Lecture / Ecriture
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Les heures souterraines de Delphine De Vigan

Delphine De Vigan
  No et Moi
  Les heures souterraines
  Rien ne s’oppose à la nuit
  Les Jolis Garçons
  D'après une histoire vraie

Delphine de Vigan est une romancière française née en 1966.

Les heures souterraines - Delphine De Vigan

Désespérément réaliste
Note :

   Dans ce superbe roman, Delphine de Vigan met en scène deux personnages: le premier est une femme, cadre dans une société, dans laquelle elle s’épanouit jusqu’au jour où elle se retrouve dans un «placard» pour avoir osé dire ce qu’elle pense lors d’une réunion, en s’opposant ainsi à son patron. L’auteure met en scène sa rapide descente aux enfers. Elle nous décrit ainsi le quotidien d’une employée modèle qui se retrouve dans un bureau sans fenêtre, sans ordinateur, pouvant passer ses journées à entendre le bruit de la chasse d’eau, au fil du passage de ses collègues… Collaborateurs qui pour la plupart n’osent plus la regarder, faisant d’elle une personne inexistante. Et d’autant plus irréelle que c’est sa vie professionnelle qui l’a aidé à relever la tête hors de l’eau et à trouver un sens à un contexte de vie difficile.
   
   Parallèlement à elle, nous suivons le quotidien d’un médecin, qui finit par quitter une femme qu’il aime, lassé et désespéré du manque d’affection et d’intérêt qu’elle lui témoigne. Ce médecin, habitué à la détresse humaine, qu’il côtoie au gré des appels téléphoniques et de ses déambulations dans les embouteillages d’une ville, où tout le monde se croise sans se voir.
   
   Ces deux portraits sont magnifiques, somptueux de désespérance, et criant de réalisme. Le roman est d’autant plus réussi que Delphine de Vigan ne cède pas à la facilité, ni au happy end auquel on s’attend. Au cœur de la ville, elle met en scène deux êtres solitaires, fragilisés, mais deux êtres qui résistent et trouvent aussi des ressources et des moyens pour échapper à ce qui les broie. Brisés mais grandis ils nous font réfléchir sur les sociétés dans lesquelles on vit, et l’indifférence dont on est parfois victime mais aussi complice.
   
   Un roman singulier, sobre et important. Un roman de notre temps.
   ↓

critique par Éléonore W.




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Deux victimes de l’incommunication
Note :

   C’est une histoire sombre aux phrases courtes et incisives décrivant un monde froid qui ne sait plus communiquer. Un monde inconscient de sa dureté.
   
   Les deux personnages de ce roman subissent leurs vies.
   
   L’une enfermée dans une logique d’entreprise. De celle qui gère les collaborateurs comme des pions à manipuler au gré des envies de celui qui est autorisé par son positionnement hiérarchique. C’est Mathilde, veuve et mère de trois enfants, collaboratrice du grand chef jusqu’au jour inexpliqué, imperceptible, où celui-ci décide de la dégrader (à tous les sens du terme). Commence une descente en enfermement psychologique. L’incompréhension d’abord et la remise en cause de son travail ensuite, puis l’incapacité de demander des comptes devant un mur de silence et d’inhumanité. Ce patron, et ses inférieurs, ne montrent que peu de compassion pour celle qui a été mise sur le côté.
   
   L’autre enfermé dans une relation amoureuse qui ne lui convient que partiellement. C’est Thibault, médecin dévoué. Il décide de se séparer d’une femme qui lui manque physiquement mais le désir n’est pas tout, et le manque d’épaisseur sensible de ce partenaire lui pèse. Elle est l’une des représentantes de cette société déshumanisée. Il aimerait un amour qui le comblerait.
   
   La restitution de cette incommunicabilité dans le récit est si maitrisée qu’on a du coup du mal à s’identifier à des personnages qui subissent trop et trop longtemps. Des personnages de nos temps, consciencieux mais malléables, attentionnés mais sans caractère rebelle. Des personnages englués.
   « Elle est parvenue à ce point de fragilité, de déséquilibre, où les choses ont perdu leur sens, leurs proportions. A ce point de perméabilité où le plus infime détail peut la submerger de joie ou bien l’anéantir »

   
   Au final, le style direct et clair de l’auteur ne m’a pas emporté vers une émotion. Le thème du harcèlement au travail abordé principalement m’a fait pensé à ce (télé)film qui montrait un homme engagé pour faire craquer des employés afin qu’ils démissionnent. Il leur réservait alors un traitement psychologique inhumain. Ce récit noir décrit une réalité sans concession au romanesque. Bravo pour la performance mais cela ne m’a pas véritablement touché.
   ↓

critique par OB1




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Agaçant!!!
Note :

   Cela commence mal à mon goût : le personnage central va consulter une voyante… pour apprendre que le 20 mai sa vie changera!
   
   C’est le genre d’accroches accrocheuses dont j’ai horreur! J’ai quand même surmonté mon envie de reposer immédiatement le livre, car des copines m’ont dit beaucoup de bien de cette auteure…
   
   En fait, c’est un roman dans la lignée des Lévi, Gavalda et autres Foenkinos ; écrit dans un style très simple, ancré dans la triste réalité d’aujourd’hui, sans implicite, sans autre message que celui formulé explicitement, saisissable pour le plus grand nombre.
   Message que l’on peut résumer ici en une phrase : La vie moderne détruit l’homme.
   
   Pour le reste, il suffit de donner quelques mots-clés pour que tout un chacun puisse aussitôt imaginer l’histoire, celle-ci ou une autre, en tous points semblable…
   On essaie?
   
   La première? Mathilde, 40 ans, veuve, 3 enfants, métro / RER, cadre dans une grande entreprise, victime d’harcèlement moral par un supérieur, travail = calvaire, vie ≠ vie, naufrage.
   La deuxième? Thibault, même âge, médecin urgentiste à Paris, existence vide de sens et d’affection, poids écrasant de la ville, embouteillages, rencontres désolantes avec des patients désespérément seuls.
   Voilà. Vous y êtes? Je pense que vous avez tout compris.
   
   Personnellement, ce livre m’a prodigieusement agacée (il est vrai que je me suis mal remise du début!). En raison de son style simpliste d’une part (il me semble ne pas avoir rencontré de passé simple du tout…), et d’autre part parce qu’il se vautre dans un misérabilisme caricatural qui pousse irrémédiablement le lecteur dans un cafard noir! Au bout d’une centaine de pages, on n’en peut plus déjà, et il faut en avaler encore 150 autres… toujours la même chose, ça se répète, ça insiste, ça tourne en rond, ça plonge…! Et ils ne se suicident même pas à la fin! D’ailleurs, il n’y a pas de fin!
   
   Bon, je me dis que je suis peut-être un peu dure ; qu’on peut certainement avoir une vision différente de ce roman. Je vous ai donné mon ressenti personnel, à vous de jouer à présent!
    ↓

critique par Alianna




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Deux âmes
Note :

   Deux âmes esseulées traversent le cœur de Paris tels des automates... ils sont ballotés, bousculés et abîmés par cette vie qui ne laisse la part belle qu'aux plus forts. Forts, eux ne le sont pas... dès qu'un rouage cède dans leurs vie pourtant planifiées, c'est l'implosion et la remise en question de leur valeur individuelle.
   
   Mathilde a fait face au décès de son époux disparu trop jeune. Elle élève seule ses trois garçons et parvient à se faire une place en or comme bras droit d'un directeur marketing pour le moins rigide. Jusqu'au jour où cet équilibre vaillamment construit devient plus qu'instable, et son univers professionnel s'écroule. On la met dans un placard où elle devient aussi invisible qu'une petite souris, démolie par un harcèlement moral quotidien...
   
   Thibault est médecin à domicile, il cherche à s'éloigner d'une relation amoureuse qui le détruit à petit feu. Pris entre un travail qu'il effectue à un rythme de forcené et cette relation déséquilibrée, il s'interroge sur le sens de sa vie.
   
   Ces deux individualités naviguent à vue, se côtoient, sans jamais se voir vraiment... et pourtant ils souffrent du même mal.
   
   Dès les premières pages, on s'engouffre avec Mathilde dans la cadence infernale du trajet quotidien domicile / boulot de tout bon parisien. Les changements, la foule, la bousculade, la vitesse, l'heure qui tourne, les noms de RER, la position sur le quai... on est pris dans son quotidien et vite asphyxiés par ce harcèlement moral dont elle est victime aux yeux de tous, sans que personne ne puisse venir à son secours. Sa souffrance et celle de Thibault nous touchent, Delphine de Vigan nous fait vivre avec beaucoup de réalisme et de sensibilité leurs humiliations quotidiennes. C'est terriblement évocateur, haletant, suffocant... on tourne la dernière page et on n'aspire qu'à une chose : prendre un grand bol d'air!

critique par La Dame




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