Lecture / Ecriture
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Le Déchronologue de Stéphane Beauverger

Stéphane Beauverger
  Le Déchronologue

Le Déchronologue - Stéphane Beauverger

Destructuré
Note :

   Grand Prix de l'Imaginaire 2009
   
   
   La seconde tentative fut la bonne: j’ai achevé ma lecture du "Déchronologue". Pourquoi un abandon ? Sans doute parce que je suis une lectrice fainéante et que le choix narratif qu’a fait Stéphane Beauverger, pour original qu’il soit est venu à bout de mon intérêt après 180 pages.
   
   C’est que, comme son titre l’indique, cette histoire n’est pas racontée dans l’ordre chronologique. Les aventures du sémillant capitaine Henri Villon sont rapportées dans un désordre dont ma seconde lecture ne m’a pas donné la clé. Le chapitre 1 ouvre le livre avec, par exemple, un bosco nommé Le Cierge et un bateau, Le Chronos. Suit le chapitre 16, six ans plus tard, avec un bosco nommé Gobe-la-Mouche, un bateau, Le Déchronologue (face à la flotte d’Alexandre le Grand!) et une femme à bord dont on ne sait rien. Suivent les chapitres 17, 6, 2, 7… Je n’ai pas joué le jeu, je me suis lassée.
   Quand j’ai repris le livre, plusieurs mois plus tard, c’est chronologiquement que j’ai lu cette histoire, pour mon plus grand plaisir.
   
   C’est que ce capitaine Villon a tout pour plaire: fort en gueule, généreux, alcoolique, dur à cuire et tendre comme un bébé. Français huguenot frayant dans les mers caraïbes, ce flibustier est obsédé par les maravillas, ces objets incroyables surgis de nulle part, ou plutôt de l’avenir: walkmans, lampes torches, batteries, boîtes de conserve… autant de merveilleux anachronismes surgis au cœur du XVIIe siècle. Mais il est une autre apparition qui terrorise les Caraïbes: un vaisseau, immense et insaisissable, qui coule ses cibles sans que la moindre riposte soit envisageable. Même la toute puissante Espagne ne sait pas de quoi il retourne, d’ailleurs bientôt, la toute puissante Espagne ne répond plus… Les derniers Mayas de Noj Tepen n’en sont d’ailleurs que plus actifs, s’enrichissant du florissant trafic de maravillas qui va également faire la fortune de Villon. Mais ces Mayas en savent bien plus que lui sur ces objets ainsi que sur les tempêtes temporelles qui s’abattent sur les Caraïbes et réduisent tout à néant.
   
   Sur le ton des grands romans de mer, c’est bien de voyages temporels et de manipulations du temps dont il est ici question et de façon originale puisque ce n’est pas le point de vue des voyageurs du temps qui nous est donné à voir mais bien celui de ceux qui subissent les incursions temporelles et leurs conséquences. Ce qui donne lieu a de plaisant anachronismes, en particulier en matière musicale. Mais ce chaos temporel n’est pas un plaisant voyage dans le temps. Il dévoile, sur un mode parfois schizophrénique, l’âme d’un homme rongé par le passé et fasciné par le futur. Son présent lui-même devient insaisissable et incompréhensible, voguant au fil du temps comme un Déchronologue en peine…
   
   Dès ma première tentative de lecture, j’ai été emportée par l’écriture de Stéphane Beauverger. Il donne à son capitaine Villon une telle verve et un tel charisme qu’il emporte l’adhésion immédiatement. Le travail stylistique est d’ailleurs sensible tout au long du livre, avec des personnages incroyablement présents grâce à la force de leur langage, comme Fèfè de Dieppe qui parle ma foi un fort plaisant sabir. Ajoutez à cela un travail historique restitué sans pesanteur aucune qui fera pénétrer chez vous, le temps de quelques pages, des marins puant, jurant et éructant, d’un réalisme à vous boucher le nez! Ainsi serez-vous transportés dans ces eaux exotiques en un temps… indéfini. C’est aussi efficace que "Pirates des Caraïbes", Johnny Depp en moins, un personnage au charisme atemporel en plus, tout en contradictions, doutes et renoncements.
   
   Je me demande toujours pourquoi l’auteur a choisi cette construction déchronologique, même si je comprends qu'elle reflète le chaos temporel des protagonistes. Pour moi, ça n’a que peu d'intérêt, au contraire, ça a failli me faire passer à côté de ce livre que j’ai à part ça beaucoup apprécié. Enfin si j’oublie les très nombreuses coquilles et fautes d’orthographe qui parsèment cette édition et qui ne lui font pas honneur.

critique par SBM




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