Lecture / Ecriture
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Poussière tu seras de Sam Millar

Sam Millar
  Poussière tu seras
  Redemption Factory
  On the Brinks
  Les chiens de Belfast
  Le cannibale de Crumlin Road

Sam Millar est un écrivain irlandais né en 1958 à Belfast.

Poussière tu seras - Sam Millar

Sur le fil du rasoir
Note :

   Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l’IRA, il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
   
   Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
   Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
   Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier «Petit Dickey». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui.
   
   Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
   Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
   Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
   
   Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants. Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
   
   Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très «fouillées». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
   
   L'âme humaine est mise à nue; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
   
   
   Extraits :
   
   - Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
   
   - Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
   
   - Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capitale: à grandes villes, grandes maladies.
   
   - Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
   
   - Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi?
   
   - Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
   
   - Ne laisse jamais l’émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
   
   - Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
   
   - On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
   
   - Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
   
   - Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.

   
   
   Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)

critique par Eireann Yvon




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