Lecture / Ecriture
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Brown's Requiem de James Ellroy

James Ellroy
  Underworld USA, T1 - American tabloïd
  Le dahlia noir
  Dick Contino’s blues
  Destination morgue
  Brown's Requiem
  Un tueur sur la route

James Ellroy est le nom de plume de Lee Earle Ellroy, écrivain américain de romans policier, né en 1948 à Los Angeles.

Brown's Requiem - James Ellroy

Du noir tout noir
Note :

    Ma lecture il y a quelques années du "Dahlia noir" fut éprouvante mais enthousiaste et c'est donc avec grand plaisir que j'ai renoué avec James Ellroy.
   
   C'est du noir tout noir, du polar américain qui tient ses promesses et comble le lecteur en manque de flic à la dérive. Fritz Brown n'est plus flic, trop minable et trop porté sur la bouteille, il a été viré du LAPD. Il s'est reconverti dans la récupération de voitures impayées, boulot lucratif caché sous une enseigne de détective privé qui n'existe que pour le fisc. Pourtant un jour, un certain Gras Dogue l'embauche pour surveiller sa jeune soeur qui vit avec un vieux Juif, Sol Kupferman. Et Gras Dogue, les Juifs, il ne peut pas les sentir, pas plus que les Noirs. Antisémite, raciste, fasciste, ce type est écoeurant mais Brown ne peut se permettre de refuser l'argent ainsi gagné.
   
   Mais cette histoire va l'entraîner beaucoup, beaucoup plus loin que son point de départ. Il ressort une histoire d'incendie criminel vieux de dix ans et commence à remonter les pistes d'une enquête mal éclaircie pour laquelle trois hommes ont été condamnés à mort et exécutés. Voilà Brown embarqué sur les greens de LA jusqu'au Mexique, qui retrouve ses anciennes relations de la maison poulaga et ses manies de flic, qu'il est resté dans l'âme.
   
   Je l'ai suivi dans les moindres recoins (crayon en main cependant parce que chez Ellroy, il y a beaucoup de personnages et qu'il faudrait pouvoir le lire d'une traite pour ne pas s'y perdre) avec plaisir mais aussi un peu de tristesse parce que ses personnages sont vraiment des cabossés de la vie. Piètre estime d'eux-mêmes, pouvoir d'auto-destruction impressionnant, sordides histoires familiales: le dessous des cartes de Los Angeles, la ville du paraître où est né Ellroy, grand nulle part où l'extrême richesse croise la pauvreté la plus sordide et le summum de la perversité.
   
   
   La ville est un personnage à part entière des romans de James Ellroy, sa description y tient une place prépondérante autant que celle de ses rues et de ses habitants et de leurs moeurs. Alors oui, si le canevas meurtre-enquête-résolution est bien là, il est évident que certains y trouveront des longueurs car les errements et incertitudes de Brown sont la matière même du roman. Un enquêteur classiquement hard boiled, avec cependant quelques touches d'originalité comme son goût prononcé pour la grande musique, en particulier pour les compositeurs allemands.
   
   
   Titre original: Brown's Requiem
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critique par Yspaddaden




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Requiem et grandes messes
Note :

   Premier roman de James Ellroy, il est amusant de constater que je ne l'avais trouvé, ni chez un bouquiniste, ni dans une médiathèque alors qu'il date de 1981 en version originale et de 1988 pour la traduction française.
   
   Fritz Brown, détective privé de Los Angeles, aurait dû se contenter du marché passé avec un de ses amis, récupérer les voitures dont les clients ne payent plus les traites. Il en vit bien; à quelques exceptions près c'est relativement sans danger et il est payé rubis sur l'ongle. Pourquoi avoir accepté l'offre de Freddy Baxter de surveiller sa soeur et l'homme chez qui elle habite, Sol Kupferman qui est beaucoup plus âgé qu'elle? En plus que ce client l'écoeure au plus haut point! L'appât du gain, quitter une routine un peu pesante, changer ses habitudes pour une semaine? Toujours est-il que le voilà embarqué dans une affaire pas très claire, ou plutôt trop claire, éclairée par des incendies passés et présents.
   
   Durant ses premières investigations, il découvre qu'il y a une dizaine d'années plusieurs clients avaient été brûlés dans un bar 'L'Utopie" après que trois personnes y avaient lancé des cocktails molotovs. A l'époque une quatrième personne fut un moment évoquée, mais sans suite, et les trois autres ayant été condamnées à mort et exécutées, l'affaire fut close. Or il s'avère d'après les recherches de Brown que Sol était le vrai propriétaire du bar. Mais l'entrepôt de fourrures de Sol brûle à son tour et Freddy Baxter disparaît, ainsi que le frère d'une des victimes de l'incendie de l'"Utopie" qui, lui, détient des clichés de Janet Baxter nue dans des positions équivoques. Baxter ne disparaît pas très longtemps, il réapparaît mais en cadavre, et sa mort n'a pas dû être douce et paisible. Ce décès ne sera pas, loin s'en faut le dernier!
   
   Fritz Brown représente l'archétype du privé de roman policier. Ancien flic, il a été révoqué pour alcoolisme, mais dorénavant il est sobre et ses nombreuses connaissances des bas-fonds de Los Angles vont lui servir. Sa passion, la musique classique, ce qui n'est pas fréquent dans ce genre de roman.
   Jane Baxter, après une enfance de placement de foyer en foyer avec son frère, rencontre Sol, qui devient son mécène, sans contrepartie, dit-elle. Alors pourquoi Brown retrouve t'il des photos érotiques d'elle?
   
   Freddy Baxter, son frère obèse portant bien son surnom de "Gros Dogue". Raciste et néo-nazi, Brown découvre des photos ignobles dans son repaire, il est un des caddies les plus recherchés des golfs de Los Angeles. Enfant violent, sa passion de jeunesse était de torturer et tuer des animaux domestiques. Il fait également une fixation sexuelle sur sa soeur de huit ans sa cadette. Ce qui obligera celle-ci à s'enfuir.
   
   Sol Kupferman, richissime fourreur, protecteur et mécène de Janet, mais son passé n'est pas si reluisant que cela. Pourtant il dédommage encore la famille des victimes de l'incendie de son bar!
   
   Du bon et du grand James Ellroy, ce qui fait très plaisir, un roman où s'emmêlent plusieurs histoires du passé et du présent, des personnages tangibles, pas très nets mais plausibles. Une bonne intrigue, bref un bon livre de jeunesse qui remplace très avantageusement ses dernières productions littéraires.
   Je suis réconcilié avec Ellroy!
   
   Extraits:
   
   - Une vie passée à Los Angeles m'avait appris à ne rien prendre pour argent comptant.
   
   - Les circuits de golf, c'est paisible.
   
   - L'hôtel Rector avait mille ans d'âge et témoignait d'un désespoir qui ne se rencontrait qu'à Hollywood.
   
   - Mais finalement, c'est la misère qui vous bouffe.
   
   - Il n'a connu que la haine, la colère et la mesquinerie. C'est pour cette raison que je retourne l'enterrer. Il méritait mieux de la vie.
   
   - Je m'aperçus que je pleurais pour la première fois depuis mon enfance, lorsque j'avais découvert que les larmes ne servaient à rien.
   
   - Brillant raisonnement. Et grâce à la gnôle, une nouvelle fois.
   
   - Je savais maintenant: j'allais faire plus que survivre, j'allais gagner.
   
   - Il a juste trinqué. La grosse trinque, celle dont on ne revient pas.
   
   - Un polo à épaulette portant l'effigie d'un rock and roller du nom de Neil Young.

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critique par Eireann Yvon




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Bas-fonds californiens
Note :

   Fritz Brown, ancien flic spécialisé dans la récupération de voitures impayées et détective privé à ses heures, est contacté par Frederik «Gras Dogue» Baker, pour surveiller sa sœur Jane. Jane vit avec Sol Kupferman, puissant homme d’affaires juif, qui ne revient pas à Gras Dogue, qui malgré son maigre emploi de caddy (porteur de sac) dans un golf, est plein aux as. Brown s'occupe donc de cette enquête, qui va rapidement s’éloigner de l’objectif initial pour devenir une investigation sur Gras Dogue lui-même et son entourage…
   
   Premier roman de James Ellroy, "Brown’s requiem" est un policier qui brouille les pistes. La personnalité de Fritz Brown est en elle-même assez atypique. Ancien flic viré pour cause d’incapacité, reconverti dans une activité dont il est peu fier, il se trouve confronté à une affaire qui le dépasse. Une seule activité semble avoir une valeur à ses yeux: la musique classique, en particulier les compositeurs allemands du XIXeme Siècle (Beethoven, Brahms, Bruckner,…). Car quand il s’essaye aux romantiques ou aux impressionnistes, il n’est pas convaincu par leur art.
   
   L’autre élément qui prend une importance capitale dans le roman est Jane Baker. Jeune femme paumée, qui vit avec Kupferman, beaucoup plus âgé qu’elle, elle a à ses yeux l’avantage d’apprécier la musique, et de pouvoir s’exercer sur un violoncelle Stradivarius. Tout au long de l’enquête, Brown pense à Jane, qu’il espère retrouver une fois toutes les péripéties terminées.
   
   Roman assez déroutant également par l’intrigue policière qu’il développe. Le pourquoi de l’embauche de Brown par Gras Dogue est très flou, et le lecteur sent vite que si Gras Dogue, personnage huileux, crasseux et peu sympathique, a fait appel au détective, c’est pour une raison non avouée. De là, Brown va mener son enquête, de Los Angeles à Tijuana, de Palm Springs à San Francisco, où il devra affronter sa propre violence, et découvrir petit à petit toutes les ficelles des magouilles dont Gras Dogue est partie prenante.
   
   Le roman est un peu lent à se mettre en place. Le mystère est intéressant, mais trop de mystère tue le mystère. En ne sachant ce que Brown cherche, le lecteur se perd un peu. Puis, au fil des pages, les morceaux du puzzle s’assemblent pour former un tout qui devient beaucoup dans les 150 dernières pages (sur 350 pages). Roman policier intéressant, qui n’est pas exempt de quelques faiblesses (notamment un usage répété de certaines figures de style), mais qui pose le personnage de Brown, qui fait penser au Marlowe de Chandler (en particulier celui incarné par Elliot Gould dans le film de Robert Altman, "Le Privé"), mais un plus trash (alcoolique et drogué par moments).
   
   Un bilan globalement positif, en définitive, qui plonge le lecteur dans les bas-fonds californiens.

critique par Yohan




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