Lecture / Ecriture
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L'énigme du retour de Dany Laferrière   

Dany Laferrière
  L'énigme du retour
  Le pays sans chapeau
  Je suis un écrivain japonais

L'énigme du retour - Dany Laferrière

«La douleur du partir»*
Note :

   Prix Médicis 2009
   
   
   Un hasard bizarre et dramatique a voulu que j’ouvre avec cette "énigme du retour" mon premier roman d’un auteur haïtien à peu près au moment où le séisme ravageait sa ville, où il se trouvait d’ailleurs ainsi que les principaux écrivains de l’île, justement réunis pour préparer le salon des "Étonnants voyageurs". Haïti qui a déjà tant perdu aurait pu perdre aussi les fleurons actuels de sa littérature comme elle a déploré la mort de Georges Anglade.
   Pour ma part, à des milliers de kilomètres de là, ne me doutant de rien, je découvrais le Prix Médicis 2009 et c’est ainsi que je veux parler de ce livre: sans référence au drame.
   
   "L’énigme du retour" pourrait être une autobiographie, mais c’est un roman et qu’il soit l’un ou l’autre n’a guère d’importance. Il reprend un thème déjà traité par Dany Laferrière, celui de l’exil et du retour -qu’il soit occasionnel ou définitif- au pays. Il y a dans cet ouvrage une très importante part autobiographique, mais sans les exigences d’exactitude que pose l’exercice, ainsi, ce récit se donne comme celui d’un retour après 35 ans d’exil alors que Dany Laferrière est retourné plusieurs fois à Haïti. Il en a même déjà fait un livre, «Un pays sans chapeau», mais c’est cette fois qu’il produit LE livre salué par les prix, et le livre que j’ai aimé.
   
   Le narrateur a 56 ans, l’âge des bilans, exilé il vit à Montréal depuis 35 ans et se plaint des hivers si durs, surtout pour lui, fils d’une île torride.
   "Au milieu de la glace de fin janvier
   on n’a plus d’énergie pour continuer
   et il est impossible de rebrousser chemin
   
   Je recommence à écrire comme
   D’autres recommencent à fumer.
   Sans oser le dire à personne.
   Avec cette impression de faire une chose
   Qui n’est pas bon pour moi"
   (p.23)

   
   A la mort de son père qui fut ministre en Haïti et qui lui s’est exilé aux Etats-Unis (et dont il n’était pas proche du tout), il retourne voir sa mère restée dans l’île. Ce voyage retour lui permet de faire le point sur l’évolution de l’île en son absence, de lui-même en l’absence de l’île. Le point également sur sa génération qui après l’exil revient ou n’est jamais partie, sur la génération suivante, celle de son neveu à qui il dédie cet ouvrage, en train de décider de partir ou non et sur la précédente qui meurt en sa terre natale ou ailleurs, celle de son père dont il entreprend de visiter les amis de sa jeunesse d’activiste politique.
   
   Pour le présent de Haïti, il parle surtout de misère, des jeunes qui n’ont pas vécu un seul jour de leur vie sans souffrir de la faim, des Duvalier et de leurs semblables, de la corruption, de l’abus de pouvoir et de l’assassinat politique ou crapuleux en toute impunité, de la chaleur et des orages. Il sait nous faire sentir le réel de cette vie misérable et injuste.
   C’est intéressant, déjà, mais pour moi, ce n’est pas cela qui fait la valeur particulière de ce livre, c’est la forme, l’écriture. Dany Laferrière a opté pour une prose poétique qu’il mène fort bien. Constamment, le texte devient poème, haïkus, strophes, vers libres images, parfums, musiques. C’est cette écriture qui fait de "L’énigme du retour" un livre sur l’exil qui méritait le Médicis. C’est cette verve poétique qui emporte le lecteur vers ce pays terrible où tout est difficile alors qu’il y aurait sans doute les conditions d’un paradis. C’est par le regard poète de Laferrière que nous le voyons et c’est autre chose qu’un tour-opérateur. C’est cette écriture qui fait que moi qui n’apprécie guère l’autofiction, j’ai suivi sans réserve l’auteur dans son retour à Port-au-Prince.
   Alors c’est vrai qu’il y a parfois des surprises grammaticales comme ce "bon" dans la citation ci-dessus, mais le texte est poésie et j’ai subi son charme:
   "L’instant du départ nous attend à la porte.
   Comme quelque chose dont on sent la présence
   Mais qu’on ne peut toucher.
   Dans la réalité, il prend l’aspect d’une valise."
   (p.39)

   
   Ou encore
   "J’ai senti
   que j’étais
   un homme perdu
   pour le nord quand
   dans cette mer chaude
   sous ce crépuscule rose
   le temps est subitement devenu liquide."
   (p. 246)
   
   
   "Pas trop sûr d’être
   Dans un temps réel
   En m’avançant vers
   Ce paysage longtemps rêvé.
   Trop de bouquins lus.
   Trop de peintures vues.
   Voir un jour les choses
   Dans leur beauté nue."
   (p. 297)

   
   Et pour conclure :
   "Pourtant cette certitude que la littérature me sauvera de tous les dangers ne m’a jamais quitté ni ce jour-là, ni plus tard." (p. 186)

   
   
   * vers de "Aimer à perdre la raison", Aragon, sans rapport avec ce livre, je le reconnais, mais qui aurait pu...
   ↓

critique par Sibylline




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Manque d'intrigue, ça m'intrigue
Note :

   Un homme d’âge mur apprend par téléphone la mort de son père, un haïtien exilé à New York dont il ne sait pas grand-chose. Cette nouvelle réveille une multitude d’émotions en lui et il décide de retrouver ses racines en Haïti. Ses sens sont constamment aux aguets dans ce pays où violence, révolte, pauvreté et poésie se côtoient au quotidien. Lui, cet exilé qui a réussi à Montréal, retrouve la terre de ses ancêtres et apprend à connaître son père par les témoignages qu’il recueille.
   
   L’auteur, un haïtien exilé à Montréal, est journaliste et chroniqueur… chassé comme son père par un régime dictatorial, il a réussi loin de chez lui, loin de cette terre fantasmée qu’il retrouve peu à peu lors de ce retour aux origines. Il nous livre un récit multi sensoriel, fait de ressentis, de visions, d’odeurs, de contacts et pour ce faire il utilise la forme de l’haïku.
   
   L’écriture est belle, évocatrice et sensible, mais il faut aimer la contemplation… alors voila le pourquoi de ma note un peu moyenne, même si la langue est belle, il me manquait une petite intrigue pour m’embarquer complètement. En tout cas, si ce livre a été achevé d’imprimer avant le tremblement de terre, il reste d’actualité en nous décrivant la réalité d’un pays qui peine à sortir la tête de l’eau.
   
   Un livre sur l’exil et le deuil, une écriture poétique mais un petit manque de sel pour moi…
   
   Couronné tout de même par le prix Médicis étranger!
   ↓

critique par La Dame




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Roman de l’identité
Note :

   Un long récit mêlant poésie et prose comme si l’auteur ne pouvait faire le choix entre ces deux modes d’écriture, comme il ne peut faire le choix entre sa terre natale et son lieu d’exil. C’est ainsi que Dany Laferrière met en mots l’indicible: la douleur de l’exil et la volonté de se dire à nouveau "chez soi".
   
   A vingt ans d’intervalle son père et lui ont quitté Haïti, ont échangé la splendeur des couleurs pour le froid et le vide de l’exil. Vingt années durant l’auteur a été hanté par l’absence de ce père parti sans espoir de retour.
   A son tour lui aussi fait le choix du départ, laissant mère, sœur, amis.
   
   Les femmes de Haïti sont celles qui restent.
   
   Il n’y a plus de famille, un père aux Etats-Unis, un fils au Canada, la famille éclatée, dispersée.
   C’est son père dont "La mort expire dans une blanche mare de silence" (Aimé Césaire) qui va provoquer le retour vers la terre d’origine, vers le bruit, les couleurs, les odeurs de la terre natale.
   
   C’est un retour difficile. Il reprend possession des lieux, il reconnait les rues, les bruits, la vitalité paradoxale de son île "Si on meurt plus vite qu’ailleurs, la vie est ici plus intense " C’est son pays et il y est comme un étranger. Sa sœur est restée, c’est sa blessure secrète:
   " Encore plus secrète que ma mère.
   A la voir toujours souriante on n’imaginerait pas
   qu’elle vit dans un pays ravagé par une dictature
   qui ressemble à un cyclone
   qui n’aurait pas quitté l’île pendant vingt ans "

   
   Ce roman de l’identité est magnifique et terrible, le fantôme du père est partout présent, les changements sont profonds dans l'île mais la pauvreté, la faim, la peur sont toujours là.
   
   De brefs tableaux, croqués sur le vif, de la vie haïtienne, un poignant constat d’échec "Un fleuve de douleurs dans lequel on se noie en riant." et aussi "Les trois quarts des gens que j’ai connus sont déjà morts (...) Ils vont si vite vers la mort qu’on ne devrait pas parler d’espérance de vie mais plutôt d’espérance de mort."
   
   Un roman qui est comme un cri et qui devrait trouver place dans votre bibliothèque

critique par Dominique




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