Lecture / Ecriture
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Un petit boulot de Iain Levison

Iain Levison
  Tribulations d’un précaire
  Un petit boulot
  Trois hommes, deux chiens et une langouste
  Arrêtez-moi là !
  Une canaille et demie

Iain Levison est un écrivain américain d'origine écossaise né en 1963. Il vit à Philadelphie.

Un petit boulot - Iain Levison

De la condition de tueur à gages en temps de crise
Note :

    Jake Skowran était chef d'équipe dans une usine. Licencié comme tous les autres employés à la fermeture de cette dernière, il se retrouve seul (sa copine le quitte rapidement), sans emploi et sans perspective d'avenir dans une petite ville américaine totalement sinistrée par le chômage. C'est alors que Ken Gardocki, bookmaker et truand, lui propose un marché: si Jake accepte de tuer sa femme infidèle, Ken effacera son énorme dette de jeu. Jake accepte et prend goût au métier de tueur à gages...
   
   "Un petit boulot" est le premier roman de Iain Levison, surtout connu si je ne m'abuse pour ses "Tribulations d'un précaire" qui ont été pas mal chroniquées sur les blogs de lecture, et c'est une totale réussite. Jake raconte, avec un détachement cynique et beaucoup d'humour noir, comment on peut devenir tueur à gages pour retrouver l'estime de soi qui va de pair avec la satisfaction du travail bien fait et la reconnaissance de son patron. On peut être un employé modèle quelle que soit la voie professionnelle que le destin nous donne et en ces temps de crise il ne faut pas être trop regardant sur le travail proposé. Toutes les réflexions qui vont dans ce sens prêtent à sourire tout en ouvrant de vertigineux abîmes de réflexion sur la déchéance de celui que l'on prive de son travail au nom d'intérêts financiers pervers qui dépassent le cadre de l'individu. Outre la dimension sociale, Levison n'en oublie pas pour autant de bâtir une intrigue solide, qui propose des scènes proprement hilarantes (l'assassinat, sur une plage de Miami, de l'amant de la femme de Gardocki avec un fusil à baïonnette qui sent la pisse est une scène d'anthologie).
   
   Un roman grinçant et plus profond qu'il n'en a l'air: je recommande chaudement.
   
   Titre original : Since the Layoffs
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critique par Fashion Victim




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De la condition de chômeur à celle de tueur
Note :

   «Tommy me fait bosser comme une bête, et quand arrive samedi je suis vraiment fatigué. Fatigué par le travail. Quelle sensation merveilleuse et oubliée. Ceux qui ont un boulot et bossent comme des bêtes n’apprécient pas à sa juste valeur le privilège de ce sentiment de satisfaction, la beauté de leur épuisement, qu’ils peuvent porter comme une médaille. Cet épuisement vous donne de l’énergie, vous savez que vous avez apporté votre contribution, changé quelque chose. J’ai changé quelque chose en remplissant les pots à café, en nettoyant par terre et en enregistrant des paquets de chips et des bières. Je suis redevenu un travailleur.»
   
   Afin d’éponger ses dettes de jeu, Ken Gardocki propose à Jake, qui lui doit environ 4200 dollars, de tuer sa femme, qui a une aventure avec un pilote de ligne! Rien moins que cela! Au chômage, fauché, n’ayant plus le câble qu’on lui a débranché, Jake se retrouve de plus célibataire, car sa copine a quitté la ville pour suivre un autre homme. Il lui propose contre ce service la somme de 5000 euros, qui lui permettrait d’éponger ses dettes de jeu et de payer son loyer. N’importe qui refuserait mais Jake accepte. Car cela ne lui pose problème moral.
   
   Ce livre m’a fait penser au «Couperet», où un homme tue de sang froid tous les individus qui ont un CV qui risque de lui faire de l’ombre ou de la concurrence pendant sa difficile recherche d’emploi. Ici Jake aussi tue, sans état d’âme. Il faut dire que depuis qu’il n’a plus d’emploi, il ne croit plus à grand chose.
   
   Mais au même moment son copain Tommy lui propose un travail dans une station essence. Voilà deux jours, il aurait sauté de joie, mais là cela le prend de court! Comment faire pour tuer Corinne Gadorcki s’il doit travailler le soir même? D’autant que ce meurtre sera le premier d’une longue série. Car il va prendre goût à son nouveau statut de serial killer!
   
   Ce livre fait la part belle aux laissés pour compte, s’attache à montre les désastres du chômage, et montre comment on peut retrouver l’estime de soi en devenant un tueur, un vrai, alors même qu’on a tout perdu.
   
   Non dénué de cynisme, d’humour et d’une vraie réflexion sur notre société, ce roman se lit d’une traite. Il est doté d’une véritable intrigue qui en fait un récit captivant, dont le sujet ne laisse pas indifférent. J’ai vraiment beaucoup aimé!
   
   J’ai emprunté ce livre après m’être drôlement marrée en lisant «Trois hommes» , je n’ai pas été déçue! C’est à la fois léger et grave, deux niveaux de lecture. Loufoque et pourtant tellement criant de vérité.
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critique par Éléonore K.




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Ou comment s’en sortir dans la vie en devenant tueur à gages…
Note :

   Entre polar et roman sociétal, Iain Levison nous fait un instantané sans concession de l’Amérique des petites villes, de l’Amérique paumée telle qu’elle se délite. Et nous avec.
   
   La mondialisation, les crises financières sont passées par là et le monde change. Les usines s’en vont, les hommes restent mais comment? Comment peuvent-ils continuer à vivre? Comment en avoir les moyens?
   
   Jake est typiquement dans ce cas. Socialement il se retrouve brutalement déchu. L’usine où il travaillait a fermé ses portes, sa compagne du coup l’a quitté, rien ne va plus… Jake s’enfonce inexorablement dans la déchéance. Comme ses amis en fait. Du coup, lorsque Ken Gardocki, le bookmaker de la ville auprès duquel il commence à avoir de sérieuses dettes, lui propose de les annuler en échange d’un service: éliminer sa femme, contre toute attente Jake en vient à considérer sérieusement la proposition! Et devenir tueur à gages puisque d’autres contrats s’ensuivront…
   
   Mais n’allez pas croire que cette lecture est déprimante ou morose puisque Jake – et surtout Iain Levison – conserve un recul certain sur cette situation. Il y a du Donald Westlake chez ce Iain Levison. Du Donald Westlake de «Le contrat» ou «Le couperet», drame et humour mêlés.
   
   On n’est pas dans un polar, ni dans une simple dénonciation sociétale ou politique. Entre les deux la plume de Iain Levison balance et nous concocte ce curieux roman bien agréable à lire et furieusement actuel. Laisse-t-il présager une inflation du nombre de tueurs à gages? Hélas, tous n’auront pas la conscience et l’humanité de Jake!
   
   
   « Ken Gardocki trouve un des papiers qu'il cherchait et le tient devant moi, il me regarde comme s'il réfléchissait et dit: "Canadian Football League".
   - Quoi ?
   - Sur tes quatre mille deux cents dollars, tu en as perdu mille huit cents sur la Canadian Football.
   - Ouais.
   Il rigole. "Dis-moi, Jake, tu peux me donner un nom de joueur dans toute la Canadian Football League?
   - Doug Flutie en faisait partie.
   - Quand ça? Il y a cinq ans? Il joue pour les Chargers maintenant.
   - D'accord." J'aime bien Ken Gardocki parce que c'est un type à qui on ne la fait pas. Il est aussi le seul en ville à gagner du fric, parce qu'il vend de la drogue et des armes et qu'il est bookmaker. Dans une ville où les trois quarts des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes.
   Mais je commence à me demander pourquoi il m'a fait venir. Il a besoin de quelqu'un pour quelques corvées ou quoi? C'est vraiment nécessaire de revenir sur ma carrière de parieur? Visiblement, la liste de mes paris dénote quelques erreurs de jugement, sinon je ne serais pas ici.
   "Comment tu peux seulement connaître les scores d'un match de la Canadian Football League? La chaîne sportive ne les annonce pas. Comment tu peux connaître le moindre score, d'ailleurs, maintenant qu'on t'a débranché le câble?
   -Tu sais qu'on m'a débranché le câble?"
   Gardocki hausse les épaules. "On le débranche chez tout le monde." Il feuillette d'autres papiers, jette le tout sur le bureau et me regarde. "Alors comme ça tu paries sur le foot canadien et tu ne peux pas me donner le nom d'un joueur de la CFL. Qu'est-ce que j'en conclus?"
   Où est-ce que je suis, bordel, dans le bureau du proviseur? Je vais être collé parce que je perds des paris? "J'en sais rien, Ken. Tu en conclus quoi?
   - Que tu es désespéré."

critique par Tistou




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