Lecture / Ecriture
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P comme: Trois ombres de Cyril Pedrosa

Cyril Pedrosa
  P comme: Trois ombres
  P comme: Serum

P comme: Trois ombres - Cyril Pedrosa

Contraste saisissant
Note :

   Prix "Essentiel" du 35e Festival de la bande dessinée d'Angoulême 2008
   
   Joachim vit heureux avec ses parents dans une maison reculée du monde. La vie y est paisible, sereine, empreinte d'une gaieté et d'une innocence joyeuse. Joachim s'épanouit en aidant son père aux tâches du foyer. Trois Ombres viennent ternir le tableau de cette belle famille. Trois Ombres menaçantes, inquiétantes, qui rôdent autour de la maisonnée, qui rôdent autour du petit Joachim. Que viennent-elles faire? Pourquoi observent-elles cette famille si ordinaire?
   
   "Trois Ombres" est une Bd indispensable que tout bon bédéphile devrait avoir dans sa bibliothèque. Subtile, émouvante mais jamais larmoyante, c'est avec une grande sincérité et sensibilité que Cyril Pedrosa raconte une histoire sombre et difficile. Ces Trois Ombres qui planent telles des présages de mauvais augure, viennent chercher le petit Joachim pour l'arracher à ses parents, l'arracher à sa vie qui était remplie d'amour et de bonheur. "Trois Ombres" est une BD qui nous raconte la mort. Les parents sentent ce danger inévitable. Les sentiments et les émotions sont fortes: l'inquiétude de cette menace, la peur et la colère. Le papa de Joachim refuse ce drame au sein de sa famille. Entre peur de la mort et l'envie furieuse de vivre, il prend Joachim et l'emmène loin, très loin. Dans cette fuite d'un destin cruel, le père entreprend un voyage vers son pays natal. Un retour aux origines essentiel, peut-être pour mieux accepter ce passage de la vie à la mort, pour affronter cette idée dans un lieu qui nous rassure.
   
   Ce conte fantastique est servi par un graphisme retentissant, aérien, comme ces ombres qui s'échappent, qu'on voudrait tordre et faire disparaître. Un graphisme noir et blanc pour célébrer les émotions, pour montrer ce combat entre la vie et la mort. Malgré ce noir et blanc, le dessin est tendre, expressif, assez gai. Ce contraste est saisissant et nous dévoile combien la mort est paradoxale, brutale mais on retrouve toujours un message d'espoir: "Tenir debout. Rester du côté des vivants".
   
    "Trois Ombres" évoque la mort, ce qu'il y a de brutal et de tragique dans la perte d'un enfant. Malgré ce côté très sombre, parfois oppressant dans cette course contre l'impensable, il y a tout simplement la vie.
   
   "Trois Ombres" évoque cette complémentarité entre la vie et la mort. C'est beau, c'est fort, d'une sensibilité juste et apaisante.
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critique par Laël




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300 pages
Note :

   " Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines", le plus simplement du monde. Ils vivaient de peu de choses dans leur cabane en pleine nature et étaient riches de tout, car ils s'aimaient."Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant." Trois ombres, d'abord trois cavaliers en haut de la colline qui observaient la maison sans s'approcher ni se manifester autrement qu'en se montrant. Au bout d'un moment, l'inquiétude grandit dans la famille, mais quand le père excédé décide d'aller leur demander ce qu'elles veulent, elles disparaissent à son approche et il ne peut ni les voir de près, ni leur parler. Le père est un grand costaud que l'inquiétude rend de plus en plus furieux et il est prêt à démolir quiconque tenterait de nuire à sa famille, mais il ne trouve rien de concret à quoi se mesurer. La mère réagit autrement. Elle va consulter la sorcière du village. Cela lui permettra de prendre conscience de ce qui est en jeu : les ombres veulent l'enfant, Joachim, mais sans doute le savait-elle déjà et cela ne lui donne pas pour autant les moyens de les affronter. La mère se résigne et, resserrant autour d'eux le cocon de leur amour mutuel, elle voudrait profiter au mieux de son fils tant qu'elle peut jouir de sa compagnie. Le père lui, ne peut adopter cette attitude et il préfère se battre encore, serait-ce contre des moulins à vent. Il s'enfuit en emportant son fils. Il va mettre le fleuve entre les ombres et lui, s'ensuivra une traversée peuplée de pirates et de rencontres...
   
   Nous suivons ainsi cette fable riche en rebondissements et en sentiments humains, qui est une métaphore de la perte d'un enfant et de l'attitude face à la perte par maladie d'un être cher. C'est sans mièvrerie et c'est très bien observé, on traverse les différents paliers à l'occasion d'aventures de piraterie qui accompagneront nos fuyards et élargiront leur vision du monde et leur conscience de leurs limites.
   
   C'est un gros livre intelligent et courageux, porté par un graphisme en noir et blanc extrêmement vigoureux et évocateur. L'auteur parvient parfaitement à utiliser ses différentes armes : scénario, texte et dessins pour servir son dessein et nous offrir un récit parfaitement clair malgré sa richesse, sa profondeur et ses implications.
   
   Remarqué à Avignon en 2008, c'est une bande dessinée à lire.

critique par Sibylline




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