Lecture / Ecriture
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En lisant Tourgueniev de William Trevor

William Trevor
  Ma maison en Ombrie
  Le voyage de Félicia
  Mauvaises nouvelles
  Les anges dînent au Ritz
  Péchés de famille
  En lisant Tourgueniev
  Hôtel de la Lune Oisive
  Les splendeurs de l'Alexandra
  Secrets intimes
  Cet été-là
  Très mauvaises nouvelles
  Mourir l’été
  Lucy
  Les Enfants de Dynmouth

Sir William Trevor (de son vrai nom William Trevor Cox), né le 24 mai 1928 à Mitchelstown dans le comté de Cork en Irlande, est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Lauréat de nombreux prix littéraires aussi bien en Irlande qu'en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, membre de l'Académie irlandaise, anobli par la reine Élisabeth II d'Angleterre, Sir William Trevor a connu une consécration relativement tardive dans les pays francophones. Il est mort en 2016.
Wikipedia

En lisant Tourgueniev - William Trevor

Pauvre Marie-Louise!
Note :

   Dans une institution pour "dérangés mentaux " qui doit fermer, Marie-louise voit défiler sa vie. Enfin son absence de vie affective et les raisons qui ont amenée sa famille à la faire interner.
   
   Le roman le plus accompli de William Trevor (cela n’engage que moi)
   
   Quand Marie-Louise Dallon dans les années 1950, fille de fermier catholique, épouse Elmer Quarry, commerçant et notable protestant, elle ne sait pas qu’elle entame la longue déchéance d’une existence terne et d’un mariage jamais consommé.
   
   Elle doit vivre avec ses deux belles-sœurs, personnages typiques de vieilles filles acariâtres, et avec un mari faible qui, petit à petit, se met à boire. Elle doit subir les jalousies de cette famille de la bourgeoisie protestante en fin de règne. Comme elle n’attend pas d’enfant, les commérages vont bon train.
   
   Elle connaîtra un court moment de bonheur en retrouvant un de ses cousins dont elle était amoureuse pendant son adolescence, mais cet homme meurt et la tristesse s’installe encore plus pesante.
   
   Un très grand roman sur la solitude et les dégâts que peuvent faire une société et un environnement proche du sectarisme.
   
   Seule touche de tendresse de la part d’Elmer, il s’occupera d’elle pendant sa vieillesse et permettra qu’elle soit enterrée avec son cousin.
   
   Un roman très prenant qui décrit par touches discrètes l’enfermement tant moral que physique de cette femme a qui on a volé son bonheur.
   
   
   Extraits :
   
   -A table, elle serait constamment scrutée par les yeux de fouine des trois Quarry. Des vieilles filles desséchées: pouvait-on plus mal tomber ?
   
   -Quant à son ménage, c’était un combat perdu d’avance. Ce n’était pourtant pas faute de l’avoir mis en garde.
   
   -Pas plus ici qu’en ville, les sœurs n’avaient l’intention de divulguer que leur frère s’était mis à boire. Une fois cette fille partie, il redeviendrait normal en vingt-quatre heures.
   
   -Il s’imaginait la jeune femme dans l’appartement, entre deux vieilles filles mécontentes de sa présence, bouffies de haine, même.

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critique par Eireann Yvon




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La vie au village
Note :

   Titre original : Reading Turgenev
   
   Ce que j'ai pu aimer ce roman! Bon, comme vous le voyez, il s'agit de l'une des deux "novellas" (quelque chose comme 225 pages) de ce recueil. La première en fait. Et j'ai tellement aimé que j'ai tout de suite commencé la deuxième.
   
    William Trevor est irlandais. William Trevor a 84 ans. Il a reçu tout plein de prix. Pourtant, je ne le connaissais pas du tout. Mais croyez-moi, je suis ravie de ma découverte. Oui, 22 ans plus tard pour ce roman.
   
   Nous rencontrons donc Mary Louise Dallon. Une dame d'un certain âge. C'est la fermeture des institutions et on va la relâcher dans la société. Après 31 ans. Et Mary Louise revisite ses souvenirs. Ces souvenirs nous emmènent dans un tout petit village irlandais, dans les années 50. Mary Louise en a assez de vivre sur la ferme. Il n'y a pas vraiment de travail au village et elle, elle veut y vivre. Habiter la ferme, ça suffit. Alors, elle va se marier. Elle accepte la demande d'Elmer Quarry, plus âgé, drapier, ennuyeux comme la pluie et affublé de deux horribles sœurs célibataires. Qui habitent avec lui.
   
   Comme vous pouvez deviner, ça ne va pas bien se passer. Nous assistons à la vie de cette jeune femme, vie sur laquelle elle n'a pas vraiment de prise, qui passe et c'est tout, jusqu'à ce qu'elle revoie Robert, qui lui fera découvrir la beauté et qui la courtisera en lisant des nouvelles de Tourgueniev. Vous pouvez vous imaginer que j'ai le goût de les lire, maintenant, ces fameuses nouvelles.
   
   Je ne vous dirai rien de plus. Je dirai seulement qu'on traite de l'échappée dans l'imaginaire quand le réel n'a rien pour nous retenir, qu'on voit un peu les conditions de vie des femmes à l'époque, que l'atmosphère du petit village est parfaitement recréée, avec ses potins, ses petites mesquineries, ses messes où les gens faisaient leur social et ses guéguerres de religion. Le style colle parfaitement et varie selon les parties, selon l'ambiance que l'auteur veut créer. Il réussit à nous faire pénétrer dans l'esprit de cette femme qui tente de se raccrocher à quelques parcelles de bonheur, dans cet esprit malade qui résiste à sa façon à ce qu'on veut faire d'elle. Un malheur ordinaire, de la mesquinerie et de la petitesse ordinaires aussi. Il y a une grande sobriété et pourtant une émotion incroyable se dégage de cette histoire somme toute toute simple. C'est beau et triste à la fois.
   
   Il ne faut pas s'attendre à une histoire enlevante ou à de l'action en quantité. Ça coule tout doucement, mais ça va droit au cœur. Du moins, à mon cœur.
   
   Un ode à l'évasion, à la littérature, en quelque sorte.
   
   Je relirai l'auteur.

critique par Karine




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