Lecture / Ecriture
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Les Saisons de la solitude de Joseph Boyden

Joseph Boyden
  Le chemin des âmes
  Les Saisons de la solitude
  Là-haut vers le nord
  Dans le grand cercle du monde

Joseph Boyden écrivain canadien né en 1966, qui vit en Ontario et enseigne la littérature à la Nouvelle-Orléans, il a reçu le Giller Prize pour "Saisons de la solitude".

Les Saisons de la solitude - Joseph Boyden

Le peuple Cree
Note :

    Joseph Boyden écrivain canadien avait raconté l’histoire de Xavier Bird dans le magnifique "Chemin des âmes" roman qui se situait pendant la guerre de 1914, dans son dernier roman nous retrouvons la famille Bird et c’est Will qui en est le héros, Will fils de Xavier.
   
   Will vit près de la Baie James, à Moonsonee réserve d’indiens Cree, nous sommes dans le grand Nord, si vous voulez y aller prenez le Polar Bear Express le seul train qui fasse le voyage jusqu’au "trou du cul de l’Arctique" comme le nomme Boyden.
   
   Will Bird est un ancien pilote de brousse, porté sur l’alcool, il est aujourd’hui plongé dans le coma à la suite d’une agression, de son monde d’ombres et de fantômes il voit défiler sa vie. Le drame de sa séparation avec sa famille, la mort de sa mère qui refusa d’apprendre la langue des blancs, son père héros de la Première guerre qui va le trahir en l’envoyant à l’école. Ses souvenirs affleurent, ceux du Grand Nord, de sa vie de trappeur mais aussi sa propre dérive, son besoin de vengeance qui l’a conduit dans ce lit d’hôpital et son besoin de rédemption.
   
   A côté de lui, Annie sa nièce, elle ne croit pas au pouvoir des mots mais elle a une dette envers cet oncle qui l’a élevée ainsi que sa soeur. Petit à petit son récit se fait plus libre, plus sincère, elle confie à Will son amour/haine pour sa soeur Susan belle et magnifique, séduite par la vie clinquante de mannequin et aujourd’hui disparue.
   
   Les deux récits vont se croiser, se répondre, dévoiler les sentiments de chacun, les rapprocher par delà la conscience.
   
   Le Grand Nord canadien est splendidement évoqué. En filigrane de ce roman Joseph Boyden met l’accent sur la destruction lente du peuple Cree par la maladie, l’alcool, la violence, la drogue. Les indiens tiraillés entre la modernité et la vie traditionnelle.
   Si vous n'avez pas lu "Le chemin des âmes", précipitez vous et retrouvez ensuite ces "Saisons de la solitude".
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critique par Dominique




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Traces de canoë
Note :

   Joseph Boyden est cet auteur canadien découvert avec "Le chemin des âmes" qui nous ramenait à la Grande Guerre vue par un Indien, le grand-père de Will Bird, héros des "Saisons de la solitude". Nous retrouvons le Canada, contemporain avec ses indiens camés et ses indiennes top models. Ce raccourci un peu saisissant trahit une légère déception qui n'est pas celle du livre, fort bien écrit avec une poésie du Nord et de la forêt et de la rivière magnifique. Mais les deux chants du livre, celui de l'oncle Will, actuellement comateux, et celui de sa nièce Annie ayant cédé aux sirènes des studios et des pilules,ne s'amalgament pas de façon satisfaisante et pour tout dire le diptyque ne décolle pas vraiment. On comprend bien l'artifice, cent fois lu ou vu de la jet-set à l'américaine, si inintéressant. On se passionne plus bien sûr pour le retour aux ancêtres et à la nature de l'oncle Will, récurrent dans toute cette littérature indienne, terriblement terrien, lyrique et élégiaque. Mais les vols des oies sauvages, si belles soient-elles, ne suffisent pas à faire des "Saisons de la solitude" un voyage inoubliable.
   
    Si cette impression est somme toute mitigée c'est que ce monde pseudo-branché où s'ébat Annie ne l'empêche pas de piéger les castors de la baie James. J'avoue peiner à imaginer une telle dualité qui me semble manquer d'un minimum de vraisemblance. Le titre original "Through black spruce" est, comme souvent, bien plus beau que ce "Saisons de la solitude", d'une grande banalité.
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critique par Eeguab




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La nature comme personnage
Note :

   Moosonee. Une petite ville perdue au fin fond du Canada, au nord de l'Ontario. Une bourgade pauvre, où l’alcool, le trafic de drogue et la violence règnent en maître, et où cohabitent tant bien que mal, depuis plusieurs générations, indiens Cree et Blancs. Malgré les efforts des citoyens, les tensions demeurent, et une simple étincelle peut à tout moment mettre le feu aux poudres.
   
   William Bird, un ancien trappeur ayant perdu sa femme et ses enfants dans l'incendie qui a ravagé sa maison, est dans le coma, après avoir été violemment agressé. Sa vie ne tient plus qu'à un fil, et les médecins ne sont pas certains qu'il se réveille un jour. Sur les conseils de sa meilleure amie, la jeune Annie, sa nièce, entreprend de lui parler chaque jour, espérant le sortir peu à peu de sa torpeur.
   
   Elle lui raconte sa quête désespérée pour retrouver sa sœur Suzanne, disparue il y a plusieurs mois déjà, alors qu'elle tentait de percer dans le milieu du mannequinat, entre Toronto et New York. Le petit ami de Suzanne, Gus Netmaker, un dealer aux combines suspectes, s'est également volatilisé sans explication. Marchant dans les pas de sa sœur, Annie est elle aussi allée s'étourdir dans le frisson des grandes villes. Photos, drogue, fêtes jusqu'au bout de la nuit... Très vite, Annie vacille, et malgré le soutien d'un étrange Indien muet qui joue les anges gardiens, elle risque de se brûler les ailes...
   
   Du fin fond des ténèbres de sa conscience, Will, quant à lui, revit les mois qui l'ont mené sur ce lit d'hôpital. Les altercations, de plus en plus violentes, avec Marius Netmaker, son ennemi juré. Ses tentatives pour échapper à la colère de ce petit caïd, bien décidé à lui faire payer la disparition de Gus. L'escalade de la violence, jusqu'au drame, inévitable.
   
   De ces deux voix qui s'élèvent en parallèle, naît le roman d'un peuple déchiré entre passé et présent, entre son riche héritage et sa cruelle décadence, entre ses valeurs ancestrales et les dérives d'une société qui les a réduits au rang de moins-que-rien.
   
   
   Il y a des romans qui, dès les premières pages, vous font voyager. Qui vous offrent des promesses de rêve, d'exotisme et d'évasion. Cet ouvrage est de ceux-là. De ceux qui vous emmènent au bout du monde durant cinq ou six cents pages, et vous font regretter de les avoir terminés.
   
   Avec sa narration soignée, en forme de conversation muette entre deux êtres sur le fil, ce roman nous entraîne au cœur des préoccupations les plus intimes de ses héros : la disparition d'une sœur, le deuil, les vieilles rancunes familiales, la dépression, la drogue, l'alcoolisme... Le tout porté par une écriture simple mais chargée d'émotion et de poésie, en particulier dans les chapitres consacrés à Will, l'ancien trappeur hanté par de douloureux souvenirs.
   
   Les deux héros, pas spécialement attachants de prime abord, sont bien campés et finissent par emporter l'adhésion du lecteur. Et pour une fois, même les personnages secondaires sont étoffés et dépeints avec finesse, en particulier le mystérieux Gordon qui veille sur Annie.
   
   La nature pourrait presque, elle aussi, être considérée comme un personnage à part entière de cet ouvrage, tant elle y est omniprésente. Moins oppressante que dans les romans de David Vann, elle entretient un lien de quasi-filiation avec les Cree, qui sont les seuls à savoir encore lui prêter une attention suffisante. Mais l'auteur évite toute image d'Épinal à la Pocahontas : en opposant les deux jeunes sœurs, l'une fière de ses racines, l'autre bien plus attirée par les podiums et les photographes que par les fourrures ou la chasse aux oies sauvages, il évoque les dilemmes d'une génération en quête d'identité propre, perdue entre revendication d'un héritage culturel et occidentalisation des modes de vie.
   
   La grande force de ce roman est de livrer une peinture captivante, mais jamais misérabiliste, de la difficile intégration des Cree dans la société contemporaine. Joseph Boyden aborde de nombreux problèmes en évitant tout manichéisme : addictions, tensions entre communautés, perte des savoirs et des savoir-faire propres aux Indiens... D'autre part, la description de la jeunesse dorée new-yorkaise est particulièrement riche et intéressante, surtout livrée du point de vue d'Annie, la jeune Indienne fière de sa culture et de ses valeurs, qui se laisse pourtant emporter dans le tourbillon des fêtes, de l'argent facile et de la drogue.
   
   En bref, un excellent roman, d'une grande subtilité, servi par un style élégant et porté par des personnages forts, dont les descriptions majestueuses vous hanteront longtemps après l'avoir refermé.

critique par Elizabeth Bennet




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