Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Bilbo le Hobbit de John Ronald Reuel Tolkien

John Ronald Reuel Tolkien
  Bilbo le Hobbit
  Le Silmarillion
  Dès 10 ans: Roverandom
  Contes et légendes inachevés du premier âge
  Contes et légendes inachevés du second âge
  Le Seigneur des anneaux
  Dès 09 ans: Lettres du Père Noël

John Ronald Reuel Tolkien est un écrivain anglais, poète, philologue et enseignant à l’université d’Oxford, né en 1892 et mort en 1973.

Bilbo le Hobbit - John Ronald Reuel Tolkien

Bienvenue en Terre du milieu
Note :

   Titre original: The Hobbit- 1937
   
   Avertissement: je défends l’idée selon laquelle Bilbo le Hobit est indépendant du Seigneur des Anneaux (SDA pour les intimes)(les intimes geek), mais bien sûr je glisse par ci et par là des références obscures. Ne vous laissez pas décourager pour si peu.
   
   
   "Bilbo le Hobbit" peut être lu comme une introduction au "Seigneur des Anneaux". C’est l’histoire des aventures de Bilbo, l’oncle de Frodon, auquel la trilogie fait souvent référence. Certains personnages du Seigneur des Anneaux sont déjà présents: Elrond, Gandalf; et la géographie de la Terre du Milieu est déjà dessinée. On apprend dans ce récit la façon dont Bilbo s’est emparé de l’anneau et l’a arraché à Gollum, et en cela, il peut certainement être vu comme le point de départ de la trilogie. De plus, les deux livres ont une structure similaire: il s’agit de l’histoire d’un aller et d’un retour
   
   Mais ce livre vaut en lui même je pense: il raconte comment Bilbo est arraché à son terrier de la Comté contre son gré, pour aider une ribambelle de nains (Thorin, Balin, Bifur, Bofur, Bombur, Dwalin, Gloin, Oin, Dori, Nori, Ori, Fili et Kili) à retrouver leur trésor, qui leur a été volé il y a maintes années par un vilain dragon.
   Petite parenthèse: vous vous rappelez, au tout début du premier film, Frodon adresse à Gandalf un mini reproche: Gandlaf serait synonyme d’ennui pour les hobbits. Gandalf lui répond que s’il faisait allusion à l’histoire avec le dragon, il y était pour très peu de chose. Vous savez quoi? Ce n’est pas vrai.
   
   C’est un récit d’aventure pure et dure, palpitante, allant de rebondissement en rebondissement, de surprise en surprise et qui ne se pose jamais. Nos petits êtres se font enfermer dans des tonneaux, poursuivre par des loups, taquiner par des gobelins, chatouiller par des araignées géantes (des copines d’Arachne?), attaquer par des hommes. Mais l’aventure n’est pas seulement synonyme de grosse baston, et peut aussi être plus intellectuelle, comme dans le duel de devinettes auquel se livrent Bilbo et Gollum (on pourrait les soumettre à Carambar, qui devient de moins en moins drôle). L’action ne cesse jamais et tout semble se suivre en des séquences juxtaposées: chaque chapitre possède une aventure marquante, différente, avec un début, un milieu et une fin. On comprend comment ce livre est fait pour être lu (ou chanté, car il y a beaucoup de chansons) à un enfant chaque soir, petit bout par petit bout.
   
   Car il faut bien le dire: même si beaucoup d’éléments annoncent le SDA, le ton et le style diffèrent du tout au tout et on sent que c’est un livre pour enfant. Le narrateur a un ton très tendre, souvent amusé, et regarde les aventures avec distance. Il a l’air si peu inquiet pour Bilbo et ses amis nains, que l’on sait que tout va bien se finir. Bilbo le Hobbit est presque un conte, et ce sentiment est renforcé par le côté un peu archaïsant de la langue (c’est charmant!): on sent que cela se passe dans un temps révolu, et qu’on nous narre le parcours d’un héros.
   
   C’est une petite histoire qui se présente comme telle, ce qui est assez paradoxal puisqu’elle fait l’objet de tout un livre. Petite, donc, non pas en soi, mais par rapport à la grande histoire censée se dérouler en arrière plan et qui envahit parfois l’intrigue. Il y a toujours des références à des choses qui se passent ailleurs mais que le narrateur ne prend pas le temps de développer; Gandalf disparaît souvent mystérieusement pour aller s’occuper de ses petites affaires alors qu’on a l’impression d’être au coeur de l’action. Ceci laisse présager que des choses graves se déroulent ailleurs, et ramène l’histoire à ses justes proportions: il s’agit juste d’une bande de nains accompagnée d’un hobbit, qui veut reprendre son trésor.
   
   Un changement survient lors du combat des cinq armées qui clôt le livre, où le ton se fait plus ample, plus épique, et presque shakespearien (ouais). Le récit prend de toutes autres proportions, et s’intègre à la grande histoire. C’est là qu’intervient un Héros bien traditionnel, tel qu’on les imagine, incarné par un homme. Car si le hobbit est héroïque, est-il un Héros pour autant? Ce petit être modeste qui n’aspire qu’à rentrer chez lui et à enfiler ses pantoufles.
   
   C’est une image: même au coeur de la montagne du destin, un hobbit reste pieds (poilus) nus.
   
   J’hésite à le qualifier d’anti héros car même s’il manque singulièrement de glamour et traîne un peu des pieds (poilus et nus) au départ, il fait très vite montre de courage, d’astuce, d’intelligence, de débrouillardise et c’est toujours lui qui sauve ses amis. Il est différent du bon vieux héros épique en ce qu’il se bat non pas physiquement mais avec ses petites cellules grises. Ce livre pose plein de questions sur l’héroïsme: est-ce le fait de chercher l’aventure? de savoir faire face à une situation? d’aller contre son confort parce qu’on y est obligé?
   
   En tout cas, il s’agit d’un héros ambigu, et qui a un regard mitigé sur son aventure, qui l’emplit d’amertume, l’exclut de sa société (alors qu’un héros s’y (ré)intègre en principe) mais qui le transforme: une partie de lui demeure en Terre du milieu. On voit très bien ceci dans le SDA, où on voit un Bilbo nostalgique qui entreprend d’écrire son récit, puis de repartir sur les lieux de son aventure. Il y a une petite incohérence d’ailleurs: on ne comprend pas pourquoi il n’est pas le narrateur à la première personne de "Bilbo le Hobbit".
   
   Un livre assez plaisant donc, qui se laisse lire sans rien exiger du lecteur, qui nous introduit à un univers riche, magique et coloré même s’il est moins fouillé que le SDA. Il est destiné aux enfants, mais ne paraîtra pas trop simple aux grands. Il s’agit d’un grand classique de la littérature fantasy qui est lu depuis plus de soixante ans - même si la fantasy n’est pas votre truc, vous devriez être ravi du voyage.
   
   Bonus: il semble qu’un film est en cours de préparation, avec Guillermo Del Toro aux commandes - il devrait sortir en 2012. Bonne nouvelle, on y retrouve Hugo Weaving dans le rôle d’Elrond, Andy Serkis dans celui de Gollum, et Ian Mc Kellen en Gandalf. Moi qui suis nostalgique de mon "Seigneur des Anneaux" annuel, je suis ravie! Je pense que ce film suivra la même esthétique que la trilogie; il n’y a qu’à voir les images.
    ↓

critique par La Renarde




* * *



Bilbo ne vieillit pas
Note :

   En voilà un beau prélude à l'univers du "Seigneur des Anneaux". Le seuil des Terres du Milieu...
   
   C'est avec ce roman destiné à la jeunesse que le grand public découvrait l'existence des Hobbits, dès 1937 pour les Anglais en tout cas. Pour ma part, j'aspire toujours à faire partie du peuple Hobbit tant nous avons de points communs : une nette préférence pour une vie paisible, plusieurs repas par jour, de saines activités comme le jardinage ou les promenades, le goût des jolis intérieurs bien douillets (la description du confortable trou de Bilbo est toujours un régal) et parfois une envie d'aventures.
   
   Cette envie sera assouvie pour Bilbo par l'intermédiaire de Gandalf (lequel aimait déjà les feux d'artifice et les ronds de fumée) qui adjoint le hobbit, catalogué "cambrioleur professionnel" à une troupe de 13 nains menés par le grand Thorin en personne, dans une quête pour retrouver un trésor gardé par un terrifiant dragon, le tristement célèbre Smaug. En matière d'aventures, on ne pouvait rêver mieux.
   
   Très habilement, Tolkien promenait déjà son lecteur sur les terres des légendes nordiques tout en créant un univers très original. C'est l'occasion pour certains de faire connaissance avec des personnages qui interviendront à nouveau dans "le Seigneur des Anneaux", et pour les autres, de retrouver des figures familières et de noter les changements. Le Bilbo que nous suivons ici diffère évidement du vénérable et sage Hobbit du "Seigneur des Anneaux". Bilbo est sans cesse partagé entre deux désirs contradictoires : vivre des aventures et retrouver le plus rapidement possible sa petite vie confortable. Malgré les épreuves, la faim, la peur, le froid, d'innombrables dangers, Bilbo se révèlera à la hauteur de la tâche qui lui a confiée Gandalf.
   
   Le roman recèle des scènes cultes, comme le tout premier face à face entre Bilbo et Gollum, la fameuse rencontre avec les trolls, la traversée de la forêt de Mirkwood, etc. A ce propos, mon édition de 1980 est assez curieuse, la plupart des noms ne sont pas traduits : point de Sacquet ici, mais plutôt du Baggins... Nous faisons connaissance avec le peuple des aigles, qui décidément, interviennent toujours à point nommé, les elfes bien sûr mais aussi avec des créatures plus déplaisantes comme les gobelins et leurs alliés, les Whargs et les araignées.
   
   L'un des personnages rencontrés, sans doute le plus extraordinaire, est Beorn, capable de se changer en ours. Il me rappelle toujours, d'une certaine façon, Tom Bombadil, sans doute à cause de l'épisode des poneys et de la traversée de la sombre forêt.
   
   Autre passage très éclairant, l'antagonisme entre Elfes et nains. Dois-je avouer que ces derniers ne me sont pas toujours très sympathiques. Leur méfiance instinctive des autres peuples et leur grande avidité de richesses (n'oublions pas que ce sont eux qui réveillèrent le Balrog...) sont causes de bien des désagréments. Peut-être Tolkien en eut-il quelques remords en écrivant "le Seigneur des Anneaux", car en tout cas, Gimli rachète largement les défauts de son peuple.
   
   A la fin de cette aventure où certains ont été sacrifiés (car une bataille est tout de même livrée), Bilbo revient chez lui plus riche (voilà donc la provenance de la fortune des Sacquets), plus excentrique (du moins aux yeux des autres hobbits) et possesseur - quoique l'ignorant - du Maître Anneau. Un récit bien plus dense qu'il n'y parait, auréolé de cette touche de magie propre à l'univers de Tolkien et qui mérite bien une place d'honneur dans les bibliothèques. J'ai été enchantée de cette relecture, je peux donc témoigner que Bilbo le hobbit se lit toujours aussi bien, même au bout de 20 ans!

critique par Folfaerie




* * *