Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Je vais tuer mon mari... de Claire Fourier

Claire Fourier
  Métro Ciel & Vague Conjugal
  Je vais tuer mon mari...
  Les silences de la guerre
  C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes
  L'amour aussi s'arme d'acier
  Il n’est feu que de grand bois

Claire Fourier est un écrivain français née en 1944.

Je vais tuer mon mari... - Claire Fourier

Plume assassine!
Note :

   Second roman de cet auteur née à Ploudalmézau, dans le Finistère, que je lis après «Métro ciel & Vague conjugale». J'avais bien aimé ce dernier, alors je récidive! Avec le même bonheur, j'espère.
   
   C'est, je pense, très rare, mais je vais recopier les première phrases du livre, pour se mettre dans l'ambiance.
   Je vais tuer mon mari. C'est une idée dont je suis enceinte depuis quelque temps. Cela commence à se voir, à m'enlaidir.
   La narratrice ne s'encombre pas de préliminaires, elle veut se débarrasser de son mari! Alors, elle le quitte, et seule dans un studio, sur un cahier, elle nous invite à partager sa vie, à devenir ses spectateurs, et quelque part ses assistants et complices. Pour mieux devenir ses juges, plus tard?
   Le récit commence le 23 mars, elle s'est enfuie du domicile conjugal. Elle nous explique pourquoi, leurs vies et surtout leurs différences de comportements. Et plus si affinités! Il y a eu le plus avec la naissance de trois enfants mais les affinités? C'est l'incompatibilité d'humeur érigée au niveau d'une science exacte, tout les sépare, elle est îlienne, de Sein, celte et s'en vante, écrivain, heureuse de vivre. Lui est de Carbon-Blanc dans l'Entre-deux- Mers, lieu indéfini pour elle. Il est calculateur et négociant de son métier, il est stoïque, et surtout d'après Anna, jamais elle ne l'a vu rire aux éclats!
   Les jours passent, les souvenirs peuplent les journées de solitude, la recherche de l'amant idéal, toujours vaine. Le jeune, excellent au lit, inculte, mais pétri de certitude, le vieux, homme de grande culture, mais rattrapé par son âge pour la bagatelle. Un autre veut qu'elle lui apprenne à faire l'amour, mais un second veut lui apprendre! Anna nous parle longuement de sa passion pour l'écriture, source de douleur, mais de grand bonheur. Un autre jour de solitude arrive, les pages se noircissent, les motifs de meurtres s'accumulent, la haine devient palpable... Cette histoire se terminant le 2 avril, le temps presse, charmante dame, avez-vous réfléchi? Vous avez tué le temps, qui sera votre prochaine victime, votre mari comme vous le vouliez au début, ou vous, comme vous l'aviez envisagé un court moment...
   
   Anna, l'épouse infidèle, narratrice, héroïne, femme de la démesure dans ses propos et parfois dans ses actes, exaltée, elle se dit anarchiste. Un personnage fort, décidée, mais plus fragile qu'elle ne le pense.
   
   Le mari, victime expiatoire, être transparent, prévisible, d'un sang froid à toute épreuve. «Cartésien» dit de lui Anna, défenseur de valeurs morales pures et dures, le sexe sert pour faire des enfants, le reste... Très réactionnaire, le seul refuge contre les silences entre les époux , la politique tourne à l'affrontement et en de longues périodes de profondes bouderies!
   La mère d'Anna fait une courte apparition, un coup de téléphone qu'elle donne à sa fille. Un grand moment du livre, un dialogue entre deux femmes que tout oppose!
   
   Bref, une vie de famille exemplaire! A noter, que l'auteur ne parle pratiquement jamais des trois enfants du couple, personnages secondaires et absents!
   
   Les amants sont cités comme des êtres de passage, parfois le temps d'une brève étreinte insatisfaisante, qui laisse des remords, mais aussi des regrets!
   
   L'auteur encore une fois trempe sa plume dans le vitriol, (ou le cyanure) pour parler des hommes, en particulier quand celui-ci cumule le double défaut d'être homme et mari! Et là, c'est trop, impardonnable, aucun recours possible, c'est rédhibitoire. Il faut aussi reconnaître que ce mari n'est pas sans défauts, il serait même plutôt sans qualités, d'après son épouse.
   J'ai relevé (parmi tant d'autres) cette phrase à l'humour grinçant, en parlant d'égorger son mari, elle pense :
   - Oui... Pour la giclée de sang, parce qu'avec le sperme, ce sera la seule chose que j'aurai vu jaillir de mon impassible mari.

   
   J'aime beaucoup cet auteur, sa manière de jongler avec ces choses futiles qui font les anicroches de la vie de couple et les sous-entendus ou le silence, qui en définitive, sont plus ravageurs pour cette femme.
   
   Un livre jubilatoire, même si comme dans «Vague conjugale , dont il semble la version plus fouillée, le mari (l'homme en général?) n'a vraiment pas le beau rôle! Mais reconnaissons, tout de même, que dans les deux cas, il ne mérite guère mieux!
   
   Florilège de petites phrases assassines:
   
   - Ils tremblent à l'idée que renaisse la société matriarcale.
   
   - Que devrais-je choisir? L'enfer conjugal sans écriture ou l'enfer de l'écriture sans compagnon?
   
   - Mon mari m'a trompée!- sur sa personne.
   
   - Ulysse, toile de fond vivante, multicolore, multisonore, d'où mille petites choses se détachent en sautillant !... Tu m'écoutes.
   
   - On se plaît à croire qu'entre un homme et une femme, l'essentiel se passe dans l'alcôve. Peuh! L’essentiel se passe à table!
   
   - Mon mari m'a fait l'amour, jamais ne me l'a dit. Or, je signe et persiste: la jouissance peut être dite.
   
   - Attendons l'amant ultime.
   
   - Qui ou qui est-ce qui va mourir ? Mon mari, moi, les mots ?
   
   - Moi c'est la vague, mon mari c'est la digue. La digue m’exaspère.

critique par Eireann Yvon




* * *