Lecture / Ecriture
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Le dernier crâne de M. de Sade de Jacques Chessex

Jacques Chessex
  Le vampire de Ropraz
  L'économie du ciel
  Incarnata
  Un Juif pour l’exemple
  Le dernier crâne de M. de Sade
  L'interrogatoire
  La Mort d’un juste

Jacques Chessex (prononcer Chessê), est un écrivain suisse né en 1934. Il a principalement écrit des poèmes et des romans et a obtenu le Prix Goncourt en 1973 pour "L'ogre". (Il est le seul écrivain suisse à avoir reçu le Prix Goncourt)
Il a également reçu le Prix Jean Giono en 2007.
Il a succombé le 9 octobre 2009 à un malaise cardiaque dans une bibliothèque publique suisse alors qu'il répondait à une personne qui lui reprochait son soutien à Roman Polanski récemment incarcéré dans ce pays.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le dernier crâne de M. de Sade - Jacques Chessex

Pas très sérieux
Note :

    Sur les soixante-quatorze années de sa vie, Donatien Alphonse Françoise de Sade en a passé près de vingt-cinq enfermé, à la Bastille, au donjon de Vincennes et chez les fous. C’est à Charenton, à la toute fin de sa vie (1814), que Jacques Chessex choisit de situer son histoire. M. de Sade y bénéficie de «quelques avantages dus à son rang» et même s’il n’est plus «l’arrogant aristocrate de la légende, mais un vieux corps écailleux et rouge, gonflé de goutte, d’ulcères, de liquides épaissis par trop de crimes», il n’en démontre pas moins un goût toujours aussi prononcé pour les plaisirs de la chair. En l’occurrence, celle de Mathilde, jeune catin de quinze ans, qui accepte de lui faire tout ce qu’il veut et d’en subir autant. Le marquis, pris de «frénésie anale», se fait enfoncer dans le fondement des godemichés de plus en plus longs et de plus en plus épais, ce qui n’est bon ni pour sa santé, ni pour son statut. Cette pratique rappelle en effet fâcheusement son activité de sodomite pour laquelle il a déjà été condamné à mort.
   
   C’est qu’on ne rigole pas avec ces choses-là, surtout quand elles s’accompagnent de propos orduriers et blasphématoires et de pratiques rien moins que coprophages. Pratiques que Chessex prend un plaisir certain à décrire, de même qu’on le sent tout à fait à l’aise quand il rapporte les véhémentes incitations du marquis à l’encontre de la jeune Mathilde: «Coquine! Cochonne! Ah j’aime te branler, salope!». Voilà le futur lecteur prévenu.
   Fort heureusement, le roman de Chessex n’est pas un catalogue de pratiques scabreuses ni une suite de propos injurieux et vulgaires, non. Ces deux aspects faisaient partie de la personnalité de l’auteur de "Justine", il aurait été étrange de les occulter en raison de je ne sais quelle pudibonderie. Et puis il faut bien reconnaître que Chessex aime le glauque, le sale et le provocant, le maudit marquis est donc du pain béni…
   
   Dans une deuxième partie beaucoup plus surprenante et romanesque, Jacques Chessex nous conte les péripéties du crâne du marquis. Son corps ayant été exhumé suite à un aménagement du cimetière de Charenton, un médecin passionné de phrénologie récupère le chef déjà fort convoité et qui s’avère détenir d’étranges pouvoirs. Un vieil insensé, ne parvenant plus à contenter sa jeune femme, s’avise un jour d’en prélever un morceau, de le réduire en poudre et de l’ingérer, certain de ses vertus aphrodisiaques: sa femme meurt ce soir-là de son soudain accès de violence sexuelle et lui s’en alla finir sa vie chez les fous. Mieux encore, le crâne continue à blasphémer, il émet des rayons mortifères et incite au meurtre. Dieu et la mort n’ont pas eu raison du marquis, quelle victoire!
   
   "Le dernier crâne de M. de Sade" est un roman moins sérieux et moins grave que "Le vampire de Ropraz" et "Un Juif pour l’exemple", ses deux précédents romans. Si on y lit une évidente charge contre l’obscurantisme du Siècle des Lumières et l’imbécillité du clergé (sans pour autant que l’auteur approuve les excès sadiques de son modèle), la tonalité d’ensemble est plus joyeuse et amène le lecteur à sourire, même si c’est parfois en se pinçant le nez…
   
   Ce texte a été publié à titre posthume, l’auteur n’ayant pas connu le mois de novembre 2009 auquel le narrateur fait référence dans les dernières pages.

critique par Yspaddaden




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