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L'homme que je n'ai pas tué et autres récits de Jean Failler

Jean Failler
  L'homme que je n'ai pas tué et autres récits

L'homme que je n'ai pas tué et autres récits - Jean Failler

Et c'est tant mieux!
Note :

   Second recueil de Jean Failler que je lise (il me semble d'ailleurs qu'il n’y en ait que deux) après «Le gros lot», celui-ci comprend neuf nouvelles. J'ai fait la connaissance de cet auteur à Riantec, et j'avais beaucoup apprécié sa gentillesse.
   
   Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, imaginez un homme qui tranquillement boit un café dans son bistrot favori. Il sent un regard peser sur lui, et effectivement un homme le regarde! Le lendemain la même scène se reproduit, ils se parlent, essayent de se souvenir, bien longtemps avant, l'Algérie...
   
   Nous retrouvons «Fanch Nedeleg», je dis bien, nous le retrouvons, car cette nouvelle fait également partie du recueil édité pour les 20 ans du festival du livre de Carhaix. Et Fanch se pose toujours la même question, que peut-on ambitionner d'autre que le bonheur! Et pour cela pas besoin de donneurs de leçons!
   
   «Histoire d'un vieux con», je pense que nous avons tous un jour ou l'autre rencontré ce genre de personnage. Prêchant une chose et faisant absolument son contraire, profitant de sa position pour transformer un enfant en souffre-douleur. Un vieux con, le problème est qu'avant d'être un vieux con souvent ces gens-là sont de jeunes cons. Enfin il y a une morale dans cette histoire, le petit Manuel réussira dans la vie, et le vieux con deviendra un très vieux con. Le bon vin vieillit bien, la piquette tourne au vinaigre et aussi au ridicule.
   
   «Élise et le capitaine fou» se passe sur un de ses bateaux poubelles qui sillonnent les mers. Élise est pilote, elle doit mener un bateau à quai, mais voilà... Le capitaine est un ancien de la marine de guerre allemande, plein de suffisance et de bière, l'équipage est terrorisé par cet homme, bref c'est plutôt vogue la galère que la croisière s'amuse...
   
   Dans «l'ostensoir», nous rencontrons à nouveau notre brave recteur de la paroisse de Cap Caval, curé de ce petit village sur la côte bretonne qui, après une histoire de louche et de luxure est de nouveau en ville. Ici, il participe à une grande fête organisée par l'église. Un somptueux défilé pour la Fête-Dieu, le ban et l'arrière ban de l'église est là, même Monseigneur en personne. Mais n'y aurait-il pas un oublié parmi les invités?
   
   «Pervenche» est tout de bleu vêtue, mais elle ne distribue pas des amendes, non, mais pourtant dans cette histoire, certains en mériteraient...
   
   Le Bredin lui n'a pas besoin de diplôme; dans sa sagesse, il sait comment soigner un chêne, mais la folie et la soif de vengeance d'un homme réduiront ses efforts à néant.
   
   Tonton Lom aura sa vengeance sur sa belle soeur, elle sera, il est vrai posthume, mais au combien méritée! Il faut se méfier des écrits d'outre-tombe, ou alors on risque de finir à la rue. Par manque de pitié, on finit au Mont de Piété!
   
   Des contes et des fables ainsi que quelques souvenirs, des fables car souvent il y a une morale simple, mais souvent oubliée à ces histoires. La modestie d'un petit curé, le bon sens d'un village qui défend son chêne, celui de Fanch également à qui son bonheur suffit, le sentiment de révolte des enfants contre l'injustice. L'église est égratignée dans «La quête» et dans «L'ostensoir». Le profit, le gain et l’avarice qui mènent le monde dans «Elise et le capitaine fou» ou certains personnages dans «Le magot de Tonton Lom». Une touche de fantastique, mais aussi une mise en garde dans «Le fantôme de minuit moins le quart», la nuit tous les chats sont peut-être gris, mais quand le souffle du chauffeur vire au vert, la nuit risque d'être d'un noir absolu...
   
   L'écriture est toujours très simple, mais en aucun cas simpliste, ce qui rend la lecture facile et donc agréable bien que le propos soit parfois moins souriant que dans «Le gros Lot». Comme pour ce dernier les illustrations sont de Rozenn Failler, la fille de l'auteur.
   
   Extraits :
   
   - Comment appelle-t-on un homme qui surgit brusquement au bout de 40 ans!
   
   - Et si ce n'était pas du sommeil du juste, je vous prie de croire que cela lui ressemblait bougrement!
   
   - À l'époque, pour devenir «quelqu'un», il convenait d'entrer dans l'Administration.
   
   - Que serait devenue la paroisse sans Mlle de Bolbeck maintenant qu'il n'y avait plus d'enfants de choeur?
   
   - Ou dois-je vous conduire, belle demoiselle? demanda-t-il avec emphase.
   Je vous le dirai, fit-elle évasivement.
   
   - Derrière lui s'empressaient les chanoines, avec leurs mines de courtisans dodus...
   
   - Contre cette folie, les vaches ne savaient pas se défendre. Les arbres encore moins.
   
   - Depuis, le carrefour n'est plus que le croisement bête de deux rubans de bitume.
   
   - Ya.
   Dans sa tête c'était du breton, mais ce Breton-la, les Allemands le connaissaient.
   
   -... il était rentré au village pour, comme dit le poète, «vivre avec ses parents le reste de son âge».
   
   - maintenant que le magot de Tonton l'homme allait lui échoir, elle consentait à trouver quelques qualités au défunt.
   
   - L'héritière, sa fille et le banquier (Ne dirait-on pas le titre d'une fable de La Fontaine?) s'en furent donc en délégation chez le notaire...

critique par Eireann Yvon




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