Lecture / Ecriture
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Après le tremblement de terre de Haruki Murakami

Haruki Murakami
  Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
  Les amants du spoutnik
  La course au mouton sauvage
  La fin des temps
  Chroniques de l'oiseau à ressort
  Kafka sur le rivage
  Le passage de la nuit
  La ballade de l'impossible
  Danse, danse, danse.
  L'éléphant s'évapore
  Autoportrait de l’auteur en coureur de fond
  Saules aveugles, femme endormie
  Après le tremblement de terre
  Sommeil
  1Q84 - Livre 1 - Avril -Juin
  1Q84 - Livre 2 - Juillet-septembre
  1Q84 - Livre 3 – Octobre-Décembre
  Underground
  L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
  L’étrange bibliothèque
  Des hommes sans femmes

AUTEUR DU MOIS D'OCTOBRE 2005

Haruki Murakami est né au Japon en 1949. Il y a grandi et y a mené ses études jusqu'en 1974. A cet âge il se lance dans la vie active et gagne sa vie en faisant des traductions d'auteurs américains et en tenant un bar de jazz à Tokyo. Parallèlement, il écrit. C'est tout de suite le succès. Le talent de Murakami est reconnu et il obtient de nombreuses distinctions et prix littéraires.


Haruki Murakami se rendra ensuite aux Etats Unis où ils séjournera plusieurs années.
Revenu actuellement au Japon, il poursuit l'écriture de ses romans.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Après le tremblement de terre - Haruki Murakami

Séismes intérieurs
Note :

   C'est le grand tremblement de terre de Kobé – plus de 6000 morts et 40 000 blessés le 17 janvier 1995 – qui amena Haruki Murakami, alors installé aux Etats-Unis, à rentrer au Japon. Et dans ce recueil de nouvelles – son premier livre publié après son retour au pays -, l'écrivain japonais nous livre six parcours peut-être pas très différents de ce qui fut le sien, six histoires dont les héros voient leurs vies peu ou prou bouleversées dans la foulée de ce tremblement de terre.
   
   Les deux premières nouvelles – "Un ovni a atterri à Kushiro", le récit des quelques jours de vacances que Komura passe dans le Hokkaido alors que son épouse vient de le quitter soudainement et de demander le divorce, et "Paysage avec fer", portrait d'un groupe de personnages quelque peu paumés que le destin a rejetés sur une plage déserte – m'ont laissé malgré leur charme un petit goût de trop peu, de pas tout à fait achevé. Mais je me suis par la suite de plus en plus laissée prendre au jeu des autres nouvelles. Les développements oniriques de "Tous les enfants de Dieu savent danser" et de "Crapaudin sauve Tokyo" ont su me surprendre à l'égal des passages les plus étonnants de "Chroniques de l'oiseau à ressort" ou de "Kafka sur le rivage". Quant à "Thaïlande" et "Galette au miel", ces deux récits nettement plus réalistes sont aussi très touchants, retraçant la prise de conscience et d'une certaine façon la libération de deux héros qui s'étaient laissés prendre au piège, l'une par la haine, l'autre plus simplement par ses hésitations interminables...
   
   
   Extrait:
   
   "Junpei reprit l'avion, rentra à Tokyo, retourna à sa vie habituelle. Il n'alluma plus la télévision, ne lut pas les journaux. Quand on parlait du tremblement de terre, il se taisait. C'était l'écho d'un passé lointain qu'il avait enterré il y a trop longtemps. Il n'avait même pas remis les pieds dans cette ville depuis sa sortie de l'université. Pourtant, les scènes de dévastation entrevues sur l'écran de la télévision espagnole avaient ravivé une blessure profondément enfouie en lui. Cette catastrophe d'une ampleur inégalée, qui avait fait de nombreuses victimes, semblait avoir transformé tous les aspects de sa vie, sans bruit, mais de fond en comble. Junpei ressentait une profonde solitude, inconnue jusqu'alors. «Je n'ai pas de racines, se disait-il. Je ne suis relié à rien.»" (p. 149)

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critique par Fée Carabine




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Changement majeur
Note :

   Le 17 janvier 1995, un terrible tremblement de terre survient à Kobe, faisant plus de six mille morts, et bouleversant des millions de gens à travers le monde. Les personnages de ce recueil de nouvelles ne sont pas des victimes directes du séisme, mais tous en subissent néanmoins les conséquences: la femme de Kamura décide de le quitter sans un mot, après avoir passé cinq jours prostrée devant la télévision à contempler les images de la catastrophe; la petite Sara ne cesse de faire des cauchemars mettant en scène un Bonhomme Tremblement de Terre; Yoshiya, l'enfant de Dieu qui a perdu la foi, décide de retrouver son vrai père, avant de renoncer... Autant de destins croisés unis par le lien indirect du cataclysme. Chacun a sa façon de réagir au drame: imprévisible, touchante, burlesque... Mais tous prennent conscience d'un changement majeur qui affectera leur vie pour toujours, comme si la catastrophe de Kobe n'était qu'un écho des séismes intérieurs de chacun...
   
    Six nouvelles aussi bouleversantes les unes que les autres, écrites avec talent par celui que la critique considère comme un futur lauréat du Nobel de littérature.
   
    Murakami choisit de ne pas parler des victimes directement touchées par le séisme, car tout a déjà été dit, et de toute façon les mots sont incapables de décrire une telle catastrophe. Avec le parti pris original de nous montrer les conséquences du séisme sur des gens vivant à des centaines de kilomètres de Kobe, il évite tout pathos inutile et parvient à ciseler de véritables petits bijoux d'émotion, sans aucun dogmatisme, sans caricature.
   
   Certains lui reprochent de manquer de style, mais je trouve que c'est précisément par cette sobriété toute japonaise que Murakami parvient à nous livrer sans poncif ses personnages et ses histoires. Un joli recueil sur la quête de soi, à lire pour le plaisir de découvrir ce maître de la littérature japonaise, et pour les réflexions philosophiques et psychologiques sous-jacentes dans chaque nouvelle.
   
   Dépaysement garanti!
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Vite effacé !
Note :

   Quatrième de Couverture :
   
   "Un mois après le tremblement de terre de Kobe en 1995, les secousses continuent dans le cœur des Japonais... Les séismes intérieurs déplacent les solitudes ordinaires, réveillent les consciences endormies ou ravivent le feu de la vie. A travers six variations, Murakami effleure, avec une infinie délicatesse, la faille intérieure présente en tout être."

   
   Mon avis :
   

   J’ai lu ce recueil de six nouvelles en deux jours et, le lendemain, quand j’ai voulu écrire un commentaire dessus, je me suis aperçue que j’avais quasiment déjà tout oublié, et j’ai été obligée de feuilleter le livre pour retrouver quelques souvenirs.
   
   Alors, c’est vrai, ces histoires ressemblent un peu à des rêves, et elles font le même effet que lorsqu’une personne que nous ne connaissons pas très bien nous raconte un de ses rêves : on ne se sent pas du tout concerné! On reste presque totalement étranger au propos.
   
   A aucun moment je n’ai eu le sentiment d’être emportée par ce qui était raconté – même si je tiens à préciser que cette lecture ne m’a pas non plus ennuyée.
   
   Disons que ces histoires réussissent à instaurer un climat, une atmosphère dans laquelle il n’est pas désagréable de plonger, mais sans plus.
   
   J’ai cru comprendre à plusieurs reprises que Murakami voulait créer une sensation d’angoisse chez son lecteur mais, de mon côté, je n’ai rien ressenti de tel.
   
   Je n’ai pas grand-chose de plus à rajouter sur ce recueil de nouvelles, qui ne m’a pas donné envie de relire un autre livre de cet auteur.
   
   Voici l’extrait qui m’a le plus convaincue :
   page 96 :
   "- Il m’a parlé des ours polaires, une fois. Il m’a expliqué à quel point c’était des créatures solitaires : ils ne s’unissent qu’une fois par an. Une seule fois! Dans leur monde, les relations de couple n’existent pas. Sur la grande terre glacée de Laponie, un ours mâle rencontre fortuitement une ourse, et ils copulent. Pas très longuement, d’ailleurs. Dès que l’acte est terminé, le mâle s’écarte rapidement de la femelle comme s’il avait peur, et s’enfuit en courant du lieu de leurs amours. Il se sauve littéralement à toutes jambes, sans se retourner une seule fois. Ensuite, il passe à nouveau une année entière dans la plus grande solitude. La communication mutuelle n’existe absolument pas chez ces animaux. Pas plus que le rapprochement des cœurs. Voilà à quoi ressemble la vie d’un ours blanc. Du moins, d’après ce que mon patron m’a raconté.
   - Quelle vie étrange, en effet, dit Satsuki.
   Une vie étrange, certainement, renchérit Nimit, le visage grave. Quand mon patron m’a raconté cette histoire, je lui ai demandé : " Mais alors, dans quel but les ours polaires vivent-ils?" Il a souri comme si j’exprimais exactement ce qu’il ressentait, et m’a répondu par une autre question : " Et nous, Nimit, nous, dans quel but vivons-nous?"

critique par Etcetera




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