Lecture / Ecriture
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Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

Joseph Sheridan Le Fanu
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Sheridan Le Fanu (28 août 1814- 10 février 1873) est un écrivain irlandais de littérature fantastique.
On trouve une des nouvelles de S. Le Fanu dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Carmilla - Joseph Sheridan Le Fanu

Conversation dans un cimetière un soir d’Halloween
Note :

   Parution: 1872
   
   C’est un ami irlandais qui, le soir d’Halloween, m’a fait découvrir Sheridan Le Fanu - à noter: mon ami était déguisé en vampire, plus précisément en Gary Oldman dans le Dracula de Coppola, adapté du roman éponyme de Bram Stocker. Si je vous dis que ce dernier s’est inspiré du Carmilla de Sheridan le Fanu pour son Dracula, vous comprendrez si je vous dis que la boucle est bouclée.
   
   Ce qui est frappant, c’est le genre du roman, à mi chemin entre les récits gothiques - avec châteaux, cimetières, jeunes vierges persécutées - et le roman plus moderne à la Bram Stocker. "Carmilla" est l’un des premiers textes de la littérature vampirique, et l’un des plus importants - malgré sa longueur d’à peine une centaine de pages. A ma connaissance, c’est Le Fanu qui a établi les conventions du genre - les méthodes d’attaque du vampire, les solutions pour le détruire, les deux petits trous à la base de la gorge. Donc même s’il faut reconnaître qu’on est un peu blasé aujourd’hui, que toussa on connaît, et qu’on voit Carmilla arriver à trois kilomètres, il n’empêche que c’était tout nouveau pour les contemporains. "Carmilla" est également la première oeuvre à mettre en scène une (vampiresse? vampirette?) dame vampire, laquelle dame ne s’en prend qu’aux dames. Je vous le donne en mille: Carmilla est homo!
   
   Le pitch: L’histoire se déroule en Autriche. C’est le récit - rapporté plusieurs années après les faits - de Laura, jeune ingénue solitaire qui s’ennuie dans la demeure de son père. Sa vie se trouve bouleversée par l’arrivée de la très mystérieuse Carmilla, victime d’un accident dont Laura est le témoin. Celle-ci lui offre donc son hospitalité (comme elle s’ennuie) et trouve en elle une compagne. Aussitôt les deux femmes s’aperçoivent qu’elles se connaissent déjà, qu’elles ont vécu des événements similaires, en rêve ou dans la réalité - elles se rapprochent. Carmilla manifeste bientôt un amour passionnel pour Laura; les sentiments sont plus mêlés pour celle ci, qui éprouve un trouble profond devant la beauté de Carmilla en même temps qu’une certaine répulsion. Bientôt des incidents éclatent dans la région: plusieurs jeunes femmes languissent plusieurs jours d’une maladie, puis meurent. Laura devient elle-même atteinte d’une étrange mélancolie.
   
   Carmilla frappe par sa grande sensualité - elle est décrite comme très caressante, voluptueuse. C’est une femme fatale qui frappe par son immense beauté: cette dame vampire séduit ses victimes plus qu’elle ne les attaque.
   "Elle était d'une taille au-dessus de la moyenne, mince et étonnamment gracieuse. A l'exception de l'extrême langueur de ses gestes, rien dans son aspect ne révélait qu'elle fût malade. Elle avait un teint éclatant et coloré, des traits menus parfaitement modelés, de grands yeux noirs au vif éclat. Sa chevelure était magnifique. Jamais je n'ai vu des cheveux aussi épais, aussi longs que les siens, lorsqu'ils retombaient librement sur ses épaules. Je les ai bien souvent soulevés dans mes mains, et me suis émerveillée en riant de les trouver si lourds. Prodigieusement fins et soyeux, ils étaient d'un brun très sombre, très chaud, avec des reflets d'or. Quand elle était étendue sur sa chaise longue, dans sa chambre, me parlant de sa voix douce et basse, j'aimais les dénouer et les laisser tomber de tout leur poids, pour ensuite les enrouler autour de mes doigts, les natter, les étaler, jouer avec eux. Ciel ! si j'avais su alors tout ce que je sais maintenant!"
   
   Sans vouloir tout ramener à moi, on peut penser à Casanova* qui, à la différence de Don Juan, aimait toutes les femmes dont il entreprenait la conquête.
   «Parfois, après une heure d’apathie, mon étrange et belle compagne me prenait la main et la serrait longtemps avec tendresse ; une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein d’un feu languide, en respirant si vite que son corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. Me dévorant des yeux, elle m’attirait vers elle, et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée : « tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi ne ferons qu’une à jamais ! » Après quoi, elle se rejetait en arrière sur sa chaise longue, couvrait ses yeux de ses petites mains, et me laissait toute tremblante.»

   
   La relation entre Carmilla et Laura est ambiguë: Carmilla manifeste ouvertement son désir, ce qui provoque un sentiment de malaise en Laura, mais en même temps on jurerait que celle ci se laisse faire, se laisse aimer et affaiblir. Comme Laura raconte à la première personne, c’est son point de vue que le lecteur a, et on peut vraiment se demander si elle ne fait pas exprès de se cacher la nature réelle de Carmilla, et de sa propre langueur à elle. Il y a cette mention d’un tableau au début du roman, représentant Cléopâtre se donnant la mort. Il y a certainement une comparaison à faire entre ce tableau et la situation entre les deux femmes. Je ne sais pas de quel tableau l’auteur parle, mais dans ceux que j’ai trouvés, la reine n’a pas l’air de trop mal le prendre (en même temps elle le veut bien). Je n’irai pas jusqu’à parler d’enthousiasme, mais il y a de la sensualité dans cette morsure mortifère.
   
   Le roman entier raconte donc le désir mélancolique et intense de deux femmes l’une pour l’autre, qui existe bien après leur séparation, comme si le venin du serpent demeurait toujours en Laura.
   
   C’est un beau roman plein de mystère, où les frontières entre le rêve et la réalité, la mort et la vie sont floues, et où tout demeure dans l’entre deux.
   
   Donc voilà, si on connaît déjà par coeur les conventions du roman de vampire, ce livre n’en est pas moins très plaisant et troublant à lire.
   
   
   * Référence au blog de La renarde (page liens)
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critique par La Renarde




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Gothique en diable!
Note :

   L'histoire prend place dans un château de la lointaine Styrie, au XIXe siècle. Laure est une jeune fille élevée par son père, qui possède tout ce dont elle pourrait rêver, mais qui souffre d'un ennui maladif. Un jour, un attelage se renverse tout près du château, occupé par deux femmes, une jeune fille et sa mère. La jeune fille, malade et blessée, est recueillie par le père de Laure, tandis que la mère repart pour régler une importante affaire. Laure découvre alors en Carmilla une compagne idéale, à la fois ravissante et très intelligente. Mais une étrange maladie commence à se répandre dans la région, tandis que Laure devient victime d'une mystérieuse torpeur. L'amitié qui unit Laure et Carmilla se fait de jour en jour plus sensuelle, et alors que Laure s'affaiblit de jour en jour, Carmilla prend peu à peu un éclat particulier...
   
    Un classique du fantastique "gothique", ayant inspiré plusieurs adaptations cinématographique (dont, peut-être, le célèbre "Bal des Vampires" de Polanski, sur un mode parodique). Une histoire de vampires doublée d'une métaphore de l'amour interdit entre deux jeunes filles, écrite avec grâce et talent par le maître irlandais de l'horreur. C'est aussi l'un des romans qui inspira le "Dracula" de Bram Stoker, la référence incontestable (le premier qui parle de "Twilight"...) en matière de vampires.
   
    Le personnage de Carmilla est construit avec finesse, usant habilement de psychologie pour mieux séduire ses proies et se rassasier. Le jeu amoureux entre les deux jeunes filles est subtilement évoqué, avec une Carmilla manipulatrice et séductrice à souhait, dont on se demande si finalement elle ne commence pas à ressentir elle-même l'attirance qu'elle a suscitée, se laissant pour ainsi dire prendre à son propre piège.
   
    Un sommet du genre, qui présente l'avantage de pouvoir se lire d'une traite, et qui vous fera frissonner sans répit toute une soirée, jusqu'à la dernière goutte de sang!

critique par Elizabeth Bennet




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