Lecture / Ecriture
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Le cœur en dehors de Samuel Benchetrit

Samuel Benchetrit
  Chroniques de l'asphalte
  Le cœur en dehors

Samuel Benchetrit est un écrivain et homme de théâtre français né en 1973.

Le cœur en dehors - Samuel Benchetrit

Vision romantique
Note :

    De Samuel Benchetrit, j’ai aimé le premier tome de l’autobiographie, les "Chroniques de l’asphalte", mais j’ai encore plus aimé le film, "J’ai toujours rêvé d’être un gangster". Je me suis donc fait prêter son dernier roman.
   
   On y retrouve la même tonalité que dans "les Chroniques de l’asphalte" puisque le narrateur est aussi un jeune garçon de banlieue qui raconte sa vie, le collège, l’immeuble, les copains. Le style est donc celui d’un gamin, en beaucoup plus poli, bien sûr: «J’ai le manque facile, c’est un de mes problèmes. Ça ressemble à l’imagination. J’imagine des choses aussi vite que les gens me manquent. Par exemple, mon frère Henry me manque souvent. C’est le roi des cons et tout, mais si je suis dans mon lit, et que c’est le soir avant de m’endormir, et qu’il est pas à la maison, et que je décide qu’il me manque, je peux me mettre à chialer.» On se fait à ce style-là, très oral, qui suit par de multiples digressions l’imagination galopante de ce gosse de dix ans.
   
   Du coup, on a affaire à une sorte de petit Nicolas de banlieue. Sauf que le petit Nicolas avait des parents et que Charly ne vit qu’avec sa mère, et parfois son frère. Tout commence quand la police vient arrêter sa Mère pour l’emmener il ne sait où. Il va parcourir la cité à la recherche de son frère qui doit traîner quelque part avec les autres junkies de son espèce.
   
   Plusieurs choses sonnent faux dans ce roman. D’abord, Charly Traoré est noir et ça, jamais il n’en est question dans le livre, sauf une fois pour dire que les Noirs ne préfèrent pas l’été à l’hiver… Ce petit Black a bien de la chance, jamais il ne semble en but au racisme, ni à l’école, ni dans la cité, ni ailleurs. Ce qui m’étonne tout de même… Ensuite, ce gosse est l’enfant dont on rêve tous: il bosse à l’école, il est poli avec les vieux, il adore sa mère. Il a lu "Le Petit prince" et "L’Ile au trésor", apprécie l’oeuvre de Picasso et pique "Une saison en enfer" à la bibliothèque. Il ne passe pas son temps devant la télé, ni devant Internet. Ce gosse-là, je veux le rencontrer. On va comprendre que sa mère a été arrêtée par la police parce qu’elle n’a pas de papiers. Elle est employée au noir depuis quinze ans par des gens âgés, ce qui lui permet quand même de faire les magasins pour s’acheter un canapé, d’emmener son fils au cinéma et au restaurant tous les samedis soirs. Ils n’ont pas l’air du tout d’être dans la gêne financièrement, ce qui est tant mieux pour eux mais difficilement crédible à mes yeux.
   
   Même si les tours sont moches, si les seringues jonchent le pavé et que les sans-papiers sont arrêtés, cette histoire tient plus du conte que de la réalité. Il est gentil ce gosse qui aime tant sa Mère si dévouée, mais le livre est un peu décevant. Quand je lis ici et là que ce livre est un témoignage de la vie dans les cités, je me dis que ces lecteurs-là devraient aller y faire un tour…
   
   J’ai vu une vidéo de Samuel Benchetrit à la Fnac. Il y déclare que tout ce que les médias renvoient de la vie dans les banlieues c’est rien que des mensonges et que d’ailleurs, il n’y a pas moins de meurtres et de violence en banlieue que dans la 16e arrondissement de Paris. Ah bon…
   
   Sachez que ce livre fait l’objet d’une opération «Satisfait ou remboursé» de la chaîne Virgin. Etonnant… Ils doivent penser que les gens vont aimer, et de fait, je n’arrive pas à trouver d’avis négatifs sur ce livre sur le Net…
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critique par Yspaddaden




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Un joli roman
Note :

   Charly Traoré vit dans une de ces banlieues grises où les tours ont des noms de grands artistes morts, et où les bandes de jeunes zonent entre les voies ferrées et le centre commercial fermé au public. Ce petit garçon de 10 ans originaire du Mali, vit avec son frère Henry – drogué notoire- et sa maman, une femme fière qui continue d’espérer malgré elle le retour de son mari, parti au pays.
   
   Un matin comme les autres sur le chemin de l’école, Charly croise des policiers qui emmènent sa maman avec eux ; caché dans un recoin de son immeuble, il croise simplement son regard aimant et comprend que quelque chose de grave est en train d’arriver. Pendant toute une journée, il va tenter de trouver des réponses à ses questions. Une sorte de roman d’apprentissage pour tout découvrir de Charly et de l’univers qui l’entoure.
   
   Je connaissais Samuel Benchetrit comme cinéaste, notamment "J’ai toujours rêvé d’être un gangster", film aux accents absurdes très bien interprété par une bande d’acteurs septuagénaires voire octogénaires (au moins) à l’humour désopilant. On le connaît aussi comme amoureux d’Anna Mouglalis et ex de Marie Trintignant, voila pour les pages people. Je le découvre donc comme auteur, et c’est plutôt réussi. On ne peut pas forcément parler d’une plume mais plutôt d’une sensibilité et d’un regard juste sur ce qu’on imagine du quotidien d’un fils d’immigré dans sa banlieue morose. Comme tous les enfants, il joue avec sa bande de copains, excelle dans certaines matières et rechigne dans d’autres, fait quelques conneries plus ou moins graves mais jamais pour blesser quiconque, tombe amoureux, joue au foot, admire sa maman et son frère qu’il ne comprend pas toujours. Le regard qu’il pose sur son petit narrateur à mi-parcours entre l’enfance et le monde des adultes est plein de tendresse et d'humour, et on s’attache au fil de la journée à Charly, avec sa vision de la vie, ses rêves et ses souffrances. Un joli roman qui se lit d’une traite.

critique par La Dame




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