Lecture / Ecriture
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Les heures souterraines de Delphine De Vigan   

Delphine De Vigan
  No et Moi
  Les heures souterraines
  Rien ne s’oppose à la nuit
  Les Jolis Garçons

Les heures souterraines - Delphine De Vigan

Désespérément réaliste
Note :

   Dans ce superbe roman, Delphine de Vigan met en scène deux personnages: le premier est une femme, cadre dans une société, dans laquelle elle s’épanouit jusqu’au jour où elle se retrouve dans un «placard» pour avoir osé dire ce qu’elle pense lors d’une réunion, en s’opposant ainsi à son patron. L’auteure met en scène sa rapide descente aux enfers. Elle nous décrit ainsi le quotidien d’une employée modèle qui se retrouve dans un bureau sans fenêtre, sans ordinateur, pouvant passer ses journées à entendre le bruit de la chasse d’eau, au fil du passage de ses collègues… Collaborateurs qui pour la plupart n’osent plus la regarder, faisant d’elle une personne inexistante. Et d’autant plus irréelle que c’est sa vie professionnelle qui l’a aidé à relever la tête hors de l’eau et à trouver un sens à un contexte de vie difficile.
   
   Parallèlement à elle, nous suivons le quotidien d’un médecin, qui finit par quitter une femme qu’il aime, lassé et désespéré du manque d’affection et d’intérêt qu’elle lui témoigne. Ce médecin, habitué à la détresse humaine, qu’il côtoie au gré des appels téléphoniques et de ses déambulations dans les embouteillages d’une ville, où tout le monde se croise sans se voir.
   
   Ces deux portraits sont magnifiques, somptueux de désespérance, et criant de réalisme. Le roman est d’autant plus réussi que Delphine de Vigan ne cède pas à la facilité, ni au happy end auquel on s’attend. Au cœur de la ville, elle met en scène deux êtres solitaires, fragilisés, mais deux êtres qui résistent et trouvent aussi des ressources et des moyens pour échapper à ce qui les broie. Brisés mais grandis ils nous font réfléchir sur les sociétés dans lesquelles on vit, et l’indifférence dont on est parfois victime mais aussi complice.
   
   Un roman singulier, sobre et important. Un roman de notre temps.
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critique par Éléonore K.




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Deux victimes de l’incommunication
Note :

   C’est une histoire sombre aux phrases courtes et incisives décrivant un monde froid qui ne sait plus communiquer. Un monde inconscient de sa dureté.
   
   Les deux personnages de ce roman subissent leurs vies.
   
   L’une enfermée dans une logique d’entreprise. De celle qui gère les collaborateurs comme des pions à manipuler au gré des envies de celui qui est autorisé par son positionnement hiérarchique. C’est Mathilde, veuve et mère de trois enfants, collaboratrice du grand chef jusqu’au jour inexpliqué, imperceptible, où celui-ci décide de la dégrader (à tous les sens du terme). Commence une descente en enfermement psychologique. L’incompréhension d’abord et la remise en cause de son travail ensuite, puis l’incapacité de demander des comptes devant un mur de silence et d’inhumanité. Ce patron, et ses inférieurs, ne montrent que peu de compassion pour celle qui a été mise sur le côté.
   
   L’autre enfermé dans une relation amoureuse qui ne lui convient que partiellement. C’est Thibault, médecin dévoué. Il décide de se séparer d’une femme qui lui manque physiquement mais le désir n’est pas tout, et le manque d’épaisseur sensible de ce partenaire lui pèse. Elle est l’une des représentantes de cette société déshumanisée. Il aimerait un amour qui le comblerait.
   
   La restitution de cette incommunicabilité dans le récit est si maitrisée qu’on a du coup du mal à s’identifier à des personnages qui subissent trop et trop longtemps. Des personnages de nos temps, consciencieux mais malléables, attentionnés mais sans caractère rebelle. Des personnages englués.
   « Elle est parvenue à ce point de fragilité, de déséquilibre, où les choses ont perdu leur sens, leurs proportions. A ce point de perméabilité où le plus infime détail peut la submerger de joie ou bien l’anéantir »

   
   Au final, le style direct et clair de l’auteur ne m’a pas emporté vers une émotion. Le thème du harcèlement au travail abordé principalement m’a fait pensé à ce (télé)film qui montrait un homme engagé pour faire craquer des employés afin qu’ils démissionnent. Il leur réservait alors un traitement psychologique inhumain. Ce récit noir décrit une réalité sans concession au romanesque. Bravo pour la performance mais cela ne m’a pas véritablement touché.

critique par OB1




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