Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach de Apostolos Doxiadis

Apostolos Doxiadis
  Oncle Petros et la conjecture de Goldbach
  D comme: Logicomix

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach - Apostolos Doxiadis

Le chercheur qui cherche
Note :

   Quatrième de couverture :
    «Petros Papachristos est considéré comme la honte de sa famille, l'un des plus grands ratés de notre époque. Pourtant, plus on répète à son jeune neveu qu'Oncle Petros a gâché sa vie, plus il s'y intéresse, cherchant à découvrir pourquoi ses deux frères le renient ainsi. Le narrateur découvre alors que Petros est un ancien professeur de mathématiques, chercheur éminent mais déconsidéré pour n'avoir rien publié depuis plus de cinquante ans... Et pour cause : Oncle Petros s'est attaqué à la conjecture de Goldbach (tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers), hypothèse encore indémontrée près de 250 ans après sa formulation. A force de se consacrer corps et âme à ce problème mathématique insoluble, Petros s'est retiré du monde et a progressivement sombré dans une sorte de démence...A son tour, et contre l'avis de son oncle, le narrateur va s'intéresser aux mathématiques et se lancer à la poursuite de Goldbach, croisant sur sa route d'éminents mathématiciens: Gauss, Hardy, Turing ou encore Gödel...»
   
   
    Un roman époustouflant qui parvient à mêler thriller, policier, théorie des nombres et histoire des mathématiques. L'intrigue est plutôt bien construite, jamais ennuyeuse, le style est très souple mais jamais déplaisant, les personnages bien campés, entre l'oncle devenu savant fou et le neveu dévoré de curiosité familiale et mathématique, pour ainsi dire. Une quête de la Vérité qui tourne à l'obsession, plongeant Petros dans un délire quasi-permanent et l'amènant à rompre tout contact avec la société qui l'entoure, y compris ses confrères mathématiciens, pour se consacrer exclusivement à la résolution de cette énigme si simple en apparence et pourtant indémontrable.
   
   Un livre qui ne demande aucune connaissance mathématique importante (même la définition d'un nombre premier est rappelée plusieurs fois), et qui vous fera côtoyer les grands des maths, Euclide, Gauss, Riemann, Fermat...
   
   Doxiadis parvient à rendre passionnant un sujet à priori rébarbatif pour le commun des mortels, avec beaucoup d'humour et une pointe de vulgarisation scientifique. Un roman qui donnerait presque envie de se replonger dans ses livres de maths! Mais surtout un roman sur la difficulté du travail de recherche, qui peut ne jamais aboutir même après une vie de travaux, un livre qu'il faudrait peut-être conseiller à notre président! En somme, un très bon roman parfaitement abordable par les néophytes.

critique par Elizabeth Bennet




* * *



Comprendre les maths (thématiciens)
Note :

   Ce livre aborde, avec beaucoup de réussite, les thèmes que le livre de Claudine Monteil ne faisait que survoler. Je précise au passage que Apostolos Doxiadis est mathématicien de formation.
   
   On rencontre un homme, un génie, le fameux oncle Petros, qui a consacré toute sa vie aux mathématiques. Futur héritier d’une grande fortune en Grèce et normalement destiné à la gérer, son père acceptera de le faire former par Carathéodory, en Allemagne (parce qu'il était grec), après avoir reconnu le génie de son fils. Celui-ci rencontre alors une femme avec qui il vit six mois torrides mais elle se marie avec un autre. Il décide alors de la reconquérir en devenant le plus grand mathématicien du monde. Pour l’instant, il fait sa thèse sur un problème d’équations différentielles (qui trouvera son application durant la Première Guerre Mondiale). Ce sont des mathématiques appliquées. Malgré le grand renom que lui doit sa découverte, il la comparera tout au plus à des comptes d’apothicaire.
   
   Il reçoit peu après une bourse pour aller à Cambridge travailler avec Littlewood, Hardy et Ramanujan (mathématiciens). Commence alors le début d’une période très prolifique mais aussi le début de la fin car il va décider de se consacrer à la théorie des nombres et surtout à la conjecture de Goldbach.
   
   La conjecture de Goldbach (dont parle aussi "Le théorème du perroquet") c’est cette phrase si simple que personne n’a jamais réussi à démontrer : "Tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers".
   
   À partir de là, il va s’isoler (dans une université allemande) pour travailler sur ses recherches. Il obtiendra plusieurs résultats intermédiaires qu’il ne publiera pas à temps (d’autres l’auront devancé alors qu’il les avait trouvés avant mais ne s’était pas tenu au courant). La question qui se pose alors c’est jusqu’où doit-on aller pour démontrer une conjecture qui devient une obsession ? La réponse que retiendra Petros lui sera inspirée Kurt Gödel (avec son théorème de l’incomplétude) et Alan Turing.
   
   Le livre parle de la différence entre mathématiques appliquées et mathématiques fondamentales : l’une est dans le monde de tous les jours alors que l’autre est dans un autre monde, un monde "poétique". L’auteur va même jusqu’à comparer le mathématicien à un poète, à un artiste car il se créé un monde, ses propres images pour pouvoir prouver des théorèmes. C’est d’ailleurs ce que dit Alain Connes, médaille Fields, dans une interview.
   
   L’auteur parle de comment faire de la recherche (travailler sur son problème, ne pas forcément se laisser obséder, rester en contact avec ses collègues, avec ce qui se fait). Il évoque aussi le sort d’un mathématicien, comment il peut s’en sortir dans ce monde (sur six, seuls deux on eu une vie normale dans le livre, les autres ont été atteint de folie ou se sont suicidés).
   
   Tout cela est fait dans une langue fluide, sans trop de mathématiques (genre deux pages du livre) et aussi avec beaucoup d’humour.
   
   Je trouve que c’est un très bon livre, intéressant à lire pour toutes les raisons ci-dessus.

critique par Céba




* * *