Lecture / Ecriture
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Le dieu des cauchemars de Paula Fox

Paula Fox
  Côte ouest
  Le dieu des cauchemars
  Les enfants de la veuve

Paula Fox est une écrivaine américaine née en 1923 et morte en 2017.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le dieu des cauchemars - Paula Fox

Une ingénue à la Nouvelle Orléans
Note :

   Retraduction, réédition et retour en grâce pour Paula Fox. Helen Bynum, âgée de 23, ayant toujours vécue avec sa mère, qui pensait que son mari reviendrait au foyer pour sa fille, l'envoie à la Nouvelle Orléans quand elle apprend le décès de celui-ci.
   
   Elle rejoint sa tante Lulu, ancienne gloire des Ziegfield Follies, dont faisait également partie sa mère. Mais la gloire est loin, l'alcool (beaucoup) et l'âge sont passés par-là. Helen vivra quelque temps à la Nouvelle Orléans, entourée de personnages qu'en bonne fille du nord des Etats-Unis, elle découvrira peu à peu. Ces nouvelles connaissances venant du monde artistique ou de l'ancienne aristocratie française vont bouleverser son mode de vie.
   
   Helen est une jeune fille toute simple, avec le charme d'une campagnarde, vivant seule avec sa mère. Elle a un amant, quand celui-ci, homme marié, peut se libérer. Sa vie était confinée entre les bungalows que sa mère louait
   
   Sa tante Lulu, est un personnage à la flamboyante chevelure; c'est une alcoolique "irrationnelle et négligée", qui rêve de monter un théâtre, mais qui est ruinée. Il y a Len, jeune homme qui s'occupe de Lulu, homme de théâtre, également dont le rôle paraît ambigu. Ils reçoivent parfois Sam l'ancien mari de Lulu, médecin et homme à femmes. Helen quitte sa tante et habite chez Gérald (poète) et Catherine qui côtoient les artistes du Quartier Français dont Claude, homosexuel qui, ayant le tort de fréquenter le fils d'un parrain local, est tué mystérieusement. Nina Weir est l'amie d'Helen, puis la maîtresse de Sam. Leur rencontre inopinée à l'aube de la cinquantaine créera un douloureux retour dans le passé.
   
   L'écriture ne date pas, contrairement à "Personnages désespérés" (la nouvelle traduction peut-être?). Livre agréable, bien écrit, le début est difficile. La préface est intéressante à lire.
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critique par Eireann Yvon




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«Laisse-toi d'abord surprendre.»
Note :

   Il a fallu la nouvelle de la mort de son père, parti de la maison treize ans auparavant, pour qu'Helen Bynum se décide enfin à quitter le motel qui leur permettait, sa mère et elle, de vivoter chichement. Et surtout pour qu'elle se décide à quitter sa mère, qui pendant treize ans n'avait pas cessé d'attendre, en vain donc, le retour de son mari, dans une atmosphère étouffante.
   
   Pour l'essentiel, "Le dieu des cauchemars" est le récit de sa découverte du monde alors qu'elle s'est installée à La Nouvelle Orléans où vit sa tante, une ancienne actrice tombée dans la déchéance et dans l'alcool, n'emportant comme seule leçon de son enfance que ce conseil de son père: "Essaye d'aller vers ce qui est nouveau avec autant d'innocence que tu le peux – laisse-toi d'abord surprendre." (p. 51) Et pour l'essentiel, sa nouvelle vie sur les bords du Mississipi est effectivement une vie pleine de surprises, tissées de nouvelles amours, de nouvelles amitiés – avec le poète Gerald Boyd et sa compagne Catherine chez qui Helen loue une chambre, avec Claude et Nina... C'est une vie heureuse, malgré la guerre qui a commencé en Europe et qui menace aussi les Etats-Unis, malgré la maladie dont souffre Gerald et les soucis d'argent récurrents.
   
   Dressant un tableau si vivant et savoureux de la bohême du quartier français dans les années 1940, "Le dieu des cauchemars" est à plus d'un égard un livre lumineux et un vrai bonheur de lecture. Mais c'est aussi un livre qui ne brûle ses cartouches que dans ses toutes dernières pages, fonctionnant somme toute comme les poèmes de Gerald dont Helen avait pu dire: "[Ils] ne ressemblaient à rien de ce que j'avais lu. Courts, de huit ou dix lignes, ils ne rimaient pas. Ils étaient comme de petites explosions dans des pièces nues, et le dernier vers avait comme un effet retard sur moi, celui qui vous fait voir soudain d'une façon tout à fait différente quelque chose que vous pensiez avoir définitivement compris." (p. 104) C'est par son épilogue qui nous invite à remettre en question toute l'interprétation que l'on pouvait en avoir jusque là, que "Le dieu des cauchemars" révèle enfin sa construction en tous points exemplaire, une vision bien plus sombre que ce que le regard, sans doute quelque peu naïf, d'Helen nous avait permis de percevoir... et sa véritable richesse.
   
   
   Extrait:
   
   "Le soir quand il est chez lui, il boit toujours quelque chose avant d'aller se coucher. Il ne dort pas bien. Il boit debout, très solennel, dans la cuisine. Je l'ai vu avec un grand verre rempli d'un liquide trouble comme de la fumée. (...) J'ai posé la question à Claude. Et il m'a expliqué que c'était une libation au dieu des cauchemars.
   - Rien d'étonnant, après ce que tu viens de me raconter.
   - Non, pas du tout. Il ne veut pas s'empêcher de faire des cauchemars. Au contraire, il en réclame, mais il n'en veut que pendant son sommeil.
   - Et il en fait? ai-je demandé.
   - Presque chaque nuit. Il espère qu'il n'y en aura pas dans sa vie éveillée, et maintenant il m'inclut dans ce souhait." (pp. 147-148)

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critique par Fée Carabine




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Nouvelle Orléans
Note :

   j'ai appris le décès récent de cette romancière dont j'avais abandonné autrefois un récit ( La Légende de la servante) en dépit de ses indéniables qualités.
   
   Cette fois, J'ai choisi "le dieu des cauchemars" à la bibliothèque, espérant aller jusqu'au bout!
   
   Helen débarque pour la première fois loin de chez elle. Sa mère l'a envoyée à La Nlle Orléans pour y retrouver Lulu, la sœur avec qui elle a dansé jadis dans les cabarets, et la ramener en Nouvelle Angleterre.
   
   C'est dans ce lieu et ce climat très éloigné de ce qu'elle connaît qu'Helen, âgée de 18 ans, va faire son apprentissage.
   
   Le récit couvre essentiellement ces quelques mois qui précédèrent l’entrée en guerre des USA en 1941. Helen travaille dans un magasin de prêt à porter, loue une chambre à un couple singulier et sympathique Gerald (poète) et Catherine ; fait connaissance de Claude, homosexuel traqué par la police et des groupes extrémistes ; rencontre Lulu devenue alcoolique au dernier degré, aidée par Len un jeune homme juif dont elle tombe aussitôt amoureuse. Figurez-vous que Len possède une extraordinaire chevelure argentée... mais il tarde à répondre à ses avances...
   
   Puis elle se fait une amie de son âge Nina Weir, dactylo, elle aussi vivant d’une façon assez précaire, chaotique... Tout ce monde bohème, et le climat de la Nlle Orléans, les mœurs différentes, le racisme, les rivalités amoureuses, la jeunesse.
   
   Tard dans sa vie, Helen se rendra compte que sa vie était basée plus ou moins sur un mensonge. Le lecteur lui s’en était rendu compte, mais cela ne gâche pas la lecture!
   
   L' écriture est basée sur le ressenti intime d' Helen ; des passages parfois originaux, parfois incompréhensibles (la dernière lettre de la mère ???) le non-dit entre les lignes souvent bien rendu, parfois un peu charabiesque. Un peu d’ennui tout de même… Certes, Paula Fox était bien une voix singulière dans la littérature, et ce récit ne manque pas de charme.

critique par Jehanne




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