c’est-à-dire la galerie de personnages secondaires hauts en couleur, et dont la personnalité est si débordante qu’elle envahit les personnages principaux, jusqu’à prendre leur place parfois. Le Capitaine Wragge, l’homme qui assiste Magdalen dans sa quête de vengeance, est un des personnages les plus cools (de la littérature) (la littérature tout court): cet audacieux escroc professionnel, ce chantre de l’agriculture morale - c’est ainsi qu’il se définit - ce farceur joyeux à la prose exubérante... est tout simplement jubilatoire.
   
   Et puis il y a Magdalen. C’est un très beau personnage de femme, qui se bat pour retrouver son amour qu’elle a perdu en perdant son statut social, mais aussi et surtout pour retrouver son nom et sa dignité. Elle a la stature d’une grande amoureuse, au sens où ce n’est pas la beauté de la relation qui frappe, mais la force de ses sentiments, sa passion, et cela de façon quasi indépendante de l’homme qu’elle aime. Parce que Frank (le jeune homme en question), avouons le, ne prête pas au rêve - c’est un personnage pâle, sans grande personnalité, limite antipathique, et on comprend mal comment une femme aussi flamboyante que Magdalen peut s’éprendre de lui. L’ironie est que Frank ressemble beaucoup à Noel Vanstone, l’ennemi juré de Magdalen. Elle me fait beaucoup penser à Scarlett O Hara: elle ne nous est pas toujours sympathique, elle est parfois agaçante, mais on ne peut s’empêcher de l’admirer.
   
   Le livre interroge beaucoup la morale - est-ce que la vengeance c’est maaal? Jusqu’où la décence nous permet-elle d’aller? La fin apporte sa réponse, un peu décevante pour une lectrice au goût pervers et dépravé comme votre humble servante.
   
   
   Titre original : No name (1862)

critique par La Renarde




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