Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'Etat belge de William Cliff

William Cliff
  Adieu patries
  L'Etat belge
  La Dodge

L'Etat belge - William Cliff

L'appel du large
Note :

   Avant "Adieu patries" (déjà présenté ici), le poète belge William Cliff avait - c'est un peu logique - publié ce recueil intitulé "L'état belge" où les ombres de François Villon, Charles d'Orléans et Charles Baudelaire se faisaient déjà palpables. William Cliff nous y offre un portrait de la Belgique côté envers du décor: la grisaille de la pluie et des gares bruxelloises, les charbonnages de Wallonie et les plages de la mer du nord ("Ayant été voir si la mer / celle du Nord bougeait encor / je la vis en effet monter / d'une marée mouvementée / elle montait sur notre plage / si forte et si belle que je / ne pus m'empêcher d'y plonger."). Mais "L'état belge" ne se limite pas aux seuls paysages de notre plat pays, la Belgique est trop petite et l'appel du large est trop fort: Dresde, Hambourg, Göteborg, Oslo, Lisbonne et Montevideo reçoivent donc les honneurs de la deuxième partie de ce beau recueil qui se referme sur une évocation de la ville natale du poète - Gembloux: "devant mes yeux fermés ville natale / mais le rêve a besoin d'énergie et / l'énergie me manque et la ville part / engloutie dans du noir opaque noir // çà et là déchiré de lignes blanches".
   
   J'ai retrouvé ici avec bonheur l'humour, le sens de la dérision et la mélancolie qui parcourent aussi "Adieu patries", la fluidité et la vivacité de ces vers en apparence sans prétention mais qui réservent d'heureuses surprises au lecteur attentif. Et pour conclure, je préfère laisser la parole à William Cliff et à sa très villonienne "Ballade du coeur sec et nul":
   
   le soleil a beau éblouir ma chambre
   je n'en ai pas plus de lueur au coeur
   puisqu'il me faut à la fosse descendre
   et servir d'engrais aux couleurs des fleurs -
   si tout mon temps ne sert qu'à ce malheur
   fallait-il entreprendre de le vivre ?
   tout ce que j'ai pu lire dans les livres
   empêcha-t-il l'état où je frissonne
   de me sentir dans les fibres ce givre
   qui me rend sec et nul comme personne?
   
   où est l'été qui me faisait étendre
   sous le feuillage bruissant de rumeurs
   quand les passants me voyant voulaient prendre
   et m'arracher de leurs mains ma vigueur?
   aujourd'hui à cause de la froideur
   aller dans la forêt est impossible -
   et où aller ? dans cette ville horrible
   où tout le monde court à sa besogne ?
   ah ! si les gens pouvaient être plus libres !
   être moins secs et nuls comme personne !
   
   toi qui m'as pris cette nuit sur ton ventre
   qui m'as mangé de baisers dévoreurs
   toi qui as détruit mes pensées méchantes
   en me broyant de ton charnel labeur
   toi qui as bu de ta bouche mes pleurs
   mais sans te douter du bien qui m'arrive
   peux-tu me dire comment on peut vivre
   loin des pensées noires qui me charbonnent ?
   loin de ce temps qui me déséquilibre
   et me rend sec et nul comme personne?
   
   Prince Jésus qui sur tous a maîtrise
   regarde-moi car j'ai ma tête mise
   sur tes pieds tes mains ton flanc qui pardonne -
   mais pourras-tu ne pas voir la faintise
   de ce coeur sec et nul comme personne ?
   
   Poésie, Table ronde

critique par Fée Carabine




* * *