Lecture / Ecriture
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Il a jamais tué personne, mon papa de Jean-Louis Fournier

Jean-Louis Fournier
  Où on va, papa?
  Il a jamais tué personne, mon papa
  Poète et paysan

Jean-Louis Fournier est un auteur français né en 1938.

Il a jamais tué personne, mon papa - Jean-Louis Fournier

Sauf lui-même hélas.
Note :

   Un enfant raconte sa vie dans les environs d’Arras. Son père est médecin, mais alcoolique et de ce fait irresponsable. Cet homme décédera à 43 ans. J’ai lu ce livre il y a plusieurs années et j’ai eu énormément de plaisir à le relire.
   
   Le quotidien de cet enfant dans une vie qui peut d’une seconde à l’autre être joyeuse et soudain devenir sordide. La lutte de la mère assumant seule les dépenses, le médecin ne se faisant pas souvent payer, mais remplissant les fiches de soins. Il achète à ses amis des voitures qui ne roulent pas, se procure du beurre au marché noir mais le laisse fondre sur le porte bagage de son vélo, trouve du savon et le fait essayer à tous les clients du bistrot. Pendant ces tournées il se fera accompagner par un curé, pour ne plus boire, le curé abandonnera son sacerdoce.
   
   Le père, Dr Jekyll et Mister Hyde, homme charmant, aimé de ces clients, s’accroche au lit de ses malades pour ne pas tomber. Mais violent le soir, ne procurant aucun revenu à sa famille, rate tout de sa vie familiale, se voulant drôle et n’y réussissant pas toujours. La mère s’échine au travail, les enfants sont quasiment miséreux.
   
   -"Ils disaient à maman qu’ils n’étaient pas étonnés de voir papa fatigué, avec le nombre de clients qu’il avait.
   Maman, elle avait envie de leur dire que c’était pas les clients qu’il fallait compter … … C’était les Byrrh. "

   
   L’écriture est limpide en forme de petites scènes d’une page ou une page et demi maximum. Malgré la détresse de ce garçon, il nous arrive de rire de bon cœur mais avec un peu de honte.
   
   Laissons à l’auteur la dernière ligne: "Je ne lui en veux pas "
    ↓

critique par Eireann Yvon




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La fête de papa
Note :

   On a tous le souvenir de ces rédactions d’école élémentaire où la gentille maitresse ou le maitre sévère mais juste (rayez la mention inutile) nous demandait de raconter un Dimanche après-midi, nos vacances chez les grands-parents ou encore faire un portrait de notre papa. Un classique. Ca ne prenait guère plus d’une page quadrillée grands carreaux avec une marge bien large pour gagner un brin de place sur le peu que nous avions à écrire. Non qu’il n’y avait rien à dire, mais nous ne savions pas comment le mettre en mots. Et puis c’était un peu gênant de dire des choses aussi intimes à un étranger, même si la gentille maitresse ou le maitre sévère mais juste, ils étaient comme un peu de la famille.
   
   Jean Louis Fournier a attendu d’avoir 60 ans pour composer cette rédaction si particulière. Avec un style enfantin mais parfaitement maitrisé, il nous parle de son papa. Pas de son père, non, ce n’est pas la même chose. S’il avait raconté son père, on aurait senti la distance qu’instaure automatiquement le vouvoiement par exemple. On aurait flairé une écriture trop cérébrale pour dire ce qu’il y a dans le cœur. Il est bien question de son papa, et puisque c’est son papa, il l’aime bien. Même si celui-ci passe sa vie au bar, dans les cafés, les bistrots à entretenir son foie d’alcoolique.
   
   Pourtant le papa de Jean Louis a un vrai métier. Il est docteur. Il soigne les gens. Parfois pour rien. Son papa, il soigne les gens, il ne se contente pas de soigner son image de marque (grosse voiture sportive, pavillon éclatant dans un quartier huppé, vacances aux Baléares l’été, à Courchevel l’hiver). De toute façon, le papa de Jean Louis ne part jamais en vacances. Bien sûr, parce qu’il passe autant de temps devant un comptoir qu’en consultation, il est parfois un peu violent, le papa de Jean Louis. Mais il n’a jamais levé la main sur quiconque. Pas même sa femme. C’est-à-dire la maman de Jean Louis. Lorsqu’il rentre tard, il a bien du mal à enclencher sa clé dans la serrure de la porte d’entrée. Et plus ça prend de temps, moins c’est bon signe. Il ne sera pas d’humeur à rigoler, le papa de Jean Louis. Avant de s’effondrer dans le couloir, il aura gueulé un bon coup.
   
   Chaque chapitre qui n’est pas plus long qu’une bonne vieille rédaction, c’est-à-dire une page d’un petit livre de poche, contient le mot papa. Et on pense forcément aux aventures de Martine. Il y a Papa et le curé, Papa et son vélo, le violon de Papa, Papa parle latin, Papa et les indiens, Papa à l’hôpital, Papa projectionniste, Papa et les gendarmes…
   
   Alors, bien sûr, quand le papa de Jean Louis y meurt, tout le monde est triste. Ses clients, parce c’était un bon docteur, le papa de Jean Louis. Les cafetiers du coin, parce qu’il était un bon client, même qu’un avait déclaré que le papa de Jean Louis avait subventionné son établissement. Le petit Jean Louis ne connaissait pas le mot subventionner. Heureusement il avait regardé la définition dans le gros dictionnaire. Et puis, Jean Louis lui-même était triste à l’enterrement de son papa et, maintenant qu’il a plus que l’âge de son papa quand il est mort, il regrette de ne pas l’avoir mieux connu. Classique.

critique par Walter Hartright




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