Lecture / Ecriture
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Miel et vin de Myriam Chirousse

Myriam Chirousse
  Miel et vin
  La Paupière du Jour
  Le sanglier

Myriam Chirousse est une auteure française née en 1973.

Miel et vin - Myriam Chirousse

Les amants de la nuit
Note :

    En 1773, dans le Périgord noir, Guillaume de Salerac, inventeur et herboriste à ses heures, découvre, sur un rocher, une petite fille abandonnée. Elle est rousse, ne parle pas le français et semble avoir trois ans. Il la ramène au château et sa belle-soeur décide de s'en occuper jusqu'à ce que quelqu'un la réclame. Les semaines, les mois passent, l'enfant finit par être adoptée et devient Judith de Monterlant. Dans le château de Vaillac, non loin de Sarlat, a grandi un enfant illégitime, maudit et martyrisé, Charles de l'Eperay. Le destin de Judith va croiser celui de Charles, entre Paris et Sarlat, pendant la Révolution puis la Terreur. Pour le meilleur et pour le pire.
   
   "Miel et vin" est un premier roman prometteur, chers happy few, qui n'est pas sans défaut mais qui est animé d'un puissant souffle romanesque qui balaie tout sur son passage. Au rayon des défauts, je lui reprocherai une narration parfois un peu elliptique qui ne se justifie pas vraiment, l'histoire semblant alors avancer par à-coups trop brutaux. J'ai trouvé aussi que le choix d'un narrateur pour le moins original (l'enfant à naître) ne fonctionnait pas bien: voir sa mère de manière à la fois distanciée et aussi proche est parfois étonnant et certaines scènes en perdent de la force (à mon avis les scènes d'amour), et ce choix de narration révèle d'ailleurs tout son artifice quand l'auteur finit par s'en débarrasser d'une pirouette à la naissance de l'enfant, sans que ça ne change rien au style, ce qui n'est pas vraiment normal.
   
    Du côté des qualités, on relèvera une magnifique histoire d'amour tragique (bon, j'avoue que je me serais bien passée d'un élément que je ne peux pas révéler sous peine de spoiler et que j'avais deviné tout de suite mais qui m'embarrasse pas mal, chers happy few), un aspect "fresque historique" bien mené avec l'apparition en filigrane de personnages réels (Desmoulins, Robespierre et les autres), une belle évocation du Périgord noir et des personnages très attachants (notamment Charles, ténébreux à souhait). Le style est lui aussi prometteur: certaines fulgurances sont fort belles même si j'ai parfois été un peu noyée sous les métaphores.
   
    Je pense, chers happy few, qu'on assiste ici à la naissance d'un écrivain à suivre, assurément.
    ↓

critique par Fashion




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Je veux le miel et le vin...
Note :

    Voilà un livre devant lequel j'ai beaucoup tourné, avancé, reculé et hésité en librairie, malgré les avis plutôt favorables de la blogosphère. Au mois de janvier, prise d'une subite envie de romanesque, je me suis enfin jetée à l'eau et bien m'en a pris - je suis certaine que parmi ses lecteurs, beaucoup seront de mon avis!
   
   Durant toute la période de la Révolution, "Miel et Vin" suit le parcours de Judith et de Charles, voués à se rencontrer, se perdre pour se retrouver à nouveau. Tous deux ont été élevés par des nobles de province, bien qu'elle ne soit qu'une enfant retrouvée et lui un bâtard seulement devenu héritier suite à l'accident de cheval de son demi-frère. L'une a eu une enfance dorée, l'autre a fait l'objet de superstitions idiotes et a été maltraité en conséquence.
   
   Si tous deux sont attirés dès le premier regard, ce n'est pas ensemble qu'ils construisent leur vie. Plein de rancoeur, Charles fera partie des fanatiques de la Révolution, tandis que Judith épousera un noble bordelais libéral partisan d'une monarchie constitutionnelle. Du Périgord, les amants maudits montent par des chemins détournés à Paris où, après l'effervescence joyeuse des premiers jours de la Révolution, la Terreur s'impose progressivement.
   
   Si ce roman m'a conquise, c'est avant tout pour ses qualités romanesques. Voilà un vrai roman, fourni, dense, construit autour d'une histoire aux multiples rebonds et aux personnages bouillonnants. En ce sens, il va à contre-courant de cette tendance française aux romans épurés qui ne rassasient pas toujours la lectrice que je suis (d'où mon goût pour les romans du XIXe et les auteurs anglo-saxons).
   
   L'histoire elle-même m'a plu pour son cadre historique, les inventions de l'oncle loufoque, la librairie incroyable du village, les brèves rencontres avec Camille Desmoulin et Olympe de Gouges, les descriptions pleines de fièvre et la légère aura de fantastique qui plane autour de l'introduction.
   
   Curieusement, l'histoire de Charles et de Judith n'est pas ce que j'ai le plus apprécié dans ce roman. Malgré l'intérêt et le parcours de ces deux personnages, leur histoire empreinte de fatalisme est un peu trop romantique à mon goût (les événements les séparent, mais peu importe, ils sont faits pour être ensemble et ne peuvent lutter contre l'autre dès qu'ils se retrouvent).
   J'aurais aimé que certains personnages soient davantage présents, comme le mari de Judith ou sa soeur, qui disparaît brutalement du récit (heureusement, on découvre à la fin ce qu'elle est devenue, ce qui m'a évité quelques nuits blanches).
    Enfin, ce roman aurait à mon avis pu être élagué d'une centaine de pages, car je lui ai trouvé quelques longueurs. Cependant ces réserves ne sont que de petits bémols par rapport au grand plaisir que m'a procuré cette lecture, qui s'est avérée une très belle surprise. La preuve: j'ai terminé la lecture de ce roman il y a un mois et il est encore très présent à mon esprit, bien plus que d'autres lectures faites en même temps.
   J'attends de pied ferme le prochain roman!

critique par Lou




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