Lecture / Ecriture
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Conquistadors de Eric Vuillard

Eric Vuillard
  Conquistadors
  14 juillet
  Tristesse de la terre
  L’ordre du jour

Éric Vuillard est un écrivain et cinéaste français né en 1968 à Lyon.

Conquistadors - Eric Vuillard

Sangre y Oro
Note :

   En janvier 1531, un aventurier sans le sou originaire de Trujillo, Francisco Pizarro, quitte Panama en compagnie de cent quatre-vingts hommes et trente-sept chevaux. Son but: conquérir au profit de la couronne d’Espagne un immense empire, celui du Pérou.
   Avec lui, ses frères Hernando, Gonzalo, Juan et son demi-frère Francisco Martin de Alcántara. D’autres gentilshommes de fortune se sont associés à cette aventure, dont Sebastián de Belalcazar et Hernando de Soto, qui participa à la conquête du Nicaragua.
   
   Ces hommes, perdus dans ces paysages immenses, rongés par la faim, la vermine et les maladies, vont, malgré leur petit nombre, se rendre maîtres d’un des plus grands empires de l’histoire, celui des Incas. Quel sera le principal moteur de leur succès? Leur audace? Certes, ces hommes n’ont rien à perdre. Ils sont pour la plupart issus de familles pauvres et ne peuvent compter que sur leurs bras pour conquérir la gloire et la fortune.
   Leur sentiment de supériorité sur les peuplades indiennes? Ces aventuriers sont convaincus de la prééminence de leurs armes et de leur foi catholique sur les armées et les croyances païennes des amérindiens.
   L’exemple de Cortés? Celui-ci a réussi, dix ans plus tôt, à soumettre le Mexique avec guère plus de troupes que Pizarre n’en détient en ce début d’année 1531 et a mis à genoux le belliqueux empire des Aztèques.
   L’audace donc, l’exemple mexicain et la foi en la supériorité des armes et de la foi vont pousser ces hommes à tenter cette aventure. Mais il ne faudrait pas négliger le principal: la convoitise, qui est ici exprimée par la possession de l’élément le plus précieux: l’or.
   
   Pizarre et ses compagnons espèrent en effet mettre la main sur des quantités fabuleuse de cet or que ce mystérieux empire Inca recèlerait en abondance. Ce précieux métal, dont une bonne partie serait envoyée en Europe pour couvrir les dépenses de l’empereur Charles-Quint, se trouverait, aux dires de certains, si répandu dans cet empire du Pérou qu’il en resterait après partage, suffisamment pour que chacun de ces conquérants puisse amasser d’immenses fortunes. Alors ces hommes simples, frustes, pour la plupart illettrés, vont se prendre à rêver d’immenses richesses, de palais couverts d’or et d’opulents royaumes dont-ils seraient les souverains.
   
   Attirés eux aussi par cette soif de richesses, Diego de Almagro et Pedro de Alvarado, ancien compagnon de Cortés, vont rejoindre Pizarre et participer à ce festin d’or et de sang.
   La conversion des amérindiens à la vraie foi sera dévolue aux prêtres qui accompagnent l‘expédition. Les hommes d’armes, eux, n’auront qu’un seul but: l’or, encore et toujours.
   Ce sera le début d’une épopée sanglante et tourmentée qui verra ces hommes en guenilles se rendre maîtres d’un empire avant de s’entre-déchirer comme des chiens autour d’un os.
   
   Massacres, trahisons et intrigues seront au rendez-vous lors de cette conquête qui illustre avec talent cet épisode historique qui s’annonce comme le prélude de notre monde moderne où la soif de possessions n’a jamais été aussi exacerbée. Ces conquistadors, à l’instar de nos financiers contemporains prennent tous les risques pour assouvir cette soif inextinguible de posséder encore et toujours plus, cette soif insatiable qui conduit irrémédiablement à l’élimination du plus faible et enfin à l’auto-destruction.
   
   Eric Vuillard nous offre, avec «Conquistadors», un des romans les plus atypiques de cette rentrée littéraire 2009, une fresque grandiose et sordide, pleine de bruit et de fureur, qui ne peut que nous forcer à nous interroger sur la condition humaine, sur ses doutes, ses errements et ses fautes inlassablement renouvelées. Un roman audacieux et lyrique, en forme de tragédie, servi par une écriture puissante, poétique et sensuelle, qui nous met face à nos propres démons et nous incite à réfléchir sur les motivations de nos sociétés contemporaines.

critique par Le Bibliomane




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