Lecture / Ecriture
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Le rêve du village des Ding de Lianke Yan

Lianke Yan
  Servir le peuple
  Le rêve du village des Ding
  Les jours, les mois, les années
  Bons baisers de Lénine
  La fuite du temps
  Les chroniques de Zhalie
  Un chant céleste
  À la découverte du roman

AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2017

Yan Lianke(阎连科) est un écrivain chinois né en 1958 dans le comté de Song , province du Henan.

Il est l'auteur d'une œuvre très satirique à laquelle il donne une forme qui lui permet souvent d'éviter la censure (ne pas oublier qu'il a été écrivain officiel de l'armée). Certains de ses romans sont néanmoins encore interdit en Chine.

Il est entré dans l'armée à 20 ans et y a poursuivi ses études obtenant des diplômes en politique, en éducation et en littérature. Il a publié sa première nouvelle en 1979, suivie de nombreuses autres et de nombreux romans.

Son inspiration réaliste au départ s'est de plus en plus chargée de notes poétiques ou fantastiques, intégrées dans le réel, qui sont le fondement de ce qu'il appelle "mythoréalisme". Cette façon de faire qui vise à montrer «la réalité qui est couverte par la réalité», accroit également l'expressivité de ses récits et, accessoirement l'éloigne un peu de la portée de la censure. Elle fait l'objet de controverses dans les milieux littéraires chinois.

A côté de cette production romanesque luxuriante, il mène aussi un travail approfondi de recherche et de réflexion sur la littérature moderne. A l'opposé de ses fictions, il opte dans ses conférences et essais pour une forme particulièrement orthodoxe. Il acquiert ainsi la stature biface d'un écrivain complet et capable dans le plus large registre.

Bien que plusieurs de ses œuvres ne soient toujours pas publiées dans son pays, Lianke Yan a reçu de nombreux prix littéraires, tant en Chine qu'à l'étranger. Il jouit actuellement d'une reconnaissance internationale.

Le Prix Franz Kafka lui a été attribué en 2014 pour l'ensemble de son œuvre. .

Le rêve du village des Ding - Lianke Yan

Sida et corruption
Note :

   Il est important de savoir que ce roman, qui dénonce une attitude coupable d’autorités chinoises, à divers plans de responsabilité, est interdit en Chine et son auteur, nous informe la quatrième de couverture, privé de paroles, ce qu’on peut croire aisément vu le comportement déjà au plan international de la Chine. (Il est d’ailleurs étonnant à cet égard que les abus de la Chine vis-à-vis des diverses libertés, à commencer par celle d’expression de ses propres citoyens, ne soit pas davantage évoquée. Comme si la Chine terrorisait, comme si entrer en conflit d’opinion avec elle était impossible!)
   
   Partant de cet état de fait, ce roman, et sa lecture, prennent en quelque sorte une dimension politique. On tâchera d’en faire abstraction pour ne considérer que l’intérêt et la qualité littéraires de l’œuvre.
   
   Plaine du Henan, Chine profonde, celle dont on ne parle pas ni même peut-être en Chine même, époque contemporaine, nous sommes au village des Ding. Synonyme de «trou-du-cul du monde», enfin au moins de Chine!
   
   L’organisation des autorités au niveau du village, et au-delà de la région proche, relève d’un à peu-près qui autorise toutes les corruptions et tous les actes de prévarication. (C’est bien probablement sur cet état de fait exposé que le roman est interdit.) Le grand-père Ding n’est pas de cette cohorte de profiteurs, et son statut d’ancien instituteur en fait un personnage respecté et important du village. Hélas, un de ses fils n’a pas eu ces scrupules, et a honteusement fait fortune lorsqu’une campagne de prélèvement de sang a été instituée, dans des conditions d’hygiène … absentes. Au beau milieu du début de l’épidémie de Sida. Il a donc fait fortune et tous ceux qui ont cru devenir riches en vendant leur sang deviennent sujets à fièvres, de terribles fièvres qui s’avèrent mortelles. En fait de fièvre, c’est bien entendu de Sida dont il s’agit. Le village est décimé. Le grand-père fait ce qu’il peut pour soulager ses concitoyens. Le fils enrichi s’en fout tant et plus. La colère gronde à telle enseigne que son tout jeune fils – et petit fils du grand-père – est littéralement lynché. Mort, c’est lui qui va nous raconter ce «rêve du village des Ding» depuis l’au-delà probablement! C’est le départ de ce roman. La suite va permettre de visualiser les possibilités les plus sordides d’enrichissement sur le malheur du peuple de base, sur l’absence d’intervention du pouvoir officiel, sur la détresse et l’extrême misère auxquelles sont soumis, n’en doutons pas, l’énorme majorité - silencieuse dans la mesure où étouffée – du peuple chinois, et qui fait froid dans le dos dans ce contexte actuel d’importance de plus en plus grande de la Chine aux niveaux économique et politique. (Bon sang, j’avais dit qu’on laisserait la politique de côté!)
   
   Le style adopté, s’agissant de faits relatés par un jeune garçon mort, est évidemment limite onirique, un peu évanescent. Alternativement très concret et allusif. Allié à la méconnaissance que, nous autres occidentaux avons du sort du peuple rural chinois, cela donne une narration qui n’est pas toujours aisée à suivre.
   
   Il faut pouvoir faire la part des choses entre les parties concrètes et les parties oniriques, moyennant quoi ce «rêve du village des Ding» devient alors un curieux OVNI littéraire. Qui vaut à son auteur d’être privé de parole.

critique par Tistou




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