Lecture / Ecriture
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La femme qui se cognait dans les portes de Roddy Doyle

Roddy Doyle
  La femme qui se cognait dans les portes
  Ados: Plus froid que le Pôle Nord
  Smile
  Paula Spencer

Roddy Doyle est un écrivain irlandais né en 1958 à Dublin.

La femme qui se cognait dans les portes - Roddy Doyle

Femme brisée
Note :

    C'est dans un registre très dur que nous entraîne l'auteur, car l'humour n'est pas au rendez-vous dans ce roman. Bien entendu on retrouve le milieu ouvrier, le langage cru et les étapes au pub, mais c'est bien le problème des femmes battues qui est mis en avant à travers le portrait de Paula Spencer, qui se retrouve veuve, morcelée à bien des titres : physiquement et psychologiquement. Quand et pourquoi tout cela a commencé? Quelles erreurs a-t-elle commise? Qu'est-ce qui a amené son mari, son amour, à la tuer à petit feu, à l'entraîner dans une déchéance toujours plus grande, la plongeant dans l'alcoolisme, s'interroge-t-elle?
   
   Un an après son décès, Paula s'accroche à ses enfants, à sa vie et fait le bilan de ce que fut son existence. Entourée de ses soeurs elle cherche ses souvenirs d'enfance lorsqu'elle était encore Paula O'Leary. Sa famille, son éducation, son parcours scolaire l'ont-ils destinée à cet avenir? Elle relate sa rencontre avec Charlo, l'homme qu'elle aime malgré tout, qui tente de lui faire oublier par un baiser, une tasse de thé ou un Flake, les coups, l'asservissement... Femme amoureuse, femme battue qui n'ose pas se confier, qui attend que quelqu'un lui pose la question lors de ses arrivées aux urgences, alors que son mari rode pour écouter, voir ce qu'elle va dire, si elle reste la femme soumise qu'il a brisée dès le début de leur vie commune.
   
   Quelle fut la goutte d'eau c'est la question que l'on se pose tout au long du roman, puisque l'on apprend rapidement par la bouche de Paula qu'un jour elle l'a mis dehors. Comment a-t-elle réussi, elle, la femme brisée. Est-ce sa soeur, la rebelle Carmel qui est parvenue à lui faire ouvrir les yeux?
   
   Les chapitres s'enchaînent: calme, fureur, coups qui pleuvent. Le rendu de la violence comme de la dépendance de Sharon a l'alcool, tout, elle nous raconte tout avec ses mots, ses larmes. Sa lutte de tous les jours pour briser ce dernier lien avec Charlo, l'alcool qui l'oblige à avancer la pendule afin de coucher plus vite son petit dernier lorsque la dépendance à l'alcool revient, quand les tremblements la prennent et qu'elle ne se sent plus capable d'y résister.
   En dépit de toute cette noirceur c'est un magnifique portrait de femme et de mère qui nous est donné. L'écriture et le rythme nous permettre de suivre cette vie, sans chercher à nous arracher les larmes.

critique par Delphine




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